
La population marocaine est passée de 28,7
millions en 2000 à 29,17 millions d’habitants en 2001. En trente ans, elle s’est
accrue de quelque quinze millions de personnes. La Vie économique, qui avait
donné en exclusivité les chiffres du premier rapport sur la politique de
population (livraison du 9 au 15 novembre 2001), relevait que la population
marocaine, en même temps qu’elle s’était urbanisée, avait également pris un coup
de vieux. Cette tendance se confirme à travers la deuxième enquête du genre que
vient de réaliser le ministère de la Prévision économique et du Plan. Les moins
de 15 ans passent de 32,3 % de la population totale en 2000 à 31,6% en 2001
(dont 27,6 % d’urbains et 36,5 % de ruraux), alors qu’en 1971 cette même
catégorie représentait pratiquement 46 % de l’ensemble.
Si la tranche des
moins de 15 ans continue de rétrécir, celle des préscolaires lui emboîte le pas,
du fait de la baisse de la fécondité (3 enfants en moyenne pour une femme,
contre 6 à la fin des années 70).
Les chiffres du deuxième rapport national
sur la population de 2001 font ressortir que les enfants de 7 à 12 ans sont
passés de 3 895 000 en 1994 à 3 764 000 durant l’année 2001. Par contre, les
16-18 ans ont connu une progression en milieu urbain et rural, quand les 7-12
ans n’ont connu une augmentation de volume qu’en milieu urbain.
Le document
note aussi que la population active est passée d’un peu moins de 6 millions de
personnes en 1960, à 14 490 000 en 1994, pour se stabiliser à 17 801 000 en 2001
(contre 17 345 000 en 2000). A l’intérieur de cette même population, il est
relevé que les actifs sont concentrés dans les zones urbaines (1,5 fois plus
qu’en milieu rural), alors qu’en 1960, la campagne abritait 2,2 fois plus de
personnes en âge de travailler.
Par ailleurs, la structure d’âge de la
population s’est caractérisée par une augmentation sensible des personnes âgées
de 60 ans et plus qui passent de 1 835 000 personnes en 1994 à 2 152 000
personnes en 2001 (soit 7,4% de la population totale contre 7,3 % en 2000).
A ce même propos, les projections du ministère de la Prévision économique et
du Plan concluent que, dans les vingt années à venir, la proportion des 60 ans
et plus dans la population totale du Maroc sera la même que dans les pays
européens ou d’Amérique du Nord.
Le nombre de familles a, quant à lui,
enregistré une légère baisse en se stabilisant à 5 352 000 millions (3 423 000
en milieu urbain et 1 929 000 en milieu rural), avec une moyenne nationale de la
taille de la famille de 5,5 personnes en 2001. Un chiffre comparable à celui de
1971.
Le rapport estime que la diminution de la fécondité n’a pas eu
d’impact significatif sur la taille de la famille puisque son effet a été
contrebalancé par l’augmentation de l’espérance de vie et le retard de l’âge du
premier mariage (17 ans en 1960, 28 ans en 2000). De plus, la famille se dirige
vers la cohabitation à cause de la difficulté d’accès au logement, conséquence
de la crise économique et son corollaire, le chômage. D’un autre côté,
l’augmentation de la population urbaine a connu une progression plus importante
que la population rurale, se situant à 55,9 % de la population totale, soit 16
307 000 millions d’habitants en 2001. Les raisons de ce phénomène tiennent, bien
sûr, à l’exode rural mais aussi au taux de progression naturelle de la
population habitant la ville et de l’élargissement du périmètre urbain.
Le
rapport sur la politique de la population évalue, cependant, à 0,3 % (entre 1994
et 2001) le taux d’augmentation de la population rurale, estimée à 12 863 000 de
personnes.
A partir de là, la deuxième enquête sur la politique de la
population laisse de côté les chiffres pour constater les effets du plan
d’ajustement structurel, engagé par le pays durant les années 1980 et qui a
aggravé les inégalités sociales entre milieux urbain et rural. Le document du
ministère de la Prévision économique et du Plan décline, entre autres, une
quantification, une identification et une localisation géographique de la
pauvreté au Maroc.
Pour les pays en développement, la difficulté est double
puisqu’il ne s’agit pas d’approcher la pauvreté en tant que phénomène marginal
tel qu’il peut être observé dans un pays développé, mais bien de définir la
pauvreté dans un pays déjà pauvre. Pour cela, le Maroc utilise le concept de
pauvreté monétaire absolue et celui de pauvreté alimentaire, c’est-à-dire les
dépenses qui permettent de couvrir l’achat des produits et services qui assurent
le minimum des protéines et des calories dont a besoin le corps humain et tels
que les définissent l’OMS et la FAO.
A partir d’une dépense annuelle
inférieure à 3 922 DH pour la ville et 3 037 DH pour la campagne - seuils maxima
par personne, la famille moyenne se composant de 6 personnes - la pauvreté
touche 12 % des familles urbaines et 27,2 % des familles rurales. Partant du
constat que la pauvreté dans le pays est à prédominance rurale, les enquêteurs
ont élaboré une carte de la pauvreté. Les critères ont été fixés sur la base de
la question générique posée aux populations : quels sont les équipements
collectifs de nature à répondre à vos besoins ? Chaque chef de famille pauvre ou
à revenu réduit devait formuler dix besoins au plus. L’analyse des réponses des
deux catégories questionnées a permis de dégager les besoins suivants : la
construction de routes, l’électrification, les dispensaires et les centres de
santé, l’approvisionnement en eau potable et l’édification d’établissements
scolaires.
A partir de là, six critères ont été établis pour toutes les
régions :
- le nombre de médecins du secteur public par 100 000 habitants,
- le nombre de centres de soins de santé pour le même nombre
d’habitants,
- le pourcentage des bénéficiaires de raccordements au réseau
électrique,
- les bénéficiaires du réseau d’eau potable,
- la proportion
d’alphabétisation des habitants de 10 ans et plus,
- le pourcentage de
scolarisation dans tous les cycles (pour la tranche d’âge 6-22 ans).
En
suivant cette méthodologie, les rédacteurs du document ont établi une carte
(voir illustration) de quatre groupes de régions : celles où le degré de réponse
aux besoins exprimés est le plus fort, les régions où cette couverture est plus
que moyenne, les parties du pays où les équipements demandés sont en dessous de
la moyenne et, enfin, les régions les plus défavorisées pour ce qui est des
infrastructures de base demandées.
Cependant, la carte ainsi établie fait l’objet de quelques observations de la
part de ceux-là mêmes qui l’ont élaborée. En effet, il faut, d’une part, se
garder de la considérer comme un reflet du développement des régions puisqu’elle
ne prend en compte que les équipements de base, tels que les ont exprimés les
habitants. D’autre part, les critères pris en compte n’englobent nullement la
qualité des services et des prestations qui y sont prodigués.
La lecture des
éléments de l’enquête du département de la Prévision économique et du Plan
permet de mettre le doigt sur la disparité dans la répartition régionale du
phénomène de la pauvreté. Ainsi, dans les régions du Sud où la proportion des
populations de la campagne affectées atteint 23,2 %, le milieu urbain n’y est
touché qu’à hauteur de 0,6 %. Cela se retrouve de manière encore plus criarde
dans des régions comme Tadla-Azilal, Marrakech-Tensift-Haouz et le Sud où la
pauvreté touche le milieu urbain dans des proportions qui sont respectivement de
89,4 %, 83 % et 79,3 %.
La pauvreté urbaine, quant à elle, est plus prononcée
à Fès-Boulemane, Taza-Al Hoceima-Taounat (24,1%), Meknès-Tafilalt (22,8 %), au
moment où des régions comme Tadla-Azilal ou Casablanca n’en souffrent que dans
les proportions respectives de 4,2 % et 5,4 %.
M. E.