a rumeur courait
déjà depuis quelque temps sur le Net. Troublante. Le Congrès
américain est venu la confirmer en déposant, jeudi, un projet
de loi qui vise à permettre aux «ayant droits et aux
entreprises concernées par les droits d'auteur de saboter les
réseaux» sur lesquels circulent des fichiers numérisés soumis
à droit d'auteur.
Une nouvelle tentative, légale, après l'épisode Napster,
d'associer les utilisateurs de réseaux d'échanges de fichiers
à des pirates. «C'est du bluff», affirme Arno*, membre du Mini
réseau, un groupement informel de webmasters indépendants.
Comment, en effet, contrôler l'incontrôlable? «La fermeture
imposée de Napster a, en fait, mis les maisons de productions
devant un problème encore quasi insurmontable puisque les
systèmes d'échanges comme Gnutella ou Kaaza n'ont pas d'unité
centrale qu'on peut faire fermer», poursuit Arno*.
Pirates. Face à cette difficulté, le projet de loi
permettrait aux maisons de production de se transformer en
pirates informatiques pour faire valoir leurs droits. Ce n'est
pas clairement formulé dans le texte, mais Arno* ne voit pas
d'autres moyens pour les éditeurs que «de faire circuler des
virus ou des fichiers pourris» pour arriver à leurs fins. Le
projet n'indique pas quels procédés il autorise mais ne ferme
aucune porte.
Aris Papathéodorou, fondateur du réseau indépendant Samizdat, pense que ce projet de loi vise
surtout «à renforcer la surveillance sur une partie de
l'activité du réseau qui échappe encore largement à tout
contrôle». Grâce notamment à la généralisation de petits
logiciels espions sur les programmes d'échange de fichiers
comme Kaaza ou LimeWire.
Inutile. En tout cas, en l'état, ce projet de loi ne
fait pas avancer le schmilblick. Comme un caméléon, la
communauté d'échanges de fichiers s'adapte à son
environnement. «Après Napster, on a tout simplement
décentralisé le système», rappelle Arno*. «Je fais confiance à
l'ingéniosité des programmeurs pour contourner toute tentative
de contrôle», renchérit Aris Papathéodorou. Très souple, le
p2p (peer-to-peer ou porte-à-porte) évolue trop vite pour la
loi.
Taxes. Dans ces conditions, à quoi bon légiférer?
«Ce projet ne sert à rien, sauf pour certains à montrer les
gros bras», estime Arno*. Les maisons de production veillent
toujours, et cherchent à grappiller quelques bénéfices à la
marge. «Pris à part, le texte est aberrant et inapplicable,
mais il rappelle ce qui s'est passé sur la taxation des
supports vides», avance Aris Papathéodorou. On collecte
d'abord les informations, puis on crie au scandale et au final
on taxe les disques durs ou les CD vierges. «Les maisons de
productions peuvent très bien passer leur temps à vérifier qui
échange quoi sur la Toile, grâce aux adresses IP, et sortir
ensuite des chiffres qui démontrent qu'ils y perdent de
l'argent pour parvenir à taxer le p2p», explique Aris
Papathéodorou.
Au final, ce projet de loi n'est pas l'arme
fatale mais un nouvel épisode dans ce jeu du chat et de la
souris entre maisons de production et utilisateurs de
p2p.