
Maroc Telecom sera-t-elle privatisée en 2001 ? A savoir. En effet, des
informations diverses font état du désistement de trois des quatre prétendants
qui devaient rendre leur copie le 20 décembre prochain. De source sûre, on
affirme déjà que Telecom Italia et Telenor auraient exprimé leur intention de ne
pas être candidats à cet appel d’offres et que France Telecom aurait emboîté le
pas aux deux premiers. Interrogés sur ces désistements de ces opérateurs, les
responsables chargés du dossier Maroc Telecom au département de la privatisation
ont cette réponse : «Aucun opérateur, a fortiori Telecom Italia ou France
Telecom, n’a décidé de se retirer de la liste des prétendants à la privatisation
et de toute façon il faudra attendre la date butoir du 20 décembre pour en
savoir plus.» Pas de fumée sans feu pourtant. Parmi les nombreuses raisons
justifiant une telle décision, il semblerait que les opérateurs aient émis de
sérieux doutes quant à la rationalité de l’évaluation de Maroc Telecom,
évaluation confiée, rappelons le, aux deux consortiums de banque conseil, Merril
Lynch/Paribas/Banque Commerciale du Maroc et JP Morgan/Banque Centrale
Populaire, dont la mission d’évaluation a été entamée le 26 avril 1999. Les 35%
de l’opérateur historique devant être cédés, estimés à un minimum de 20,3
milliards de DH, auraient-ils été surévalués ?
Une source proche du dossier
pose le problème autrement « Ce n’est pas que Maroc Telecom soit surévalué, dans
l’absolu. Le fait est que la situation actuelle des marchés internationaux rend
le ticket d’accès trop élevé et peut décourager les opérateurs. Nous devons
alors faire en sorte de trouver le meilleur partenaire possible et au terme d’un
accord honorable pour toutes les parties, sachant que les prétendants ont la
capacité de porter des amendements au cahier des charges. Si Maroc Telecom est
trop cher il faudra agir, de cette action dépendra le succès ou l’échec de
l’opération»
Le coût, jugé trop élevé, de 35% de l’opérateur historique n’est pas le seul
mis en cause. Les opérateurs dénoncent un accord de partenariat qu’ils
considèrent comme désavantageux à leur égard, puisqu’il ne leur accorde qu’une
minorité de blocage et non pas la majorité. De fait, seul un actionnariat de
contrôle les intéresserait. Mais dans ce cas, pourquoi avoir soumissionné en
sachant d’avance que le tiers seulement du capital sera cédé? Tout simplement
parce que la question du droit de préemption n’est pas clarifiée. Si le
gouvernement marocain décide d’ouvrir davantage le capital, il n’est pas dit que
le partenaire stratégique ait la primeur de l’acquisition des parts à mettre sur
le marché. L’appréhension des opérateurs se situe là. Selon la même source, le
norvégien Telenor et l’italien Telecom Italia auraient officiellement confirmé
au ministère des finances, en fin de semaine dernière, leur retrait de l’appel
d’offres et France Telecom s’apprêterait à faire de même. A l’heure ou nous
mettions sous presse aucune confirmation officielle du retrait de l’opérateur
français n’avait été faite, mais il est certain que les représentants de France
Telecom étaient à Rabat le lundi dernier et il serait question de négociation
avec les responsables du dossier.
Au vu de la frilosité des opérateurs, la privatisation de Maroc Telecom pourrait être retardée, à moins que l’on ne s’achemine vers une offre de gré à gré avec le quatrième opérateur restant en lice (Vivendi). Le plus grave dans ce feuilleton, est que le budget 2001 s’en ressentirait de manière sérieuse. La loi de finances pour l’année prochaine prévoit un déficit équivalent à 3% du PIB, intégrant les recettes de privatisation. Si, par malchance, le processus échoue, l’Etat devra revoir sa copie et réduire sérieusement l’enveloppe affectée aux investissements. Pas d’investissement, pas de croissance. Si, envers et contre tout l’Etat maintient ses prévisions d’investissement le déficit (en % du PIB) serait de... 8%. Allô, que faire ?
Fadel Agoumi