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Cheat codes
Triche, trucs et astuces marketing

Par Bruno ICHER

Le vendredi 10 mai 2002

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  En français www.jeuxvideo.com, www.overgame.com, www.scoregames.com, etc. Moteur de recherche en anglais www.astalavista.com

moins d'être animé d'une opinâtreté surnaturelle ou de posséder un don du ciel, tous les joueurs ont recours, un jour ou l'autre, à un «cheat code». Une combine qui procure à la demande, l'invulnérabilité, un arsenal illimité ou qui, plus simplement, débloque les niveaux supérieurs du jeu. «Au départ, le "cheat" n'est qu'un outil à l'usage des testeurs qui accèdent ainsi à n'importe quel stade d'un jeu», explique Jean-Baptiste Bolcato, programmeur dans le studio londonien de Sony. «Quand une aventure représente une durée de vie de vingt ou trente heures, c'est indispensable.»

Un bonus. Sauf que, peu après la mise en vente du titre, ces codes apparaissent dans les journaux spécialisés ou, plus encore, sur une myriade de sites. Les amateurs peuvent ainsi piocher à leur guise dans ce répertoire pour se sortir de situations inextricables. «Pour les joueurs occasionnels, c'est souvent la dernière possibilité d'accéder à la fin du jeu, poursuit Jean-Baptiste Bolcato. Parfois, cela ouvre carrément des jeux cachés, comme dans Tekken Tag un jeu de baston dont seule l'exploration complète donne droit à un autre jeu, Tekken Bowl. Ici, les personnages sanguinaires, qu'il a fallu affronter dans des combats sans merci, se mesurent au bowling. C'est décalé, drôle et très bien fichu.»

Désormais, le cheat est surtout le bonus du jeu, une dimension supplémentaire à laquelle les joueurs se montrent de plus en plus sensibles. «Certains codes permettent d'affubler des footballeurs de grosses têtes, d'autres de faire apparaître des personnages anachroniques», s'amuse Olivier Cantori, responsable du site très fourni de Scoregames, magasin spécialisé. «Les éditeurs soignent cet aspect. D'ailleurs, ils nous transmettent directement les codes.» Coté éditeurs d'ailleurs, on ne cache pas que les codes constituent un argument marketing. «Nous n'en tirons aucun bénéfice direct, confirme Nasko Fejza, responsable marketing chez Take Two Interactive, mais cela induit une complicité avec le joueur. Un de nos meilleurs titres, Gran Theft Auto 3, fourmille d'éléments dissimulés.» Un code permet de conduire un tank en pleine ville. Un autre débloque une version «gore» pudiquement adoucie dans la version française. Le plus dingue, totalement gratuit, mais emblématique de l'univers iconoclaste du titre, consiste à faire pisser le héros contre un mur...

Verrouillage et frustration. Ces clins d'oeil potaches correspondent aussi à une vieille tradition de l'animation. Jadis, les dessinateurs glissaient une image coquine dans un dessin animé. Aujourd'hui, dans Metal Gear Solid 2, par exemple, les programmeurs planquent un poster de pin-up dans un placard.

Pourtant, certains développeurs inflexibles distribuent des jeux sans aucune possibilité de triche. Burnout, jeu de course ­ addictif ­ en circuit est totalement verrouillé et son utilisateur, au comble de la frustration, ne connaîtra jamais l'extase des circuits cachés s'il n'est pas venu à bout «normalement» des épreuves imposées. Pour Alex Ward, développeur de Burnout, il s'agissait de ne pas commettre deux fois la même erreur. «Un cheat, rendu public quelques jours après la sortie de Turok sur N64, permettait de rendre le personnage immortel. Le jeu n'avait plus aucun intérêt. Mais, finalement, n'autoriser aucun cheat pour Burnout est une erreur marketing. Des mois après la sortie de GTA3, la presse continue à parler de ce jeu grâce notamment à tous ses secrets.».


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