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Pour lutter efficacement contre la discrimination, il s'agit d'abord d'imposer une nouvelle voie qui pose le regardé comme égal.
Un contrat de renouveau du «nous» national

Par Mohamed BENKHALIFA et Hamida BEN SAIDA

lundi 30 décembre 2002

 
 
 


Mohamed Benkhalifa est politologue et expert international auprès de l'ONU ;
Hamida ben Sadia est administratrice de Léo Lagrange International.
Le «regard de l'autre» stigmatise, déconstruit «l'altérité de l'autre», reconstruit sous son prisme une «identité de l'autre» et l'impose, par son regard, au regardé.

ans certains milieux, on circonscrit le «nous» à une sphère d'appartenance particulière et réductrice. Ce «nous» renvoie-t-il au genre : nous les femmes, nous les hommes ; aux antagonismes de classe : nous les pauvres, nous les riches ; aux corporatismes : nous les médecins, nous les francs-maçons ; aux régionalismes : nous les Parisiens, nous les Marseillais ; à l'obédience politique : nous les gens de gauche, nous les gens de droite ; au mieux-disant communautariste : nous les enfants de l'immigration économique (beurs), nous les enfants de l'immigration politique (harkis, réfugiés) ; au communautaire : nous les musulmans, nous les juifs ?

Un «nous» n'est-il pas aussi lié à un cercle plus globalisant qui, en soi, peut devenir localiste à son tour, tout en relevant d'une sphère plus large encore mais tout de même plus cohérente : nous les Français, nous les Allemands, nous les Européens ?

Le «regard de l'autre» stigmatise, déconstruit «l'altérité de l'autre» et reconstruit sous son prisme une «identité de l'autre» et l'impose, par son regard, au regardé. Mais, quand bien même une partie du problème réside dans le regard de l'autre, usuellement très «étiquetant», il n'en demeure pas moins que le positionnement de celui qui est regardé reste intellectuellement de connivence tacite.

Si le «nous» partiel est assumé, d'une façon implicite voire intuitive, par tous ses regardés, fragments minoritaires de la société, et que, dans le même temps, le regard des regardants, appartenant à la majorité culturelle, persiste à demeurer confirmant, alors la discrimination s'inscrit dans un processus con tractuel, qui mène à l'élaboration d'un contrat, avec une partie et une contre-partie, qui, dans le cas fondé ou non du non-respect du contractuel, peut conduire à la sanction, tantôt par la punition tantôt par l'exigence de la réparation.

En un mot, se met à jour une espèce de droit, pénal et civil, informel, qui trouve sa légitimité dans le cadre d'expériences concrètes où les injustices, les incompréhensions, les incivilités et les crimes sociaux perpétrés de part et d'autre se voient érigés en porte-étendard sociopolitique.

Dans ce cadre ambigu, la lutte contre la discrimination est inefficace. Le processus en cause n'est pas appréhendé, encore moins démonté. Il faut rompre avec cette démarche, ce qui implique une troisième voie qui pose le regardé comme égal et à même de participer à l'élaboration d'un contrat d'enrichissement ou de renouveau du «nous» national. «Nous les Français» annoncerait alors un projet commun sur un même credo privilégiant une philosophie commune : l'idéal républicain.

Alors, si un mouvement est possible, il doit d'emblée s'inscrire dans le cadre de l'aide à la transformation sociale, et faire preuve de capacité d'analyse, au niveau global et au niveau local. Il doit s'attacher à déconstruire le regard de l'autre, en intégrant trois faits incontournables, véritables freins au nécessaire changement du mode de fonctionnement des institutions publiques : un apartheid institutionnel sournois, une pratique sociopolitique productrice de ses propres marges, une dérive intellectuelle réactionnaire.

Dans ces circonstances de crise, l'émergence d'un tel mouvement est capitale. Il doit d'abord s'attacher à la production de références intellectuelles partisanes, d'un corpus éditorial dans le cadre d'une plateforme ad hoc, dans la rémanence de mouvements épuisés mais expérimentés par le militantisme associatif et politique, rejetant tout communautarisme, ainsi que toute doctrine obscurantiste et populiste.

Il s'agit là, en quelque sorte, de la constitution d'un laboratoire intellectuel, non pas un think-tank ou un club, mais bel et bien un mouvement partisan de «droite et de gauche», engagé dans la lutte pour les droits de l'homme, mû par une stratégie ordonnée s'appliquant à ne diffuser sa production qu'en direction d'un public de journalistes, de chefs d'entreprise, d'intellectuels et vers le milieu politique.

Dans une telle perspective, les actions locales sont relayées d'une façon non pas descendante, comme la lutte contre les discriminations le préconise, mais ascendante, afin de donner matière à réflexion et ceci en visant l'exhaustivité, dans une large concertation, par le biais du partenariat avec des groupes ressources, relais reconnus dans leurs actions et soutenus pour leur efficacité. La voie à privi légier est celle de la société civile responsable et non réactionnaire. C'est une des conditions pour aboutir à un nouveau projet de société, dirigé vers un contrat respectueux de l'autre et ne se confondant pas avec le communautarisme et l'assimilationnisme.

Assimilation, intégration, insertion... Faut-il reconceptualiser ou redéfinir ces concepts aux allures sémantiques et sémiotiques perçues comme péjoratives ? C'est une véritable question de société. L'enjeu étant, soyons clair, la ferme volonté d'agir pour favoriser l'acquisition progressive des normes et valeurs de notre société complexe. Tout processus ou dispositif aliénant l'altérité étant, de fait, à proscrire.

Les valeurs laïques et démocratiques sont l'émanation d'une histoire particulière, qui les a dotées d'apports successifs, grecs, chrétiens, juifs, arabo-musulmans, protestants, libertins, rationalistes... L'épanouissement des droits de l'homme s'est, par réaction, inscrit dans l'histoire des peuples, sur le terreau de la dictature, de l'intolérance et des guerres de religion. Il appartient au citoyen d'assumer son existence, en maintenant la religion ou l'irréligion dans un cadre strictement privé, et en adhérant fortement aux valeurs de liberté et d'émancipation à l'égard de toute forme de domination. Une société est libératrice lorsqu'elle consacre le principe de liberté de conscience. Mais, face aux défis d'une société en mutation, elle ne doit pas ériger en dogme ses principes structurels. Dans cette perspective, l'application de la laïcité doit notamment tenir compte de la présence et de l'émergence de la religion musulmane comme le deuxième culte pratiqué en France, fait relativement nouveau dans la longue histoire de cette nation.

Sous peine de nier l'identité syncrétique de notre société et de dénaturer sa laïcité, notre pays doit s'abstenir de toute politique ou pratique tendant à une assimilation, contre leur volonté, des personnes appartenant à une identité empreinte, en partie, d'une culture religieuse vulnérable, ne serait-ce que par défaut d'une instance représentative. L'effort à consentir est d'accompagner l'émergence de groupes à vocation partisane et pédagogique issus de cette «vulnérabilité». Ceci afin d'aboutir sereinement et assurément, sur le long terme, au bien-fondé des valeurs républicaines non par sujétion mais par adhésion, afin de vivre ensemble et non côte à côte, en garantissant sans effet dolosif et sans préjudice le passage du «Nous» au «Je» dans la res publica.

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