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LA MAJORITÉ DES ENTREPRISES D’ÉTAT SERONT PRIVATISÉES
Le département de Nouredine Boukrouh veut accélérer la privatisation du secteur public. Ce nouveau programme devrait provoquer un séisme dans le monde du travail.
 
Alger, 26/04/2002 - Le nouveau programme de privatisations élaboré par le ministre des Participations et de la Coordination des réformes (MPCR), Nouredine Boukrouh, et dont Algeria Interface a obtenu une copie devrait provoquer un séisme dans le monde du travail. Ce projet, qui sera bientôt présenté au gouvernement, recommande la privatisation de la majorité des 700 entreprises publiques dans un délai «qui ne saurait excéder les 18 mois».

Les entreprises privatisables sont classées en trois catégories. La première comprend les entreprises de «taille modeste» (376 entreprises régionales, hôtels, plusieurs sociétés de BTP) et celles qui «connaissent des difficultés financières structurelles». Parmi ces dernières, on retrouve une centaine d'entreprises du BTP (à céder en l’état ou après restructuration) ainsi que 103 entreprises manufacturières (textile, cuir et bois), dont certaines sont vouées à la liquidation et d’autres à un «partenariat avec des professionnels intéressés par une politique de coûts modérés».

Le projet du MPCR souligne que la plupart des 57 entreprises des industries de base (sidérurgie, métallurgie, mécanique, électricité) sont financièrement déstructurées, une situation «accentuée par la libéralisation du commerce extérieur, l'étroitesse du marché et l'obsolescence des équipements». Pour ce secteur, M. Boukrouh préconise une «recherche de partenaires stratégiques» avec le concours de cabinets-conseils et de banques d'affaires.

Dans le domaine des transports, la privatisation de la Société des transports routiers (SNTR), par exemple, «devrait se dérouler dans de bonnes conditions». Cinq sociétés régionales de transport de voyageurs devraient, elles, être cédées aux salariés. La «recherche de partenaires» est préconisée pour 5 compagnies du secteur du transport maritime la CNAN (navigation maritime), l'ENTMV (voyageurs), la GEMA (consignation), la MTA (manutention et transit) et l’ERENAV (réparation navale)

Des filiales de Sonatrach dans le lot des privatisations
Une deuxième catégorie d'entreprises, considérées comme «viables», regroupe des cimenteries et des sociétés du secteur de la pharmacie et de la chimie. Certaines d’entre elles, les plus «attractives», sont destinées à jouer le rôle de «locomotive des privatisations». Noureddine Boukrouh soutient en effet que la privatisation prioritaire des entreprises rentables devrait inciter les investisseurs à s’intéresser au secteur public algérien.

Le MPCR préconise d’élaborer une stratégie pour la privatisation du groupe Saidal (production de médicament) et recommande la cession des officines dépendant de 3 entreprises publiques de distribution des médicaments aux «professionnels du secteur». Il prône, par ailleurs, l’élaboration d’un «schéma directeur» pour la privatisation de la filière chimie et l’«ouverture du capital des cimenteries à des groupes majors» avant la cession d’une partie de leurs actions sur le marché financier.

Une dernière catégorie de «privatisables» a été établie selon la position des entreprises sur le marché. Elle regroupe aussi bien des sociétés en bonne situation financière que d’autres qui connaissent des difficultés structurelles. Cinq entreprises régionales de produits alimentaires (ERIAD), le groupe GIPLAIT, l'ENCG (corps gras), l'Enasucre (raffinage de sucre) et l'ensemble Boissons-Jus-Conserves «doivent être privatisées totalement», estime le MPCR, qui craint leur disparition pure et simple dans un «marché soumis à une forte concurrence».

Toujours dans cette catégorie, la filière minière devra «s'orienter vers un partenariat international» pour réaliser des «investissements indispensables». La privatisation de 5 entreprises de travaux énergétiques et de 5 autres des travaux pétroliers (détenues à 51% par Sonatrach), doit être engagée «au terme d'une étude de stratégie de développement». Concernant le secteur financier, le MPCR se contente de constater le faible rôle économique des banques publiques. Il fait remarquer, toutefois, que le recours au gré à gré pour l’ouverture de leur capital est possible «dans la mesure où les repreneurs intéressés disposent d’une renommée établie».

Une privatisation "dogmatique", selon l’UGTA
Le projet du MPCR sera soumis, après son approbation par le CPE, au Conseil des ministres. L’UGTA rejette déjà la cession des entreprises performantes qui relève, pour elle, d’une vision «dogmatique» et «idéologique» de la privatisation. Cette position est loin d'être excessive. En effet, selon le MPCR, «la privatisation ne doit pas concerner uniquement les entreprises en difficulté. C'est [la] vouer à l'échec que d'adopter [un tel point de vue]». Pour Noureddine Boukrouh, la privatisation cesse d’être une "technique" de sauvetage des sociétés d’Etat. Elle est un choix politique fondamental.

De ce point de vue, les critères utilisés pour l'élaboration du programme de privatisation (taille, situation financière…) s'apparentent à des instruments de classement d’entreprises dont la cession est décidée au nom d'autres « principes» qui sont, en réalité, autant d’a priori. Parmi ces principes, présentés comme universels et impératifs, l'«insertion de l'Algérie dans la tendance mondiale à la privatisation» et le «désengagement de l'Etat de la sphère productive».

La démarche du MPCR pose le problème de l’incohérence du discours officiel sur l’avenir du secteur public. Ainsi, les opérations de restructuration d’entreprises et le démantèlement de sociétés d’Etat «peu rentables» étaient jusque-là présentées comme le prix à payer pour l’émergence d’un secteur public performant. Les voilà devenues, pour le MPCR, une simple «phase d'assainissement», préparatoire à la privatisation totale.



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(AI, septembre 2001)
 
 
Stratégie et programme de privatisation

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