e n'est pas
encore un raz de marée mais la levée de boucliers
grafico-pacifistes sur le Web constitue déjà presque une
armée. En ordre très dispersé, faite d'initiatives
individuelles et d'intense réseautage, à la sauce Net
évidemment. Surtout sans théorie politique affichée, ni lien
assumé avec les activistes antiglobalisation, qui, chaque
semaine ou presque, appellent à manifester contre les
velléités guerrières de Bush junior en Irak.
On repère ainsi un foyer très infectieux en Italie, autour
de l'excellentissime «il piccolo network contra la guerra»
: ce site fédère les contributions de webdesigners autour
du seul slogan «pas de guerre en Irak». Depuis la mise
en ligne, fin septembre, de l'appel à contributions
graphiques, le collectif Digitalultras ne cesse d'enrichir sa
«petite collection d'images et de mots», puisque
«nous n'aimons pas les dollars dans les mosquées ni les bidons
dans les tranchées». Mauro Gatti, qui a imaginé un
slideshow simplissime («A pour l'armée américaine, B pour
les bombes de Bush, C pour un pouvoir corporatiste»), y a
participé «parce que je hais la guerre, et aussi la guerre
qu'on fait pour l'argent». Une façon de lutter «plus
humaine que politique», dit-il.
Appels américains. La même préoccupation anime Not
In Our Name (NION, «pas en notre nom»), regroupement
hétéroclite d'artistes, écrivains et chercheurs américains.
Barbara Kruger, Claes Oldenburg, James Rosenquist, Noam
Chomsky ou Russell Banks signent de pleines pages de pub dans
les grands quotidiens pour «qu'il ne soit jamais dit que
les citoyens des Etats-Unis n'ont rien fait lorsque leur
gouvernement a déclaré une guerre sans limite et institué des
mesures de répression draconnienne». Le site éponyme
appelle à signer l'appel, vend T-shirts et stickers et informe
sur les initiatives NION, débats et concerts pacifistes sur le
sol américain. L'équivalent britannique, Stop The War
Coalition, avec son antenne «musicale» Peace-not-war, fédère
des artistes mobilisés contre la guerre et veut «faire de
la musique pour inspirer aux gens des actions non violentes
contre la guerre». Les graphistes associés ont évidemment
envoyé leurs contributions, grinçantes et parfois très
rentre-dedans pour Tony Blair, l'ami anglais de W. Une compil
est attendue début décembre...
Affiches. Il y a enfin les énervés isolés, tel ce
vétéran du Vietnam, Micah Wright, scénariste, qui, «à la
différence de George W. Bush, ne veut pas jeter les principes
de notre Constitution sous prétexte d'une plus grande
sécurité». Il a repris les affiches de propagande de
l'armée américaine de la Seconde Guerre mondiale pour en
détourner les slogans. Sobre et efficace. C'est la même idée
qu'a eue le webmagazine Newsgrist, qui proposait dans
son édition du 30 septembre des affiches à télécharger
détournant les tracts lancés sur le Kosovo et la Serbie en
1999 par l'Otan. Mêmes photos, mêmes textes, même mise en
page, sauf que Bush prend la place de Slobodan Milosevic...
Méchant-méchant.