LA LAICITE EN ALGERIE / UNE IDEE PERENNE

La la•citŽ en AlgŽrie est ˆ la fois une idŽe ancienne et neuve. Plongeant ses racines dans une pratique sociale ancestrale, ˆ la marge de lĠEtat, cette idŽe, aujourd'hui synonyme de modernitŽ, fut chahutŽe par le colonialisme.

Pratiquant une sŽcularisation ˆ lĠombre du religieux, lĠEtat national, construit ˆ la jonction du socialisme, de lĠarabisme et de lĠislam, a assumŽ partiellement cette idŽe. LĠintroduction du multipartisme dans les annŽes 90 verra cette philosophie faire une entrŽe fracassante dans le dŽbat politique. Les espoirs et les attaques soulevŽs par la la•citŽ ont mis en relief le c™tŽ passionnel de cette idŽe controversŽe, indiquant par ricochet la place prise sur la scne publique par deux questions : quel projet de sociŽtŽ ˆ mettre en place et, subsŽquemment, quelle est la nature des institutions se rapportant ˆ cette perspective ? Plus de quarante ans aprs l'indŽpendance, l'Žpilogue n'est pas trouvŽ.

Anciennement, la sociŽtŽ traditionnelle algŽrienne vivait dans un esprit de sŽcularisation, dĠo Žmergeait une pratique sociale aux activitŽs profane et sacrŽe distinctes. Les pouvoirs temporel et spirituel sont sŽparŽs, avec la djemaa, dĠun c™tŽ, y compris dans les zones non berbŽrophones, et la mosquŽe, reprŽsentant lĠautre versant, sous lĠautoritŽ maraboutique. Quand bien mme les grands Žvnements, notamment les soulvements contre lĠoccupation, se faisaient au nom de la religion, ce phŽnomne est davantage en corrŽlation avec lĠidŽologie de mobilisation. Dans le quotidien de la sociŽtŽ rurale, dominante ˆ lĠŽpoque, les affaires publiques se traitaient en partie en dehors du religieux. Il sĠen est mme trouvŽ des rŽgions, comme la Kabylie, pour se dŽtourner des normes religieuses en matire dĠhŽritage.(1) On peut dire que la sociŽtŽ maghrŽbine, sunnite de rite malŽkite (2), Žtait ambivalente, ˆ la fois profondŽment imprŽgnŽe de religiositŽ et sĠorganisant de manire sŽcularisŽe. Le syncrŽtisme musulman, mŽlange de dogme et de paganisme, Žtait et demeure vivace. LĠemprise de lĠislam nĠŽtait pas totalement hŽgŽmonique ni en matire de croyances populaires ni dans la conduite des affaires publiques.

La colonisation a dŽstructurŽ lĠordre ancien. Un monde sĠen est allŽ et remplacŽ par un autre avec un bouleversement sans prŽcŽdent. LĠaffaiblissement des zaou•as qui sĠen est suivi nĠa pas empchŽ celles-ci de maintenir leur r™le dans la propagation de lĠislam populaire et mystique. CĠest sans doute lĠislam, dans cet entre-deux marquŽ par une immense mutation, qui restera malgrŽ tout le marqueur identitaire le plus fort. LĠŽmergence de lĠanti-clŽricalisme de la IIIme RŽpublique franaise (3) reste incomprŽhensible du fait de son origine exogne et de sa nouveautŽ en tant que concept thŽorique et pratique institutionnelle chez les autochtones. La loi de 1905 qui organise la sŽparation du culte et de lĠEtat en France nĠest pas appliquŽe en direction des indignes. Son application suppose lĠabandon du statut personnel et donc lĠaccs ˆ la citoyennetŽ franaise. Or le colonialisme, basŽ sur lĠethnicisation selon Hannah Arendt, verrouillait le systme par cette diffŽrenciation essentielle. Cependant, la volontŽ de lĠadministration coloniale dĠorganiser le culte musulman en structure officielle (variante dĠun clergŽ) introduira le germe de la rationalitŽ.

La RŽpublique : une force brimŽe

LĠirruption du nationalisme moderne dans les annŽes 20 et son dŽveloppement la dŽcennie suivante vont placer les acteurs de cette pŽriode devant un dilemme face ˆ cette Žtrange altŽritŽ. On peut distinguer trois courants dans ce patriotisme en formation : le radical, nŽ dans lĠŽmigration sous la bannire du P.C.F. avant de sĠen affranchir rapidement, le modŽrŽ, imprŽgnŽ de kŽmalisme, et le religieux, qui visait la rŽforme des institutions et de lĠislam (4). Le parti communiste algŽrien occupe une place singulire dans cette galaxie.

Le nationalisme radical qui va faonner le Mouvement national sĠadresse ˆ lĠensemble algŽrien, pris dans sa globalitŽ comme une communautŽ indivisible. Ses mots dĠordre rencontrent un Žcho populaire et fervent. Les principaux dirigeants de cette mouvance sont fascinŽs par la rŽvolution franaise. Le courant modŽrŽ, qui sĠadresse davantage ˆ la nouvelle Žlite formŽe par lĠŽcole franaise, rve dĠune rŽvolution ˆ la turque. Une association Ç Les jeunes AlgŽriens È est fondŽe. Si les deux leaders charismatiques de ces deux tendances, Messali Hadj et Ferhat Abbas, invoquent la Grande rŽvolution pour mieux pourfendre le colonialisme et assimiler un certain nombre dĠidŽes - socialisme, libŽralisme, dŽmocratie, sŽparation de lĠEglise et de lĠEtat - ils nĠarrivent pas ˆ invoquer la la•citŽ comme modle. Ni non plus un Etat thŽocratique comme rŽfŽrence. Le poids du religieux cimentant le communautarisme musulman - sociŽtŽ dominŽe et agressŽe - nĠest pas Žtranger ˆ cette dŽmarche. Pour Benjamin Stora, Ç La Grande rŽvolution dresse un passage entre la fascination dĠun nouveau monde rŽvŽlŽ par la culture franaise, et la nostalgie du milieu dĠorigine, la prŽservation dĠune personnalitŽ culturelle ancestrale È(5). En profondeur, lĠidŽe de modernitŽ pŽntre les esprits et fait son chemin dans la sociŽtŽ.

Paralllement ˆ cette mouvance globalement influencŽe par les Lumires, mme si les visions et les dŽmarches politiques restrent longtemps divergentes, sĠest crŽŽe lĠassociation des UlŽmas (les docteurs de la Loi) en 1931. Son parcours atypique ajoute de la complexitŽ pour saisir cette pŽriode tourmentŽe de lĠhistoire algŽrienne. Cette association musulmane militait en faveur de la sauvegarde de la personnalitŽ algŽrienne Ç sous la tutelle de la France È. (6) InfluencŽ par Ç lĠIslah È du Machreq, sous la houlette des rŽformistes Djamal Eddine El Afghani, Mohamed Abdou et Rachid Ridha,(7) le leader des UlŽmas algŽriens, Abdelhamid Ben Badis, sans doute pour mieux Žchapper au contr™le administratif colonial, rŽclamait la sŽparation de la religion (musulmane) et de lĠEtat. La part tactique dans cette posture la•que est nette avec, en plus, ˆ la base, une idŽe centrale : lĠaccs ˆ la modernitŽ afin de rattraper lĠOccident. Leurs medersas Žtaient mixtes, et les femmes musulmanes de cette Žcole de pensŽe ne portaient pas le hidjab. MalgrŽ ce dessein, la progŽniture de ce segment social frŽquentait souvent lĠŽcole franaise. Les UlŽmas forgeaient une espce de conservatisme social, Žlitiste et ambigu, surtout dans son rapport ˆ lĠAdministration. En dŽpit de leur approche modŽrŽe et de leurs multiples contradictions, les UlŽmas manipulent davantage la politique de la•citŽ quĠils nĠont rŽellement adoptŽ sa philosophie.

Quant au Parti communiste, la formation la plus mixte dĠentre toutes mais dominŽe par lĠŽlŽment europŽen, il prŽconise la la•citŽ. Ce nĠest pas pour autant son thme favori.

DŽcrivant la situation dĠensemble de lĠanti-colonialisme, le politologue Omar Carlier trouve des mots judicieux : Ç LĠislah ne conna”t que des croyants, le P.C. que des camarades. Mais lĠun met lĠaccent sur la vraie foi, et le second sur le r™le stratŽgique de la classe ouvrire. Le PPA lui ne veut reconna”tre que des frres. Le mot citoyen nĠest pas accessible au grand nombreÉ È (8). Le dŽveloppement du nationalisme moderne durant presque trois dŽcennies (1926-1954) va produire une idŽologie jacobine qui est le miroir inversŽ de lĠidŽologie coloniale. Dans cet entrelacs o se mlent dŽmocratie, socialisme, arabisme et islam, lĠoption est ˆ lĠamalgame sur une base sociale interclassiste. La faillite des idŽaux rŽpublicains, qui sĠexprime notamment par les discriminations juridique et politique entre colons et indignes, nĠa pas permis aux jeunes patriotes algŽriens formŽs ˆ lĠŽcole de la IIIme RŽpublique de revendiquer explicitement la la•citŽ. En perspective, lĠidŽe de la future nationalitŽ algŽrienne se confondait avec la communautŽ musulmane. Une tentative de mettre de lĠordre est venue de jeunes lycŽens de Ben-Aknoun, tous originaires de Kabylie et en contact avec Bena• Ouali, membre du Bureau politique du parti indŽpendantiste le P.P.A-M.T.L.D. Ces jeunes ont produit un texte sous le pseudonyme de Idir El Watani, intitulŽ Ç LĠAlgŽrie vivra È (9) dans lequel ils dŽfinissent la nationalitŽ algŽrienne en rapport avec la citoyennetŽ. LĠopuscule est ŽlaborŽ dans un langage marxisant et empruntait des concepts ˆ la dŽclaration dĠindŽpendance des Etats-Unis et de la RŽvolution franaise. Cette tendance appelŽe berbŽriste, connue pour son radicalisme anticolonialiste, fut expulsŽe du parti, lĠannŽe 1949. CĠest la premire tentative ouvertement la•que dans le patchwork idŽologique du Mouvement national. Ils sont stigmatisŽs du nom de Ç berbŽro-matŽrialistes È.

LĠinsurrection du 1er novembre 1954 nĠa pas dŽrogŽ ˆ la rgle. La contradiction principale est quasiment manichŽenne : colons exploiteurs, dĠune part, et autochtones exploitŽs, dĠautre part. Dichotomie qui met ˆ lĠŽcart des questionnements importants. Ce nĠest quĠen aožt 1956, lors du 1er Congrs du F.L.N., dans la vallŽe de la Soummam, quĠest ŽbauchŽe une clarification sur le futur Etat national.

Il est explicitement dit quĠ Çil ne sĠagit pas de restaurer une monarchie ou une thŽocratie dŽsormais rŽvolues. LĠEtat sera dŽmocratique et social È. Le contenu progressiste de cette proclamation ne laissait aucun doute sur lĠorientation choisie. La combinaison des acteurs, du contenu et de la pŽriode ouvrait la voie ˆ cette optique la•que. Paradoxalement, le mot la•citŽ nĠest pas prŽsent en tant que tel. Pourtant, ce congrs est prŽsentŽ par ses adversaires comme le tombeau de lĠarabo-islamisme du fait mme de sa la•citŽ. (10)

QuĠen est-il rŽellement ?

Il est indŽniable quĠˆ cette Žpoque les principaux acteurs du Mouvement national sont tous imbibŽs de culture moderne, voire marxisante. Leurs rŽfŽrents sont puisŽs dans lĠuniversalitŽ des luttes sociales et/ou des Žmancipations nationales. Ils veulent prendre les bons c™tŽs des Lumires. La charte de la Soummam, rŽdigŽe exclusivement en franais, porte une trace indŽlŽbile de cette influence. SocialisŽs dans des milieux diffŽrents, les deux principaux acteurs de cet attelage, Abane Ramdane (Kabylie) et Ben MĠhidi Larbi (Nord-Constantinois) (11), vont faire aboutir les travaux de ce congrs par un texte doctrinaire retentissant et dĠune portŽe stratŽgique considŽrable sur les plans idŽologique, politique et diplomatique. Le premier a fait lĠŽcole de la IIIme RŽpublique ; lĠautre a accompli une partie de sa scolaritŽ dans une medersa arabe (Žcole coranique).

Les disparitions prŽmaturŽes des deux personnalitŽs dominantes de ces premires assises vont mettre en avant dĠautres prŽoccupations davantage centrŽes sur lĠexercice du pouvoir.

La construction de lĠEtat gallican

Se situant dans le camp du progrs avec des accents anti-colonialistes et anti-impŽrialistes, lĠAlgŽrie continuait pourtant ˆ faire dans la confusion idŽologique aprs l'indŽpendance. MalgrŽ lĠorientation Ç matŽrialiste È dŽnoncŽe par le leader des UlŽmas, Bachir El-Ibrahimi, et la consŽcration formelle de la libertŽ de conscience, lĠarticle 2 de la premire constitution algŽrienne stipulait : Ç lĠIslam est religion dĠEtat È (12). Mieux encore, la seule association autorisŽe en dehors du parti unique, le FLN, Žtait Ç El Qiyam È, Ç Les Valeurs È, dĠobŽdience islamiste. Lˆ aussi, le paradoxe est ˆ son comble. Le socialisme spŽcifique, ŽnoncŽ par les textes et les slogans, ne permettait pas dĠavancer sur le terrain du statut personnel. Le premier chef de lĠEtat, Ahmed Ben Bella (1962-1965), associait sciemment socialisme, arabisme et islam.

LĠavnement de Boumediene (1965-1978) conna”tra les mmes contradictions, sans les rŽsoudre. Le rapprochement politique avec lĠex- association des UlŽmas et la dissolution de lĠassociation Ç Les Valeurs È, lĠannŽe 1969, maintient cette ambigu•tŽ dĠautant plus fortement que le socialisme est reconduit de Çmanire irrŽversible È. Durant ce long rgne, la question du statut de la femme est restŽe en suspens, alors que nombre dĠactions sont rŽellement ˆ caractre progressiste, notamment la gŽnŽralisation de lĠenseignement. Ce phŽnomne projetait pour la premire fois un nombre important de femmes dans plusieurs secteurs dĠactivitŽs.

CĠest le triomphe du dŽvoilement de la femme, observable massivement dans les villes.

La rŽappropriation de lĠidentitŽ nationale basŽe sur la diffusion multiple de la langue arabe classique et la rŽaffirmation de la place de lĠislam comme ŽlŽment constitutif primordial de la personnalitŽ algŽrienne vont conduire ˆ des gestes symboliques aux consŽquences alors insouponnŽes telles que la substitution du week-end dit universel (samedi et dimanche) par le week-end dit islamique (jeudi et vendredi). Par ailleurs, lĠarabisation de lĠenseignement est fortement politisŽe (13). IdŽologisŽe, cette problŽmatique, dont le contenu et lĠencadrement ne sont pas de qualitŽ, produira dans le futur dĠŽnormes distorsions politique, culturelle et psychologique. Incontestablement, le lit de lĠintŽgrisme islamique rŽsidait en partie dans ce projet. A c™tŽ de lĠenseignement, cĠest la justice, autre secteur idŽologique, qui est livrŽ aux islamo-conservateurs. La revue juridique officielle Ç El- Asala È exprime leur point de vue sans dŽtour.

Dix ans aprs le dŽbut de lĠaccŽlŽration de lĠarabisation (1968), lancŽe par le fils de Cheikh El-Ibrahimi, en lĠoccurrence le Docteur Ahmed-Taleb, on assistait aux premires mais timides apparitions du hidjab dans les universitŽs.

DivisŽ en deux pŽriodes - monopartisme (1979-1989) et multipartisme (1989-1992) - le rgne de Chadli Bendjedid se distingue par un net Žlan vers la conservation. La jonction entre les conservateurs du parti unique (majoritairement enseignants de langue arabe) et les milieux islamistes institutionnels (justice et mosquŽes, etc.É) se rencontrent pour donner naissance ˆ la catŽgorie des barbŽflnes. A la tŽlŽvision algŽrienne, lĠEgyptien Ghazali, formŽ ˆ El Azhar et proche des frres musulmans, dŽlivrait malgrŽ tout des prches qui se voulaient conciliants tous les vendredis. Il nĠarrivait pas, cependant, ˆ franchir le pas pour une interprŽtation libŽrale, encore moins ˆ susciter des vocations favorables ˆ la contextualisation. Certaines de ses prises de position sont dĠune stricte orthodoxie. (14) La compromission se fait ˆ ciel ouvert, lĠannŽe 1984, lorsque lĠA.P.N. (AssemblŽe populaire nationale) du parti unique, prŽsidŽe par Abdelaaziz Belkhadem, a votŽ ˆ lĠunanimitŽ le code de la famille dĠinspiration islamiste.

LĠinstruction islamique prodiguŽe ˆ lĠŽcole fondamentale diffuse, entre autres, une version simpliste de lĠislam et glorifie la pŽriode mŽdinoise, considŽrŽe comme la puretŽ par excellence de lĠhistoire musulmane. Le sectarisme et lĠincitation ˆ la haine (impies, athŽes, apostats la•cs, communistes, juifs, chrŽtiens, francs-maons, femmes, etc.) sont relayŽes dans les quartiers populaires et mosquŽes par des imams qui commencent ˆ Žchapper peu ˆ peu ˆ la mainmise de lĠEtat.

La conception gallicaniste ou de contr™le du culte par la fonctionnarisation du personnel religieux est largement dŽbordŽe. LĠarrivŽe massive dĠarabisants sur les champs politique et Žconomique va avoir raison de lĠŽquilibre fragile entretenu depuis lĠindŽpendance jusquĠau dŽbut des annŽes 80. Cette pŽriode qualifiŽe par Henri Sanson de Ç la•citŽ islamique algŽrienne È (15) venait dĠatteindre son terme. La dŽcennie suivante est marquŽe par une fracture bŽante aux plans spirituel, Žducatif et culturel sur fond de rupture gŽnŽrationnelle. Pierre Vermeren le remarque fort ˆ propos au Maroc, constat se rapprochant de la situation algŽrienne : Ç LĠincomprŽhension est grande lorsque ses jeunes arrivant au lycŽe et ˆ lĠuniversitŽ et se retrouvent confrontŽs ˆ des professeurs de lĠancienne Žcole. Au point que, dans les annŽes 1990, ce sont les Žlves qui font rŽgner leur ordre moral dans les classes, dŽniant ˆ lĠenseignant toute libertŽ de ton ou de critique vis-ˆ-vis de la norme islamique. La majoritŽ silencieuse nĠa dĠautre choix que de sĠincliner. Le terreau de cette Žducation a dŽtruit les germes de lĠindividualisme libŽral des annŽes 1970, se transformant en couveuse de la vague islamiste È. (16) LĠautre recoupement se situe dans une meilleure connaissance de lĠhistoire de lĠislam que de lĠhistoire nationale. (17)

Le grossier travestissement de l'expansion musulmane en Afrique du Nord particulirement, qui relve de l'immaturitŽ au minimum, exprime, ˆ sa manire, cet autre hiatus.

Juste avant lĠirruption du multipartisme (constitution de fŽvrier 1989), la rŽvision constitutionnelle dĠavant, opŽrŽe le 03 novembre 1988, rompait les liens formels avec la rŽfŽrence au socialisme. Tout se passait jusque-lˆ comme si Ç pour acquŽrir droit de citŽ dans les pays musulmans, le socialisme a besoin dĠune lŽgitimation en termes islamiques È. Ce type de dŽmarche trouve pleine illustration dans la Charte nationale algŽrienne, adoptŽe le 27 juin 1976. (18)

A la veille du multipartisme, soit en lĠespace dĠun quart de sicle, lĠon a assistŽ en AlgŽrie ˆ un double phŽnomne, aussi massif que contradictoire, le dŽvoilement puis le revoilement de la femme algŽrienne. Cette situation dŽnote jusquĠˆ la caricature les errements et les contradictions du pouvoir algŽrien. Son personnel politique a manquŽ dĠaudace, prisonnier quĠil Žtait de la formation et de lĠorientation de ses trois chefs, successivement Ben Bella, Boumediene et Bendjedid. (19). LĠidŽologie arabo-musulmane, issue de lĠassociation des UlŽmas, organisation prŽconisant lĠintŽgration, a submergŽ lĠEtat national souverain, portŽ sur ses fonts baptismaux par le mouvement indŽpendantiste radical, dĠorigine et de pratique la•ques (20). La perspicacitŽ et le courage de Bourguiba en Tunisie, instituant un code du statut personnel le 13 aožt 1956 qui supprime la polygamie et favorise lĠŽmancipation de la femme, nĠadviendra pas en AlgŽrie.

Un premier constat sĠimpose : arabisme sŽculier et islamisme forment les deux faces dĠune mme mŽdaille et refusent conjointement la dŽmocratie.

Nous risquerons une deuxime apprŽciation en soutenant que lĠAlgŽrie - le Liban probablement aussi - est le pays le plus apte ˆ conquŽrir la modernitŽ parmi les Etats de la Ligue arabe. Cette notion de modernitŽ, qui se conjugue avec lĠautonomie individuelle si indispensable ˆ lĠaccomplissement dŽmocratique et la•que, a manquŽ de rŽussite politique et historique au lendemain de lĠindŽpendance avec la victoire du groupe de Tlemcen appuyŽ par lĠarmŽe des frontires. (21)

RŽislamisation et rŽsistance la•que

GalvanisŽs par les inflŽchissements du pouvoir et le triomphe de la Ç rŽvolution È iranienne alors que sĠouvre le front afghan, les islamistes veulent tout le pouvoir. Le souffle de libertŽ qui a emportŽ le mur de Berlin ne se produira pas en AlgŽrie. En moins dĠun sicle, les perspectives se sont renversŽes. LĠon est passŽ de la modernisation de lĠislam (La Nahda en Orient et les UlŽmas en AlgŽrie) ˆ lĠislamisation de la modernitŽ chez les salafistes.

Sur le plan Žlectoral, les rŽsultats ont crŽŽ un choc terrible. Les premires ŽchŽances pluralistes - municipales de juin 90 et lŽgislatives de juin 91 - ont donnŽ le F.I.S largement vainqueur. Ce parti islamo intŽgriste projetait dĠinstaurer un rŽgime totalitaire pire que lĠautoritarisme prŽcŽdent. Les prŽmices Žtaient dŽjˆ annoncŽes. Au nom de la dŽnonciation de lĠinjustice et de la corruption, les intŽgristes imposent leur magistre moral. Les comportements la•ques sont visŽs ostensiblement. Beaucoup dĠŽtudiantes ont ŽtŽ vitriolŽes durant la montŽe en puissance de ce mouvement. (22)

PourchassŽes auparavant, les forces dŽmocratiques arrivent avec de grands handicaps sur la scne multipartiste. La division entre le FFS (Front des forces socialiste) et le RCD (Rassemblement pour la culture et la dŽmocratie) va accentuer cet Žtat de fait. LĠinterruption du processus Žlectoral entre les deux tours des lŽgislatives, le 11janvier 1992, par lĠarmŽe rajoutera de la divergence entre les deux formations. A c™tŽ de ces dissensions neutralisantes, la la•citŽ est revendiquŽe, pour la premire fois, publiquement, en AlgŽrie. Sans doute pour des raisons tactiques, le FFS parle de sŽparation des champs politique et religieux et essaye de forger un nouveau concept : Ç lĠEtat civil È. Cette position est moins mise en avant ˆ partir de la signature de la plate-forme de SantĠ Egidio (23). Quant au RCD, pris dans son combat contre lĠanŽantissement de la nation (Oumma contre Patrie) si les islamistes prenaient le pouvoir, il sĠengage ˆ fond pour sauvegarder les virtualitŽs dŽmocratiques de lĠEtat. La la•citŽ est ainsi, par la force des choses, moins discutŽe dans les dŽbats publics, mais toujours revendiquŽe en tant que telle. La notion la•que est au coeur du noyau identitaire de ce parti.

Les communistes, sous la dŽnomination du PAGS (Parti dĠavant-garde socialiste) du temps du parti unique, et du MDS (Mouvement dŽmocratique et social) actuellement, ont longtemps louŽ lĠislam des pauvres, rappelant au passage les rapprochements anti-colonialistes entre le PC et les UlŽmas. Ligne populiste, qui rappelle la dŽmarche du FLN, elle est abandonnŽe discrtement ces derniers temps. Cette formation est la•que mme si elle ne le proclame pas publiquement. (24). S'inscrivant dans un projet de sociŽtŽ dŽmocratique et rŽpublicain, les divergences d'approche de ces trois formations vis-ˆ-vis de la menace islamiste ont, au delˆ des divisions politiques et Žlectorales, crŽŽ incidemment un dŽbat mineur autour des concepts de la dŽmocratie et de la rŽpublique. (25)

AujourdĠhui, on arrive en AlgŽrie ˆ une situation politique de stabilitŽ dans le chaos. Doublement combattu -politiquement par le pouvoir, qui a restaurŽ son autocratie, et idŽologiquement par les islamistes- le projet dŽmocratique voit se multiplier devant lui obstacles et adversaires. Entre les deux p™les anti-dŽmocratiques, les passerelles sont nombreuses, notamment dans leur refus de la la•citŽ. Leur connivence se dŽcline sur maints registres. La participation du M.S.P (branche algŽrienne des Frres musulmans) au gouvernement depuis dŽjˆ une dŽcennie et, plus rŽcemment encore, la mise en place de Ç La charte pour la paix et la rŽconciliation nationale È sont les manifestations les plus patentes de cette collaboration. (26) Le rŽfŽrendum sur cette charte consacre en rŽalitŽ lĠauto amnistie : lĠimpunitŽ aux terroristes et le pardon aux forces de lĠordre durant la Ç sale guerre È, au dŽtriment de la vŽritŽ et de la justice.

Immense paradoxe o lĠislam politique est vaincu mais sĠimposant comme force-pivot, et o lĠislam social sĠenracinant davantage dans les mÏurs, alors que le combat des femmes en faveur de lĠŽgalitŽ des droits commence doucement ˆ porter ses fruits. (27)

Est-ce pour autant la fin du sŽcularisme ?

En guise de conclusion

A lĠimage de la trajectoire du Mouvement national et de la construction de lĠEtat souverain, les conceptions la•ques et religieuses ne cessent de sĠentremler, de se confronter et de crŽer entre elles une paix relative.

La montŽe en puissance du camp conservateur et rŽactionnaire (piŽtiste, salafiste et djihadiste) au fur et ˆ mesure du bouleversement dŽmographique, durant au moins trente ans, ne met pas fin ˆ des coutumes et attitudes la•ques. La baisse du taux de fŽconditŽ jusquĠˆ menacer le renouvellement des gŽnŽrations, gr‰ce notamment ˆ la contraception, est lĠune des preuves les plus tangibles de ce phŽnomne. Une forte tradition sŽculire du pays, une pratique sociale qui se laisse influencer par lĠenvironnement mondial, une revendication partisane ˆ drapeau dŽployŽ et un fonctionnement institutionnel qui prend en compte, peu ou prou, les conventions internationales, sont autant dĠŽlŽments qui maintiennent socialement et politiquent plus quĠune prŽsence la•que.

La la•citŽ est finalement une idŽe jeune dans le dŽbat politique national. Combattue injustement par les tenants du pouvoir et sournoisement par les islamistes en tentant de lĠassimiler ˆ lĠathŽisme, le sort de cette philosophie est liŽ ˆ la dŽmocratisation des institutions et de la sociŽtŽ algŽriennes.

Dans cette longue et exaltante bataille, les combattants des Lumires ont besoin de plus dĠattention, sinon de solidaritŽ, de leurs pairs ˆ travers le monde. Consubstantiellement mlŽs, la dŽmocratie, les droits de lĠhomme et la la•citŽ sont indivisibles idŽologiquement et gŽographiquement.

Tarik MIRA

SecrŽtaire national aux relations internationales du R.C.D.

(1) LĠexhŽrŽdation de la femme en Kabylie, la lŽsant encore davantage que la lŽgislation musulmane, a ŽtŽ dŽcidŽe, l'annŽe 1748, ˆ Djemaa N Saharidj, lors d'une rŽunion d'une partie des tribus kabyles. In RenŽ Lenoir : Mon AlgŽrie tendre et violente, Ed Plon, 1994, page 230.

(2) LĠorthodoxie sunnite est composŽe de quatre Žcoles juridiques : chafiite, hanbalite, hanafite et malikite. Le hanŽfisme, moins rigoriste, a existŽ dans des villes du temps de la rŽgence turque. Il est en phase de disparition. Par ailleurs, il existe une minoritŽ kharidjite (de rite ibadite) dans le Sud, prŽcisŽment au MĠzab, population berbŽrophone. Le courant chiite, aprs son premier triomphe politique et religieux au Maghreb (X me sicle), a disparu de cette contrŽe.

(3) ProclamŽe en 1792 (I re), 1848 (II me) et 1874 (III me), la rŽpublique est reconnue par le Cardinal Lavigerie, au nom de l'Eglise d'AlgŽrie, le 12 novembre 1890. Les tensions ont toujours existŽ entre le pouvoir civil et lĠinstance ecclŽsiastique, notamment ˆ propos de l'implantation des Žcoles confessionnelles en Kabylie. In Karima Dirche-Slimani Les ChrŽtiens de Kabylie, 1873-1954, Ed Bouchne, 2004.

(4) Le courant radical est incarnŽ par la filiation E.N.A. (Etoile nord-africaine), Glorieuse E.N.A., P.P.A. (Parti du peuple algŽrien), M.T.L.D. (Mouvement pour le triomphe des libertŽs dŽmocratiques).

Le courant modŽrŽ et rŽformiste est reprŽsentŽ par les Elus du Nord Constantinois du Dr Bendjelloun, puis par lĠU.P.A. (Union du peuple algŽrien) et lĠU.D.M.A. (Union dŽmocratique du manifeste algŽrien).

En 1944, les deux courants ont crŽŽ les A.M.L. (les Amis du manifeste algŽrien).

La crise au sein du M.T.L.D. a dŽbouchŽ sur une scission entre les membres du ComitŽ central et le chef historique Messali. Ils sĠexcluent mutuellement. Des jeunes issus de la branche paramilitaire (lĠOrganisation spŽciale.) vont lancer, lĠŽtŽ 1954, le C.R.U.A. (le ComitŽ rŽvolutionnaire dĠunitŽ et dĠaction) qui se rŽorganisera sous le sigle du F.L.N. (Front de libŽration nationale), ˆ la veille du dŽclenchement de lĠinsurrection, le 1er novembre 1954.

Quant aux lŽgitimistes du M.T.L.D., ils changent de sigle : le M.N.A. (Mouvement national algŽrien), toujours sous la prŽsidence du vieux Messali.

Le F.L.N. absorbera lĠensemble des tendances internes et externes au M.T.L.D., ˆ lĠexception du M.N.A. Cette politique sera consacrŽe par le Congrs de la Soummam le 20 aožt 1956. Les UlŽmas en feront partie.

(5) Messali Hadj (1898-1974) Ferhat Abbas (1899-1985) : deux plaidoiries pour une Nation.

In Pour les droits de lĠhomme, Histoire (s),Image (s),Parole (s).Ed Artis 89. Page 34.

(6) Les UlŽmas ont repris ˆ leur compte la charte rŽformiste de 1925. DŽs sa fondation, lĠassociation fut prŽsentŽe par Ben Badis comme un instrument visant ˆ rŽpandre le progrs et la fraternitŽ sur la base de lĠislam et de la qawmia (individualitŽ nationale) dans le cadre de la souverainetŽ et des lois franaises.

In Ali Merad : Le rŽformisme musulman de 1925 ˆ 1940. Ed Mouton, Paris, la Haye, page 472. RŽŽditŽ chez El-Hikma, 1999.

(7) Rachid Ridha (1865-1935), Libano syrien, nommŽ par Abdou ˆ la tte de la revue El-Manar, se rŽorienta vers le salafisme en vouant une admiration pour Ibn Saoud. Il est devenu lĠic™ne des frres musulmans et de leur fondateur Hassan El Banna. In Alexandre Del Vall : Le totalitarisme islamiste, Ed des syrtes 2002, page 53. Quant aux deux premiers Djamal Eddine El-Afghani (1838-1897) et Mohamed Abdou (1849-1905), ils font l'objet d'une controverse en Žtant accusŽs dĠincroyance. Un Žchange Žpistolaire entre les deux penseurs est en effet Žquivoque, sans tre explicite. In Charles AndrŽ Julien : LĠAfrique du Nord en marche, Ed Julliard, 1972, page 362, 3me Ždition.

(8) Entre nation et jihad - Histoire sociale des radicalismes algŽriens. Omar Carlier. Ed : Presses de science po, 1995, Page 233.

(9) La symbolique du titre est parlante : Idir Žtant le diminutif du vivant en tamazight (berbre), tandis que El watani veut dire national en arabe. En dĠautres termes, ces jeunes auteurs expriment lĠancrage sŽculaire de tamazight et la dimension nationale, voire nationalitaire, de leur dŽmarche. Dans la fŽdŽration de France du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertŽs dŽmocratiques), parti indŽpendantiste, la motion de l'AlgŽrie algŽrienne dŽcoulant de cette Žtude a ŽtŽ adoptŽ par 26 voix sur 32.

(10) Les principaux adversaires de ce congrs sont Ben Bella et Mahsas. Survivants ˆ la guerre, ils nĠont jamais changŽ dĠavis.

(11) Originaire du Nord-Constantinois, il fut le premier chef de la wilaya V (Oranie) quĠil reprŽsenta au congrs de la Soummam. A partir de ces assises, il constitue avec Abane, Krim, Dahlab et Benkheda le premier CCE (ComitŽ de coordination et dĠexŽcution)

(12) Cet article sera reconduit dans les trois futures constitutions, sous Boumediene, Bendjedid et Zeroual.

(13) LĠarabisation est impulsŽe par lĠordonnance du 26.04.68, dŽcrŽtant une rŽalisation totale ds 1971. Depuis, celle-ci fera lĠobjet de textes ou de lois jusquĠen dŽcembre 1996. CommencŽe ˆ tre partiellement appliquŽe, lĠarrivŽe de Bouteflika au pouvoir, lĠannŽe 1999, mettra encore un peu de rŽpit ˆ cette politique.

(14) Ë la mort du cŽlbre Žcrivain Kateb Yacine (1989), philo communiste, berbŽriste et athŽe proclamŽ, Ghazali a soutenu que celui-ci ne mŽritait pas dĠtre enseveli en terre algŽrienne musulmane. Rappelons que Kateb a ŽtŽ membre actif du FLN combattant.

(15) Henri Sanson La•citŽ islamique algŽrienne, Ed CNRS, 1983

(16) Pierre Vermeren : Maghreb : la dŽmocratie impossible ? Ed Fayard, 2004, page 236.

(17) Ce constat est signalŽ par plusieurs ouvrages. Mohamed Charfi le dŽveloppe avec pertinence pour l'ensemble des pays arabo-musulmans. In : Islam et libertŽ, le malentendu historique, Albin Michel, 1998.

(18) Ali Merad : LĠislam contemporain. Ed Dahlab, 5me Ždition corrigŽe, 1994, page 104.

La charte nationale proclame : ÇLe socialisme, en AlgŽrie, ne procde dĠaucune mŽtaphysique et ne se rattache ˆ aucune conception dogmatique Žtrangre ˆ notre gŽnie national. Son Ždification sĠidentifie avec lĠŽpanouissement des valeurs islamiques qui sont un ŽlŽment constitutif fondamental de la personnalitŽ du peuple algŽrien.È Ibid.

(19) Ben Bella a ŽtŽ proche des milieux nassŽriens. Arabiste, il ne sent pas loin des thses islamistes quĠil Žpousera volontiers ˆ sa sortie de prison lĠannŽe 1980. Boumediene est formŽ ˆ El Azhar. Bendjedid est moins marquŽ que ses prŽdŽcesseurs mais se laisse aller au conservatisme. Son livre de chevet est de Maurice Bucaille : Le coran, la bible et la science, Ed Seghers, 1976, qui prŽtend dŽmontrer la scientificitŽ et la supŽrioritŽ du coran. Plusieurs rŽpliques ont ŽtŽ formulŽes ˆ lĠencontre de ce livre. La dernire, de manire partielle, a ŽtŽ donnŽe par Fouad Laroui : Ç De lĠislamisme .Une rŽfutation personnelle du totalitarisme religieux È. Robert Laffont, 2006, p 24.

(20) Les rapprochements entre les UlŽmas et les modernistes indŽpendantistes en Afrique du Nord ont ŽtŽ, en partie, lĠÏuvre de lĠŽmir libanais, Chekib Arslane. Ce dernier a rencontrŽ plusieurs fois Messali Hadj, ˆ Genve, o le Levantin a Žlu domicile, dans les annŽes 30. Le Libanais a jouŽ un r™le dŽterminant contre le Dahir berbre, au Maroc, en 1931.Il termina sa carrire comme collaborateur des forces de lĠAxe durant la seconde guerre mondiale.

(21) De par sa composante sociologique et son orientation politique, le groupe de Tizi-Ouzou - composŽ des wilaya II, III, IV, la fŽdŽration de France, les syndicats - et soutenant ˆ bout de bras lĠautoritŽ lŽgale du GPRA (Gouvernement provisoire de la rŽpublique algŽrienne) Žtait plus ˆ mme dĠaller dans le sens dĠune plus nette sŽcularisation.

(22) Bien avant le multipartisme, les tentatives de soumission de la sociŽtŽ avaient dŽjˆ commencŽ. C'est ainsi que l'Žtudiant Kamal Amzal a ŽtŽ assassinŽ au campus universitaire de Ben-Aknoun, le 02 novembre 1982, par des nervis islamistes

(23) InitiŽe par la communautŽ la•que de SantĠ Egidio, qui pratique une diplomatie parallle pour le compte du Vatican, la rencontre de Rome, en janvier 1995, entre le FIS (Front islamique du salut), le FLN (Front de libŽration nationale), le FFS (Front des forces socialistes), le PT (Parti des travailleurs), le MJN (Mouvement de la jeunesse nationale), la LADDH (Ligue algŽrienne de dŽfense des droits de lĠhomme), a abouti sur une plate-forme commune Ç de sortie de crise È. Elle a reu une fin de non recevoir de la part du pouvoir et a ŽtŽ combattue par dĠautres formations telles que le HAMAS (aujourdĠhui M.S.P., Mouvement pour la sociŽtŽ et la paix), le RCD (Rassemblement pour la culture et la dŽmocratie), le MDS (Mouvement dŽmocratique et social), la presque totalitŽ de la presse indŽpendante, les associations fŽminines et lĠEglise dĠAlgŽrie.

(24) Aprs avoir soutenu lĠidŽe du multipartisme au lendemain de lĠindŽpendance, le parti communiste algŽrien sĠest rangŽ ensuite du c™tŽ de la rŽvolution socialiste de Ben Bella malgrŽ lĠinterdiction de leur journal historique Alger rŽpublicain. DŽnonant le coup dĠEtat contre le prŽsident sortant en 1965, entrant mme dans une organisation clandestine Žlargie (ORP, Organisation pour la rŽvolution populaire, avec la gauche du FLN), le PAGS, nouvelle appellation du PC, va se rapprocher, en 1967, de Boumediene et sa politique anti-impŽrialiste. Du coup, a sera la seule formation tolŽrŽe en ce temps de grisaille para totalitaire.

(25) Ce dŽbat est rŽactivŽ en France de manire approfondie. Il est principalement le fait de ceux qui considrent qu'il y a oubli de la rŽpublique. RŽgis Debray est celui qui a dŽveloppŽ l'analyse la plus radicale en opposant de manire frontale rŽpublique et dŽmocratie. In Blandine Kriegel : Propos sur la dŽmocratie, essais sur un idŽal politique. Ed Descartes et Cie, 1994, page 14.

(26) LĠune des consŽquences de cet accord entre le rŽgime et les radicaux islamistes, groupes armŽs compris, est le retour de lĠappel ˆ la prire ˆ la tŽlŽvision. Quant ˆ Bouteflika, il annonce la construction de la plus grande mosquŽe du monde ˆ Alger, prŽcisŽment ˆ Mohammedia, ex Lavigerie.

(27) L'ordonnance nĦ 05-02 du 27 fŽvrier 2005 modifiant et complŽtant la loi nĦ84-11 du 09 juin 1984 portant code de la famille a adouci quelque peu la lŽgislation prŽcŽdente. Des concessions mineures ont ŽtŽ concŽdŽes, notamment l'Žlimination du devoir d'obŽissance de la femme envers l'homme.