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N°1584
 
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Film
Israël, victime de désinformation ?

Sans nuance, « Décryptage » entend dénoncer une campagne contre Israël. Polémique.

Mireille Duteil

Jacques Tarnero et Philippe Bensoussan, les réalisateurs de « Décryptage », sorti en salles cette semaine, ont le mérite d'annoncer la couleur. « Ce film ne prétend pas à la neutralité, c'est une indignation », lancent-ils d'entrée de jeu dans sa présentation.

La raison de ce cri du coeur ? Chercheur au CNRS, Jacques Tarnero se dit outré par la façon dont Israël est critiqué par les médias français et une partie des élites. « Pourquoi cet accablement ? » s'interroge le réalisateur. Sa réponse est simple : « Cette outrance dit autre chose que ce qu'elle prétend dire. Elle ne parle pas du Proche-Orient. On projette sur le conflit israélo-palestinien la grille de lecture d'analyse de la guerre d'Algérie. On veut faire des Palestiniens le camp de la vertu progressiste et d'Arafat, un Che Guevara. Israël est un apartheid, Israël est nazi... »

« Mon objectif n'était pas de parler du conflit israélo-palestinien, mais des représentations du conflit en France et de ce qu'il révèle des passions françaises. Israël est une passion française. Le conflit est une passion française. La question arabe questionne l'histoire de France. Tout se mélange et se crispe autour du conflit israélo-palestinien. Je ne m'extrais pas de cette crispation », reconnaît-il. Il poursuit : « J'ai voulu interroger cette passion. Pour moi, ce film a été une thérapeutique. »

Le film, techniquement bien fait, entend démontrer les manipulations de l'information à partir d'un certain nombre de faits précis. Il évoque la mort du petit Mohamed, accroupi contre un mur près de son père dans une rue de Gaza et tué sous l'oeil des caméras ; il rappelle les négociations ratées de Camp David ; la visite de Sharon sur l'esplanade des Mosquées... Les images - qui n'ont pas été tournées sur le terrain par les réalisateurs, sauf les interviews d'officiels à Jérusalem-Est - font appel aux nombreuses archives des télévisions. Les témoignages foisonnent, en France et en Israël, de journalistes, d'universitaires. Mais tous ont été choisis pour conforter les thèses des auteurs. Dommage.

Car le film a ses mérites. Il montre, et c'est une réalité, les camps de jeunesse du Hamas à Gaza où des enfants défilent en criant des slogans hostiles à Israël. Il ne cache rien de la détestation d'Israël qui parcourt certains journaux arabes. Mais il enfourche aussi de discutables, et douteux, lieux communs : ainsi de la visite de Sharon sur l'esplanade des Mosquées qui ne serait pas à l'origine de l'Intifada, alors que mille témoignages israéliens, y compris ceux de services de sécurité, auraient pu être produits pour démontrer le contraire.

« Dans l'histoire du petit Mohamed pour laquelle mon équipe a été mise en cause, "Décryptage" ne dit rien sur le fait qu'il n'y a jamais eu de véritable enquête, mais simplement une reconstitution à titre privé par un général israélien. L'armée ne m'a jamais envoyé, malgré mes demandes, aucun papier officiel précisant qu'elle faisait une enquête », regrette Charles Enderlin, citoyen israélien et correspondant à Jérusalem de France 2. C'est son équipe qui a filmé en direct la mort du petit Mohamed. Les auteurs de « Décryptage » contestent que l'enfant a été tué par des balles israéliennes.

Et la partie adverse ?

A trop vouloir démontrer, « Décryptage » risque de ne convaincre que les convaincus. On aurait aimé entendre la partie adverse, voir des images d'une occupation militaire qui confine les Palestiniens dans leur ville, connaître leurs réactions face aux 200 000 colons des territoires palestiniens. « Je n'ai pas voulu faire un documentaire avec une distanciation, un prétendu détachement », s'emporte Tarnero.

« Pourquoi ce film sort-il maintenant, à un moment où Israël a lancé une offensive contre les correspondants des médias étrangers ? » s'interroge Enderlin. « C'est un harcèlement permanent. Il y a eu des descentes du fisc dans toutes les chaînes étrangères. Nos techniciens palestiniens ne peuvent plus passer les barrages militaires israéliens et les cameramen étrangers n'ont plus l'autorisation d'aller filmer dans les territoires. Il y a incontestablement une campagne pour limiter la couverture des événements en Palestine », ajoute Enderlin. Manifestement, le débat n'est pas clos

© le point 24/01/03 - N°1584 - Page 50 - 697 mots

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