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LE MONDE | 02.05.02 | 15h41
Nadir Sedrati continue de nier les meurtres dont il est accusé en multipliant mimiques, clowneries et incohérences
Soupçonné d'avoir empoisonné ses victimes au cyanure avant de jeter les morceaux de leur cadavre dans le canal de la Marne au Rhin, il invoque une affaire de trafic de drogue.

Nancy de notre envoyé spécial

Depuis l'ouverture de son procès, jeudi 25 avril, devant la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle, Nadir Sedrati assure le spectacle.
   
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A 64 ans, l'accusé, escroc revendiqué et spécialiste de faux en tous genres, n'a rien perdu de sa verve. Ses mimiques, rappelant un Fernand Raynaud ou un Louis de Funès, parviennent parfois à masquer les incohérences de son discours. Son langage imagé et haut en couleur, digne des dialogues d'un Audiard, finit souvent par faire sourire quand il ne provoque pas des éclats de rire incontrôlables. On en oublierait presque qu'il est soupçonné d'avoir assassiné trois de ses anciens codétenus de la prison de Saint-Mihiel (Meuse) et d'avoir ensuite usurpé, ou tenté d'usurper leur identité.

L'accusé, lui, n'oublie jamais la raison de sa présence dans le box et chacune de ses interventions n'a qu'un but : tenter de démontrer son innocence. Ses explications sont peu convaincantes, mais Nadir Sedrati est un optimiste. N'a-t-il pas été acquitté, en 1985, par la cour d'assises de Charente-Maritime, du meurtre d'André Gachy, un enseignant à la retraite dont il avait usurpé l'identité ? N'a-t-il pas, neuf ans plus tard, à Créteil, bénéficié d'un non-lieu dans le cadre de l'enquête sur la disparition de Léon Krauss, un sexagénaire dont il avait aussi utilisé les papiers d'identité ? Dans ces deux affaires, les corps des victimes n'ont jamais été retrouvés.

Plutôt que de rester sur la défensive, Nadir Sedrati attaque. Aucun des témoins qui défilent à la barre ne trouve grâce à ses yeux et, dès qu'ils ont terminé leur intervention, il passe à l'offensive. Quand un ingénieur du laboratoire de police scientifique de Lille vient rendre compte de l'analyse du contenu d'un bocal d'un kilo de poudre blanche retrouvé au domicile de l'accusé, ce dernier joue les naïfs. "Moi, le pot de cyanure -de potassium-, j'ai mis le doigt dedans et je l'ai porté à la bouche, je peux vous dire : c'est sacrément amer. Même avec beaucoup de sucre, c'est impossible d'en faire boire à quelqu'un dans un café."

Le ministère public soupçonne pourtant Nadir Sedrati d'avoir empoisonné certaines de ses victimes au cyanure avant de découper leur cadavre et d'en jeter les morceaux dans le canal de la Marne au Rhin. Des accusations vertement réfutées par l'intéressé. A l'en croire, il aurait acheté ce cyanure à la demande de Hans Muller, un autre de ses anciens codétenus, dans le cadre d'un trafic avec des chercheurs d'or colombiens.

Lundi 29 avril, Hans Muller est venu spécialement d'Allemagne pour apporter son témoignage. Bien sûr, il infirme les dires de Nadir Sedrati et, devant sa mauvaise foi, il se défend à peine quand celui-ci le présente comme l'auteur de l'assassinat de Hans Gassen, un compatriote rencontré en prison, première victime présumée de l'accusé. Nadir Sedrati n'est pas désemparé. "C'est quoi cette histoire de cons ? Quelle magouille t'as fait ? Tu peux enfumer tout le monde mais pas moi, je te connais." "Je ne suis pas là pour me faire insulter", rétorque le témoin. "T'es un sacré... Excusez-moi madame la présidente, c'est un vocabulaire... C'est possible de m'expliquer avec ce monsieur ? On va mettre les choses au point."

EXPLICATION ABRACADABRANTE

L'explication - en fait, un monologue - dure deux heures, pendant lesquelles l'accusé va présenter une version inédite des faits, mais tout aussi abracadabrante. En substance, les trois victimes auraient été impliquées dans un vaste trafic de drogue entre l'Espagne et les Pays-Bas, dont Hans Muller aurait été la tête pensante. "Je les avais prévenus qu'il fallait pas toucher à ça. Dans la drogue, c'est plus "haut les mains, peau de lapin". Là, c'est des sacrés voyous !",explique-t-il, avant d'assurer que lui-même se serait contenté de rendre service à ses anciens codétenus en mettant à leur disposition l'appartement qu'il louait à Laxou, dans la banlieue nancéienne ou en achetant du cyanure de potassium et une broyeuse, "pour les feuilles de haschisch".

La broyeuse à végétaux, dont l'accusation craint qu'elle ait pu servir à des fins plus macabres, a été présentée au jury, mardi 30 avril, provoquant l'ire de l'accusé. "Mesdames et messieurs les jurés, je vous demande de ne pas fantasmer dans votre tête, lance-t-il. Ça, c'est une connerie, une vraie connerie. Sincèrement, c'est impossible de passer un corps là-dedans." Un laboratoire a bien trouvé dans la machine une trace d'ADN humain, mais sans être en mesure de dire s'il s'agit de sang. Un autre n'a tout simplement décelé aucune empreinte génétique. L'accusé marque un point. Mais il devra encore s'expliquer sur les taches de sang retrouvées sur des scies à métaux et sur le linoléum de son appartement. Les ADN identifiés correspondent à ceux de deux autres de ses victimes présumées : Gérard Steil, dont des morceaux de cadavre ont été retirés du canal de la Marne au Rhin, et Norbert Ronfort, dont le corps n'a jamais été retrouvé.

Acacio Pereira

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 03.05.02

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