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La vérité sur l'assassinat en France de Mehdi Ben Barka
LE MONDE | 29.06.01 | 10h26
MIS A JOUR LE 30.06.01 | 17h41
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Le 29 octobre 1965, peu après 12 h 30, le chef de file des opposants à Hassan II, Mehdi Ben Barka, est interpellé devant la brasserie Lipp par deux policiers français employés par les services secrets marocains. Plus jamais on ne reverra Ben Barka vivant. Et pour cause : il sera torturé à mort quelques heures plus tard dans une villa de Fontenay-le-Vicomte, assassiné par le général Oufkir et son adjoint, le commandant Dlimi. En collaboration avec l'hebdomadaire marocain "Le Journal", "Le Monde" publie sur deux jours des révélations inédites sur l'affaire Ben Barka, fondées sur le témoignage d'un personnage-clé, l'ancien agent secret Ahmed Boukhari. La vérité sur un crime d'Etat perpétré par le Maroc avec la complicité de la France.

Il n'y a pas de grand crime d'Etat pour le standardiste d'un service secret. Le vendredi 29 octobre 1965, au siège des services spéciaux marocains, 5 bis, rue Moulay Idriss à Rabat, Ahmed Boukhari entame la longue veille du week-end. Assis dans le bureau de son chef, où aboutit la ligne réservée à une opération très spéciale dont le nom de code est "Bouya Bachir", il tient, de son impeccable écriture en lettres majuscules, le "registre permanencier" de ce qui entrera dans l'histoire comme "l'affaire Ben Barka".
Mehdi Ben Barka | Photo : rue des Archives
 Mehdi Ben Barka | Photo : rue des Archives
Ce jour-là, au cœur de Paris, le leader charismatique de la gauche marocaine, Mehdi Ben Barka, est victime d'un rapt suivi de disparition. Son corps ne sera jamais retrouvé. Son destin, même si l'on finit par le présumer, restera inconnu. Or, dans le cahier à petits carreaux, sur les pages soigneusement numérotées et paraphées par Ahmed Boukhari, le mystère se résume à cinq coups de fil. Ils tranchent entre la vie et la mort. Le premier appel est enregistré peu après 11 h 30. A Paris, en raison du décalage horaire, il est alors midi trente. Devant la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, Mehdi Ben Barka vient d'être interpellé par deux policiers français, Roger Voitot et Louis Souchon. Ces deux "ripoux" de la brigade mondaine sont employés par les services secrets marocains pour s'emparer de l'irréductible opposant au roi Hassan II. Exilé depuis1963, deux fois condamné à mort au royaume, la "dynamo" de la gauche marocaine est devenue – selon la belle formule de Jean Lacouture – un "commis voyageur en révolution" : il se partage entre toutes les capitales progressistes du tiers-monde, d'Alger au Caire en passant par La Havane. Mais, en montant de son plein gré dans la 403 de la préfecture de police, coincé à l'arrière entre Voitot et un repris de justice, Julien Le Ny, l'un des quatre truands également embauchés pour l'enlèvement, Mehdi Ben Barka s'embarque pour son dernier voyage.

"Mission accomplie. Le colis est prêt pour l'expédition. Envoyez l'avion. Prière accuser réception du message." Voilà en notation sténographique ce que le chef du département contre-subversion, Mohamed Achaachi, dicte à son subordonné à Rabat, "pour transmission immédiate" au général Oufkir et au commandant Dlimi. Le premier est le bras armé du roi, son ministre de l'intérieur, directeur de la sûreté nationale et chef des services spéciaux, le "cabinet 1". Le second est l'adjoint du général Oufkir. Pour les chefs du "cab 1", comme pour toute leur équipe, le bref message de Paris consacre la plus ambitieuse opération jamais montée, un véritable exploit : sept mois de filature de Mehdi Ben Barka à travers le monde, la mise sous surveillance vingt-quatre heures sur vingt-quatre de ses résidences au Caire, à Alger et à Genève, l'écoute de ses lignes téléphoniques, l'interception de son courrier. Une trentaine d'agents ont été mobilisés en permanence, beaucoup d'autres envoyés en mission spéciale. Le budget, illimité, a englouti des millions. La décision a été prise par Hassan II, lors d'une réunion au palais des chefs de la sécurité du royaume, le 25 mars 1965, troisième et dernier jour des émeutes de Casablanca dont la répression sanglante avait fait des centaines de victimes.

Le roi seul, sans doute, a une vue d'ensemble. Certes, Oufkir et Dlimi sont les maîtres d'une opération gigogne impliquant, outre des truands et des "ripoux" français, un fils de famille dévoyé, un journaliste tiers-mondiste et le metteur en scène d'un documentaire sur la fin du colonialisme, intitulé Basta !, qui sert depuis des mois de moyen d'approche de Ben Barka, pressenti comme conseiller de ce faux projet militant. Mais ni l'un ni l'autre ne suit dans les détails l'exécution au niveau du "cab 1". Là, dans les soutes des services secrets, Mohamed Achaachi, qui a également accès au roi, règne sans partage. Ainsi, quand Ben Barka arrive à Paris le 29 octobre à 8 h 50 en provenance de Genève, deux agents marocains – Mohamed Halim et Hassan Benyoussef – sont à bord du même vol Swissair. Trois autres l'attendent à Orly : Mohamed Bettich, Abdelkader Derfoufi et un homme qui se fait appeler "Chtouki". Ce dernier, énigmatique cheville ouvrière de l'enlèvement, s'appelle de son vrai nom Miloud Tounzi et travaille au département opérations techniques du "cab 1".

Devant la brasserie Lipp, ces hommes de l'ombre sont présents. Deux d'entre eux photographient, un troisième filme la scène… Tous interviennent pour rattraper le premier accroc : Mehdi Ben Barka n'est pas seul, mais en compagnie d'un étudiant marocain à Paris, Thami Azzemouri. Ayant été écarté par les deux policiers français, celui-ci est un témoin gênant de l'interpellation, qui pourrait alerter les médias. Aussi, faute de mieux, les agents marocains l'insultent copieusement, le menacent de mort. L'intimidation met en fuite Thami Azzemouri, qui se cachera pendant plus de quarante-huit heures et ne livrera sa déposition à la police que dimanche soir 31 novembre, parlant alors vaguement d'un "groupe d'hommes" lui ayant intimé l'ordre de se "tenir tranquille". Le sursis ainsi gagné aurait largement suffi aux ravisseurs, si le plan du "cab 1" – l'expédition au Maroc, à bord d'un avion militaire, de Ben Barka préalablement drogué – avait été respecté. Mais d'autres imprévus vont surgir. L'opposant marocain arrive vers 13 h 30 à Fontenay-le-Vicomte, au sud de Paris. Il s'y installe dans la maison de Georges Boucheseiche, le chef des truands qui, après avoir usé de sa brutalité pour la Gestapo française, rue Lauriston, a donné après la Libération des coups de main au Sdece (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), le service secret français. Devenu quinquagénaire, "Bonnebouche" travaille pour sa retraite dorée au Maroc, un pays qu'il connaît bien, où il a acquis des maisons closes et où l'attend sa femme, Marie-Louise. Dans le salon de Fontenay-le-Vicomte, Ben Barka découvre quatre agents du "cab 1" : Mohamed Achaachi, Abdelhak, le frère aîné de celui-ci, Abdelkader Saka et Mohamed Mesnaoui. Il ne se méfie pas d'eux, puisqu'on lui a annoncé la venue d'un "émissaire du roi", avec lequel il devrait préciser les conditions de son retour au pays, à la tête du gouvernement, retour que Hassan II avait appelé de ses vœux, en mars, mais qui n'avait pas connu de suite favorable.
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Dans l'attente, pendant des heures, les Marocains discutent politique. L'enregistrement de ce dernier cours magistral du maître à penser de la gauche marocaine sera, par la suite, maintes fois réécouté au "cab 1"…

A Rabat, le standardiste de l'opération eut du mal à joindre le général Oufkir. Celui-ci finit par passer, dans l'après-midi, au siège du "cab 1" où il ramasse une forte somme d'argent en devises avant de partir, vers 18 heures, heure locale, pour l'aéroport. Y a-t-il pris l'avion militaire mis à la disposition de l'opération "Bouya Bachir" par le colonel Lyoussi, du 2e bureau de l'armée, et prêt à partir depuis trois jours ? S'est-il rendu d'abord à Fès, où séjourne alors le roi, pour "voir le patron", comme il l'aurait dit au téléphone à Antoine Lopez, l'agent français multicartes à Orly, à qui le général annonce son arrivée à Paris pour la nuit, à 2 h 30 ? Ahmed Boukhari l'ignore. Il s'en tient aux certitudes de son "registre permanencier" et aux témoignages de ses amis du service à Paris qui, pendant les trente-six années qui se sont écoulées depuis, ont sassé et ressassé en sa présence toujours les mêmes souvenirs. Notamment celui du regard accusateur fixé sur eux par Mehdi Ben Barka, menotté et suspendu, mais muet malgré la torture.

Ahmed Boukhari enregistre le second appel de son chef à Paris vers 21 heures, heure de Rabat. Mohamed Achaachi demande que l'on fasse venir au siège du "cab 1" l'infirmier du service, Ahmed Ajdaïn, dit "H'Mida", un jeune homme de vingt-quatre ans. Celui-ci a une faute professionnelle à se faire pardonner : il aurait dû être à Paris mais, n'ayant pas été en état de service après une nuit de libations, il a été remplacé au pied levé par un autre infirmier, Boubker Hassouni, plus âgé mais sans grande formation. Prévenu chez lui, "H'Mida" arrive à la permanence. Vers minuit, Mohamed Achaachi rappelle pour transmettre l'ordre à l'infirmier de se rendre à l'aéroport de Rabat-Salé, d'y attendre le retour de l'avion militaire qui doit ramener le "colis" dans la nuit. Connaissant son protégé, originaire d'Oujda comme lui, Achaachi insiste pour qu'il n'oublie pas la trousse avec ses "instruments de travail". Peu après, il appelle à nouveau pour s'assurer que ses consignes ont bien été exécutées. Mais une heure plus tard, appelant encore une fois, il demande à ce que l'on fasse revenir "H'Mida" de l'aéroport : le vol de l'avion militaire a été annulé, reporté de vingt-quatre heures. Entre-temps, Mehdi Ben Barka est mort.

COMME les coups de fil en crescendo le laissent supposer, la situation a dérapé au sud de Paris. Dans la villa de Fontenay, l'arrivée du commandant Dlimi en début de soirée a totalement changé la donne. Mehdi Ben Barka connaît bien cet ancien officier de la "coloniale", reversé de l'armée française dans les Forces armées royales (FAR), avant de faire carrière au sein de la sûreté nationale. Le 18 novembre 1962, date anniversaire de l'indépendance du Maroc, trois hommes de Dlimi au "cab 1" – Guerrouani Bennacer, Maati Rayhane et, au volant, Ouzzine Mohand – avaient tenté d'assassiner l'opposant, dans un attentat maquillé en accident de la circulation. Ben Barka n'avait réchappé que de justesse, avec des cervicales fêlées. Début 1963, Dlimi en personne avait effectué une perquisition nocturne illégale à son domicile, en l'humiliant. Depuis, rien n'a apparemment changé. A peine entré dans le salon, Dlimi insulte le chef de file de l'opposition marocaine, manque de l'étrangler quand celui-ci se met à crier, pris au piège. A la demande du commandant, Ben Barka est ligoté sur une chaise. Pour le "calmer", Boubker Hassouni lui fait une injection. La dose administrée est trop forte. Ben Barka perd conscience.

Pendant trois heures, le temps qu'il revienne à lui, une altercation divise les agents marocains en deux clans. Mohamed Achaachi et ses plus proches collaborateurs, Saka et Mesnaoui, désapprouvent la violence et veulent "mener à bien" l'opération. Initialement, elle devait être un remake du rapt du colonel Argoud, l'un des derniers chefs fugitifs de l'OAS. Le 25 février 1963, celui-ci avait été interpellé à Munich par des vrais-faux policiers allemands, puis kidnappé par des truands, dont Georges Boucheseiche, qui l'avaient "déposé", endormi et ficelé, dans les jardins de l'archevêché de Paris, dans l'île de la Cité, où la police française l'avait récupéré. Comme L'Express l'avait peu après révélé, l'enlèvement avait été commandité par le ministre de l'intérieur, Roger Frey, à condition que "l'ordre international demeure bien sauvegardé". Ce fut le cas. Or, dans le scénario démarqué par les services marocains, le commandant Dlimi et ses hommes – Miloud Tounzi, l'infirmier Hassouni et Abdelhak Achaachi, le chef du département administratif et financier au "cab 1" – jouent avec le feu. On aurait pu penser que la venue du général Oufkir, homologue marocain et ami de Roger Frey (qu'il avait logé chez lui, rue des Princesses à Rabat, pendant des vacances d'été en1964), éviterait le scandale sur le sol français. Mais c'est le contraire qui se produit.

Mohamed Oufkir arrive à Fontenay aux alentours de minuit. Est-il "ivre ou à peine désaoulé", comme le prétendront par la suite Saka et Mesnaoui ? Depuis que sa femme l'a quitté pour un autre, cela lui arrive souvent. Le fait est que le général ne met pas un terme aux excès de son adjoint, énervé par le silence obstiné de Ben Barka qu'il a soumis à un interrogatoire aussi vague que violent. Or l'irruption d'Oufkir relance l'agitation de l'opposant, qui croit sa fin venue. Après une seconde injection au dosage incertain, Dlimi le fait suspendre à une corde, les mains menottées dans le dos. Le commandant reprend ses questions, pendant que le général boit de grandes quantités de café noir.

Mehdi Ben Barka, le visage ruisselant de sueur, respire de plus en plus difficilement.Oufkir s'approche de lui, un stylet à la main, lui frôle le visage, entaille de petits traits son buste dans l'encolure de la chemise ouverte. Mais l'opposant ne réagit pas, ne répond pas aux questions que Dlimi continue de lui poser. Il fixe son regard sur les agents du "cab 1" qui se tiennent à l'autre bout de la pièce : Saka, Mesnaoui et leur chef, Mohamed Achaachi.

Le calvaire dure une heure. Ahmed Dlimi finit par appliquer un chiffon imbibé d'eau sale sur la bouche et le nez de l'opposant, qui réagit à peine, ne secouant que faiblement la tête et les pieds. Ses yeux se révulsent. C'est alors que Mohamed Achaachi intervient, s'élance vers Dlimi, le bouscule, le somme d'arrêter. Il ordonne à ses hommes de décrocher le corps affalé, de lui enlever les menottes. Mais Mehdi Ben Barka est mort. Pendant près d'une demi-heure, l'infirmier Hassouni tente de le réanimer. En vain. Le général Oufkir peine à se rendre à l'évidence, à mesurer la gravité de la situation, alors que son adjoint ne montre aucun remords, réfléchit déjà à la meilleure façon de se débarrasser du cadavre.

Seul parmi tous à porter des gants, a-t-il agi avec préméditation ? Ses subordonnés du "cab 1" se poseront souvent la question. Mais, dans l'immédiat, la panique est grande. Au plus profond de la nuit du vendredi 29 octobre au samedi 30, le ministre marocain de l'intérieur, son adjoint à la sûreté nationale et, au total, une douzaine d'agents secrets du royaume ont sur les bras, en France, un mort qui ne pardonnera pas : l'homme qui a "mis en équation" le pouvoir de Hassan II, selon la formule du roi dont Mehdi Ben Barka avait naguère été le professeur de mathématiques au collège royal, était non seulement la figure de proue de la gauche marocaine mais, aussi, secrétaire général de la Conférence tricontinentale, le regroupement du tiers-monde militant.

Il faut gagner du temps, mettre à l'abri les plus hauts responsables. Oufkir et Dlimi repartent de France aussi clandestinement qu'ils y sont arrivés, sans doute grâce à des complicités censées se limiter à un "coup de main" pour que des "amis marocains" puissent ramener au bercail un "dangereux gauchiste". Mais le commandant et le général vont revenir au plus vite, cette fois officiellement. Ce n'est pas sans risque, mais il faut donner des instructions qui ne peuvent pas être transmises par téléphone, organiser la disparition du cadavre et coordonner le repli en bon ordre du dispositif secret du "cab 1", sans oublier l'exfiltration des truands et, en particulier, de Georges Boucheseiche, hôte et témoin du crime. Le samedi 30 octobre, à 14 h 30, le commandant Dlimi débarque à Orly sur un vol régulier en provenance d'Alger, où il avait été en mission depuis le mercredi précédent en vue d'un sommet afro-asiatique auquel Hassan II devait participer le lundi 1er novembre. A 17 h 30, trois heures plus tard, le général Oufkir arrive du Maroc, également sur un avion de ligne. A l'aéroport, il est attendu par "Chtouki" et le "commissaire-étudiant" Ghali El Mahi. Pendant leur séjour, qui durera moins de vingt-quatre heures, Oufkir et Dlimi ne vont avoir de contact visible qu'avec leurs collaborateurs dont l'identité est connue des services secrets français, et avec un agent d'Air France, Antoine Lopez, "l'interface" du Sdece et du "cab 1" à Orly.

A son insu, le chef du service "passages" à Orly, un vieil ami du Maroc et du général Oufkir, joue un rôle-clé. De l'aéroport, le ministre marocain de l'intérieur, à qui son ambassade a réservé une chambre à l'hôtel Royal-Alma, se fait conduire directement à Fontenay par Antoine Lopez qui, l'ayant déposé, repart aussitôt pour emmener sa famille dans le Loiret, pour le long week-end de la Toussaint. Oufkir et Dlimi dînent au Simplon, rue du Faubourg-Montmartre, bien en vue. Revenu du Loiret vers 22 h 30, Lopez passe les chercher et les emmène à Ormoy, dans sa villa – vide en l'absence de sa famille – au sud de Paris. Les Marocains lui auraient alors "conseillé" d'aller se coucher, dira-t-il plus tard au tribunal. De la fenêtre de sa chambre, au premier étage, Lopez affirme avoir vu arriver, vers 2 heures du matin, une 404 noire avec des plaques diplomatiques. A son bord se seraient trouvés "deux autres Marocains".

Le dimanche 31 octobre, dès 5 heures du matin, l'infatigable Lopez sert à nouveau de chauffeur à Oufkir et Dlimi, qu'il conduit à Orly après un détour par les étangs et bosquets près de Courcouronnes, où les officiers marocains auraient inspecté de possibles caches pour un cadavre, si l'on en croit la Confession d'un espion, publiée par Lopez en mars 2000. La justice française ordonnera alors quelques coups de pioche dans le bois de la Garenne – sans résultat.

Le 31 octobre 1965, Oufkir prend le vol de 8 heures pour Genève, alors que Dlimi embarque à 9 h 35 pour Casablanca. Tous deux vont revenir une troisième fois en France, le commandant dès le lendemain, 1er novembre, le général le mardi 2 novembre, après quarante-huit heures passées en Suisse avec son ex-femme et deux de leurs enfants, en internat à Gstaad. A sa descente d'avion, en fin d'après-midi, le ministre marocain de l'intérieur est attendu par une grappe de journalistes. La nouvelle de la "disparition" de Ben Barka a été rendue publique, samedi, dans le flash de 19 heures, par Europe no1.

Mais Mohamed Oufkir ne déclare rien à la presse, sinon qu'il est lui-même le "premier surpris". En compagnie d'Ahmed Dlimi, il se rend le mercredi 3 novembre, comme il était prévu de longue date, à une réception au ministère de l'intérieur, place Beauveau, en l'honneur des gouverneurs de province marocains qui ont achevé un stage de trois mois en France. Le général y croise Roger Frey. Le lendemain matin, un diplomate du Quai d'Orsay intervient pour faire libérer deux places sur le vol Air France de 9 h 55. Le général et le commandant rentrent au Maroc. Le crime d'Etat dans lequel ils sont impliqués est manifeste. Mais c'est un crime parfait, sans cadavre. Pour savoir où est passé le corps de Mehdi Ben Barka, il faudra attendre trente-six ans. La dépouille mortelle de Ben Barka fut rapatriée à Rabat puis dissoute dans une cuve remplie d'acide. Ce que révèlera le second volet de notre enquête.

Stephen Smith et, pour "Le Journal", Aboubakr Jamaï et Ali Amar

PROCHAIN ARTICLE :
La vérité sur la "disparition" au Maroc de Mehdi Ben Barka

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