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Débats/Opinions / ARTICLE
 
PROCHE-ORIENT Alors que le secrétaire d'État américain poursuit ses efforts diplomatiques
Lettre ouverte à Monsieur Ariel Sharon


PAR MICHEL ROCARD *
[15 avril 2002]

Monsieur le Premier Ministre, mon Général,

Vous faites la guerre. La guerre fait rage autour de vous. Vous recevez de toutes parts des invites à la modération. Vous n'en avez cure. Vous considérez qu'après les deux mille ans de persécutions qu'il a subies, terminées en apocalypse par la Shoah, le peuple juif est fondé à assurer en priorité absolue sa sécurité sur la terre d'Israël par rapport à quiconque la met en cause et quels qu'en soient les moyens. On peut comprendre vos motivations. Ce sont vos choix stratégiques qui font problème.

Vous n'êtes ni un humaniste ni un poète. Au demeurant moi non plus, du moins au sens plein de ces deux mots. Je suis comme vous un gouvernant, j'ai moi aussi eu à confronter durement la générosité de mes rêves avec la dureté des temps et la méchanceté des hommes. Ce n'est donc pas d'abord au nom du sang qui coule et des souffrances infligées que je me permets aujourd'hui de vous adresser la parole, mais au nom de l'avenir que vous préparez, pour le peuple d'Israël notamment.

Pour le dire autrement c'est à votre raison que je m'adresse. Certains vous disent intelligent mais vous donnez à tous l'impression de n'exercer votre réflexion que sur des champs bien délimités à l'exclusion résolue de certains autres qui pourtant jouent leur rôle en matière stratégique.

Je n'aurai pas l'outrecuidance de m'adresser à Ariel Sharon personnellement. Le fait que certains pensent que vous en avez assez fait pour finir probablement votre carrière devant un Tribunal pénal international, puisque les gouvernements ont de plus en plus de mal à endiguer la volonté démocratique des peuples, doit être maintenant une possibilité connue de vous. Mais vous êtes au-dessus de cela. Il y a en vous de la grandeur et du courage, et votre destin personnel vous importe fort peu à côté de celui du peuple qui vous a élu comme premier responsable. Je vous en donne acte.

C'est donc bien au chef des gouvernants d'Israël, et en cette qualité, qu'il faut poser des questions parfaitement stratégiques. En fait mon vrai problème est de vous comprendre, et ce n'est que subsidiairement, parce que je crains beaucoup de ne pas y parvenir, que je me demande gravement si vous-même avez exploré votre logique et vos choix jusqu'à leurs ultimes conséquences.

Vous avez choisi la force. Vous auriez pu ne pas le faire : vous avez trouvé dans votre héritage, au moment de votre élection, une esquisse, un embryon d'accord de paix en même temps qu'une procédure qui aurait pu permettre la poursuite des négociations. Mieux, une partie de votre peuple, en plein accord avec ces perspectives, avait vigoureusement commencé avec une partie du peuple palestinien ces multiples coopérations sociales, médicales, associatives, universitaires, économiques qui sont la condition d'un voisinage paisible.

Mais il y avait des extrémistes dans les deux camps, comme il y en a dans absolument toutes les situations de crise, ce qu'au demeurant, mon Général, vous savez très bien.

Un fait particulier nouveau a joué un très grand rôle dans vos choix. C'est l'émergence de cette nouvelle forme de terrorisme par le suicide que l'on appelle kamikazes. Nous sommes tous horrifiés de cette évolution, tous solidaires des citoyens d'Israël menacés. Et moi qui connais bien votre pays pour y être allé souvent, qui y compte beaucoup d'amis, je vis à chaque bombe la peur d'en perdre un. L'horreur progresse et c'est votre devoir de lutter contre elle. Mais comment ?

Il faut réfléchir un instant au cas de ces terroristes qui se suicident. L'un de vos défenseurs inconditionnels – Israël en aura toujours heureusement, et j'en suis ; si vous m'avez lu jusque-là vous aurez compris que je n'attaque pas la cause que vous défendez mais la manière dont vous le faites ; je parle ici d'un défenseur de vos choix stratégiques et tactiques – expliquait récemment dans la presse internationale, je l'ai lu en français, que le terrorisme suicidaire était la dernière arme mise au point par les Palestiniens et qu'il fallait l'analyser et la traiter comme telle. Y croyez-vous vraiment ? Pensez-vous sérieusement qu'à vingt ans on se suicide sur l'ordre d'une hiérarchie, fût-elle religieuse ? En plus, vous savez fort bien qu'Arafat ne se définit pas principalement comme un croyant. Il y a certes pour conduire des jeunes gens et des jeunes filles au suicide explosif un entourage et une logistique incitateurs sans lesquels cela n'arriverait pas, mais il y faut aussi un sentiment d'humiliation profond et la certitude désespérée qu'aucun avenir n'est possible qui reconnaisse et respecte la dignité de tout être humain, fût-il palestinien. Aucune technique militaire ou policière ne permet de traiter préventivement ce genre de cas.

Utilisant ce prétexte, vous avez donc choisi la force. Cela a un prix. L'avez-vous mesuré ?

Le maître de toutes les réflexions sur la stratégie, le plus ancien mais toujours le plus grand, Sun Zu, enseigne longuement que le meilleur moyen de gagner une guerre est de n'avoir pas à la livrer. Il avait fait en son temps ce genre de calcul.

Vous faites le calcul inverse. Du coup le premier élément du prix à payer, le plus immédiat, est la destruction complète, c'est acquis maintenant, de tout espoir et même de toute référence au processus de paix commencé il y a 10 ans, en même temps que de toute coopération entre les sociétés civiles d'Israël et de Palestine. Mais le temps qu'il faudra pour reconstruire tout cela, qui compte en décennies, est peu de choses à côté des autres incertitudes que je crois relever dans votre action.

En principe on ne fait pas la guerre sans avoir quelque idée de la manière d'en sortir. La condition majeure est d'avoir pour cela un partenaire. Vous auriez pu saisir là une autre chance historique. La France, mon pays, a durement perdu deux guerres post coloniales pour avoir trop longtemps refusé de négocier avec ceux qui se battaient et tenté ici de restaurer un empereur vietnamien fantoche, ou là de s'appuyer sur des élus à sa solde et ne représentant rien. Vous, le partenaire, vous l'avez. Mais il ne vous plaît pas. Où avez-vous vu dans l'histoire qu'un chef de guerre puisse choisir son adversaire ? En tout cas, vous vous employez à le paralyser, à l'humilier et à essayer de l'exiler. A atteindre ce dernier objectif d'ailleurs, vous aurez du mal : si Arafat a beaucoup de défauts il est courageux.

Deux situations alternatives se présentent à cet égard. Ou bien vous réussissez à le tuer ou à le chasser. Il ne fait doute pour personne, et sans doute pas pour vous, que la légitimité du commandement palestinien tombera alors entre les mains de ces extrémistes, religieux ou non, qui ont toujours combattu le choix qu'a fait Arafat d'engager des négociations de paix. La sécurité d'Israël n'en sera que plus menacée puisque aura disparu cette relative limitation du champ du terrorisme et du nombre de ceux qui s'y adonnent ; vous êtes d'ailleurs en train de parvenir à ce résultat. Je ne vous crédite pas un instant de la pensée naïve que la disparition d'Arafat faciliterait la sécurité et la paix. Le contraire est évident pour nous comme pour vous. Votre objectif n'est donc pas là, il est de trouver dans l'attitude de l'autre, des Palestiniens, une légitimité absolue et inattaquable du recours à la force contre le terrorisme, et de pouvoir de ce fait éliminer tous les suspects. Certains de vos généraux l'ont dit. Mais c'est tout un peuple que vous aurez sur le dos. Combien vous faudra-t-il en tuer ? Plusieurs centaines de mille ? Un demi-million ?

Croyez-vous que ce que vous prenez pour un ectoplasme, et qui est en effet largement paralytique, qui s'appelle la communauté internationale, vous laissera jouer cette carte jusqu'au bout ? Et surtout, croyez-vous vraiment que votre armée, qui fut créée pour défendre tout à la fois la sécurité et l'honneur du peuple d'Israël acceptera de faire cela, et pourra le faire sans y perdre son âme ? En fait, le pari de tuer assez de Palestiniens pour qu'il ne reste plus de terroristes est hors de portée. En proportion, ce serait une affaire de type Cambodge ou Rwanda, et donc impossible. Vous ne pouvez pas le vouloir. C'est trop contraire à ce qu'est Israël et même à ce que vous êtes, vous.

Par conséquent, votre objectif réel n'est peut-être pas de vous débarrasser physiquement d'Arafat, mais seulement de l'empêcher d'agir. Vous êtes assez calculateur pour pouvoir raisonner de la sorte. Reste que ce calcul n'a de sens qu'en fonction de l'issue vers laquelle il conduit. Et nous voici ramenés au problème précédent avec simplement une dimension de brutalité un peu plus limitée et un peu plus progressive. Ou bien vous ne voulez décidément pas la paix – certains, c'est vrai, vous soupçonnent d'aimer le bruit du canon – et la présence d'Arafat, maintenu en vie sur votre insistance, portant toujours en sa personne une possibilité de reprise des négociations, n'est plus qu'un leurre destiné à camoufler votre vraie volonté guerrière. Mais cela ne saurait durer bien longtemps et vous serez petit à petit ramené au problème précédent. Il y a un niveau de ridicule et d'humiliation au-delà duquel Arafat serait comme éliminé.

Il n'est pas déraisonnable de penser que ce n'est pas vraiment cela que vous voulez, que vous souhaitez un jour pouvoir négocier, à vos conditions, et qu'il vous faudra bien un partenaire à ce moment. Vous auriez alors seulement, actuellement, la main un peu lourde dans votre effort pour rendre Arafat plus accommodant. Dans ce cas les questions que vous devriez alors vous poser sur la pertinence de votre action sont d'une nature différente. C'est une guerre asymétrique. Souvenez-vous : la France a perdu de telles guerres deux fois, Indochine et Algérie, les États-Unis ont perdu au Vietnam, et l'Union soviétique a perdu en Afghanistan, et est loin d'avoir gagné en Tchétchénie. On ne peut dans de telles situations que sauver l'honneur et préserver la paix. Certains y arrivent (Inde, Afrique noire, Maroc). Qu'enseigne l'histoire sur ces issues, comme sur celles des guerres asymétriques perdues ?

Le premier enseignement est que lorsque la disproportion des forces est trop grande, le faible ne peut que choisir des formes de combat que le club des forts réprouve. C'est une loi générale. Les résistants français n'étaient pas des terroristes et, que je sache, il semble acquis que c'est l'un de vos prédécesseurs qui a abattu le comte Bernadotte, médiateur pour le compte de l'ONU. Vous étiez le faible à ce moment-là. La légitimité de votre cause a effacé des mémoires les actes de terrorisme de cette époque. Il résulte de cette évidence que même si le monde entier condamne les actes de terrorisme d'où qu'ils viennent et quels que soient leurs motifs, il ne partage pas vos analyses ni votre vocabulaire pour les dénoncer. Même le président Bush ou le secrétaire à la Défense Rumsfeld, pourtant peu regardants, ne peuvent vous suivre complètement. Il y a une légitimité palestinienne à un combat de desperados si inacceptables les moyens utilisés soient-ils. La disproportion de votre réponse armée ne rencontre qu'une compréhension limitée et rapidement déclinante.

Le deuxième enseignement de toutes ces guerres, c'est que les armes ne se taisent enfin que lorsque le dominant, parce qu'il est le dominant, s'oblige aux concessions les plus fortes, notamment dans le domaine des symboles. La France a quitté l'Algérie, les États-Unis le Vietnam et l'Union soviétique l'Afghanistan. Le prix de ces guerres trop longues est d'ailleurs toujours d'avoir provoqué chez les sociétés dominées une militarisation intense et une méfiance généralisée vis-à-vis des étrangers qui les rend inviables et infréquentables pour longtemps. A l'inverse, en Nouvelle-Calédonie, la France accepte que l'indépendance soit un choix offert au suffrage.

Le troisième enseignement est qu'il ne peut y avoir de paix qui ne s'accompagne d'un processus de réconciliation et de reconstruction. Le chemin de la paix est montant, sablonneux, malaisé comme dit un de nos poètes. On ne peut le parcourir qu'ensemble. La clé, là, après l'arrêt du feu, est d'avancer dans une confiance mutuelle, capable de résister aux provocations des extrémistes des deux bords. Pour ce faire, il est impératif, des deux côtés mais surtout de la part du dominant, de ne demander à l'autre que ce qu'il peut réellement accomplir. Lorsque vous demandez à Arafat de juguler les terroristes par fanatisme religieux qui échappent à son autorité depuis trente ans, vous lui demandez ce que tout le monde sait être impossible. Il y a là deux lectures de votre analyse. Pour certains, nombreux dans la communauté internationale, vous vous moquez du monde. Pour d'autres, dont je ne demande qu'à être, vous faites d'abord une erreur d'analyse. Mais elle est dramatique, car elle bloque toute issue.

A ce point de mon raisonnement, une précaution s'impose. Le président Arafat est un mauvais stratège, il a multiplié les fautes, la dernière étant le « non » qu'il a opposé aux propositions de Camp David. Ses raisons étaient très fortes, mais non suffisantes pour prendre un tel risque. Je le sais comme vous. Mais l'examen de ses erreurs n'est pas mon sujet d'aujourd'hui. Je n'entreprends pas auprès de vous la défense d'Arafat mais celle de la paix, et je reste convaincu que, même si elle n'est pas exclusive, la responsabilité principale demeure celle du dominant.

Il est non pertinent de déclarer que la paix ne sera possible que lorsque la certitude sera acquise que dès la signature de la paix toute violence s'arrêtera instantanément, position à laquelle vous ne croyez pas vous-même mais que vous affichez. Le chemin de la paix c'est la coopération de deux autorités voisines pour assurer à leurs peuples une dignité respectée et un développement économique conjoint suffisamment convaincant pour tarir le recrutement de nouveaux terroristes dans la jeunesse, la répression menée conjointement restant le seul moyen d'éradiquer la militance terroriste déjà constituée. Les exemples fourmillent par dizaines. Il n'y a pas d'autre chemin.

Dédaignant ces analyses, vous faites une guerre que vous ne pouvez pas gagner. Chaque action de Tsahal crée une dizaine de nouveaux terroristes, par réflexe à la fois de colère et d'humiliation. Or les Palestiniens sont deux millions. Et, monsieur le Premier Ministre, sur les terres que vous réannexez et entendez contrôler, le peuple arabo-palestinien sera démographiquement majoritaire dans moins de vingt ans. Préserverez-vous le suffrage universel ?

Mais allons à l'essentiel. Votre armée n'a pas encore pu créer les conditions de sécurité nécessaires à vos yeux pour que vous acceptiez de négocier quoi que ce soit. Les opérations continuent donc. Elles produisent une sorte de course de vitesse entre votre recherche éperdue de la sécurité par éradication du terrorisme et la haine viscérale que produisent à l'encontre de vos soldats et, au-delà, de votre peuple, les opérations que vous leur commandez.

Le pronostic général, vous en convenez vous-même, est que ce ne peut être que long. Il vous faut alors engranger dans vos calculs le bilan de ce temps qui passe.

Contesterez-vous, mon Général, l'inventaire qui suit :

– Arafat était très déconsidéré dans sa communauté : les dividendes de la paix tardaient à venir. Vous en avez déjà fait un héros, peut-être avant d'en faire un martyr.

– Les États arabes ont été, depuis un demi-siècle, au fond assez indifférents au sort du peuple palestinien. Vous le leur interdisez dorénavant et la cause palestinienne est redevenue emblématique pour tous. Vous avez des raisons de mépriser leurs divisions, leur sous-développement et leur impuissance. Méfiez-vous cependant : ils ont le nombre, l'espace et le temps, tous facteurs stratégiques qui vous manquent, et certains commencent à rattraper leur retard de modernité. Vous êtes en train de les rassembler, ce qui pour la première fois depuis bien longtemps fait réapparaître ce danger que l'on croyait disparu, celui de la précarité de la présence d'Israël en Palestine. La manière dont vous avez rejeté la proposition du prince Abdallah avait pour lui et pour l'Arabie saoudite quelque chose d'insultant. Au fond de vous-même, êtes-vous sûr d'avoir eu raison ? Cette question en amène une autre, que vous posent tous les vrais amis d'Israël : dans le dur métier que vous faites, prenez-vous parfois le temps de réfléchir à un horizon de vingt ou trente ans, et pas seulement à la prochaine opération ?

Il me faut enfin vous parler de la communauté internationale. Je fais partie de ces enfants d'Europe qui ont grandi sous l'occupation nazie, qui ont vu mystérieusement disparaître l'un après l'autre leurs camarades de classe juifs, qui ont ensuite découvert et pris la mesure de ce que fut la Shoah. La honte ne nous a pas quittés, la culpabilité non plus. Nous nous sommes battus pour votre droit à réparation. La création de l'État d'Israël en est un signe. Vous disposez depuis, de la part de la majorité des États d'Europe, d'une manière de privilège diplomatique. Par tacite acceptation le monde, le Conseil de sécurité – il ne s'agit pas là que des États-Unis – tolèrent de la part d'Israël ce qu'ils condamneraient chez tout autre État. Bien sûr, ces condamnations sont verbales... pour le moment.

Or votre action n'a pas que des effets limités à votre région. Sur tous nos territoires, Amérique du Nord et du Sud, Europe, Asie, les communautés s'enflamment. Les incidents se multiplient, qui, malgré les dénégations paisibles des chefs religieux, juifs comme musulmans, trouvent leur origine dans la haine que vous semez.

Vous êtes en train, monsieur le Premier Ministre, de produire de l'anti-israélisme dans le monde entier, et les gens de ma sorte, qui combattent l'antisémitisme depuis leur plus jeune âge, sont impuissants à endiguer le torrent de colère et de haine auquel vous avez ouvert les vannes.

Et puis, le pétrole n'est pas loin de chez vous. La démesure de vos calculs sur l'emploi de la force a de quoi inquiéter une humanité qui a besoin de vivre en paix. Craignez le moment où l'inhibition post Shoah aura disparu devant les dangers que l'extension de votre conflit vital mais local fait courir au monde. Vous ne pourrez pas toujours tout faire. Les sanctions finiront bien par arriver.

Peut-on, respectueusement, monsieur le Premier Ministre, mon Général, vous demander de penser aux limites de la force dans l'art d'aider les gens à vivre ensemble ?

* Ancien premier ministre. Député européen.



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