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«Saboter» l'échange de MP3, un projet du Congrès
Déposé jeudi, le texte des députés américains est reçu avec ironie mais non sans méfiance par les webmasters indépendants.
Par Sébastian SEIBT

vendredi 26 juillet 2002
(Liberation.fr - 17:52)


 
 
 

«Pris à part, le texte est aberrant et inapplicable, mais il rappelle ce qui s'est passé sur la taxation des supports vides.»
Aris Papathéodorou, fondateur du réseau Samizdat
 

a rumeur courait déjà depuis quelque temps sur le Net. Troublante. Le Congrès américain est venu la confirmer en déposant, jeudi, un projet de loi qui vise à permettre aux «ayant droits et aux entreprises concernées par les droits d'auteur de saboter les réseaux» sur lesquels circulent des fichiers numérisés soumis à droit d'auteur.

Une nouvelle tentative, légale, après l'épisode Napster, d'associer les utilisateurs de réseaux d'échanges de fichiers à des pirates. «C'est du bluff», affirme Arno*, membre du Mini réseau, un groupement informel de webmasters indépendants. Comment, en effet, contrôler l'incontrôlable? «La fermeture imposée de Napster a, en fait, mis les maisons de productions devant un problème encore quasi insurmontable puisque les systèmes d'échanges comme Gnutella ou Kaaza n'ont pas d'unité centrale qu'on peut faire fermer», poursuit Arno*.

Pirates. Face à cette difficulté, le projet de loi permettrait aux maisons de production de se transformer en pirates informatiques pour faire valoir leurs droits. Ce n'est pas clairement formulé dans le texte, mais Arno* ne voit pas d'autres moyens pour les éditeurs que «de faire circuler des virus ou des fichiers pourris» pour arriver à leurs fins. Le projet n'indique pas quels procédés il autorise mais ne ferme aucune porte.

Aris Papathéodorou, fondateur du réseau indépendant Samizdat, pense que ce projet de loi vise surtout «à renforcer la surveillance sur une partie de l'activité du réseau qui échappe encore largement à tout contrôle». Grâce notamment à la généralisation de petits logiciels espions sur les programmes d'échange de fichiers comme Kaaza ou LimeWire.

Inutile. En tout cas, en l'état, ce projet de loi ne fait pas avancer le schmilblick. Comme un caméléon, la communauté d'échanges de fichiers s'adapte à son environnement. «Après Napster, on a tout simplement décentralisé le système», rappelle Arno*. «Je fais confiance à l'ingéniosité des programmeurs pour contourner toute tentative de contrôle», renchérit Aris Papathéodorou. Très souple, le p2p (peer-to-peer ou porte-à-porte) évolue trop vite pour la loi.

Taxes. Dans ces conditions, à quoi bon légiférer? «Ce projet ne sert à rien, sauf pour certains à montrer les gros bras», estime Arno*. Les maisons de production veillent toujours, et cherchent à grappiller quelques bénéfices à la marge. «Pris à part, le texte est aberrant et inapplicable, mais il rappelle ce qui s'est passé sur la taxation des supports vides», avance Aris Papathéodorou. On collecte d'abord les informations, puis on crie au scandale et au final on taxe les disques durs ou les CD vierges. «Les maisons de productions peuvent très bien passer leur temps à vérifier qui échange quoi sur la Toile, grâce aux adresses IP, et sortir ensuite des chiffres qui démontrent qu'ils y perdent de l'argent pour parvenir à taxer le p2p», explique Aris Papathéodorou.
Au final, ce projet de loi n'est pas l'arme fatale mais un nouvel épisode dans ce jeu du chat et de la souris entre maisons de production et utilisateurs de p2p.

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