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Vers une
euroméditerranéité à la carte
L'Union
européenne, confrontée à l'échec du processus de paix au
Moyen-Orient, au refus de l'adhésion de la Turquie à
l'Union et à sa marginalisation probable dans la
reconstruction de l'Irak, pourrait l’inciter à redéfinir
sa politique méditerranéenne et à lui apporter des
ajustements. L'hypothèse plausible consisterait pour
l'Union à axer, désormais, ses efforts sur ce que ses
stratèges appellent "le noyau utile", l'Euro-Maghreb ou
l'UE-Afrique du Nord, Egypte en plus. Plusieurs
approches militent en faveur de cette thèse de
redéploiement de l'Union européenne.
La première proposition est formulée
par M. Romano Prodi, président de la Commission
européenne, qui a exposé récemment devant le Conseil des
ministres de l'Union une nouvelle approche globale des
zones de proximité de l'Union. Dénommée, "le voisinage
de l'Europe élargie", cette approche englobe les zones
de proximité après l'élargissement: Russie, Biélorussie,
Ukraine, Moldavie et les Partenaires méditerranéens.
Le voisinage de l'Europe
élargie Selon M.Prodi, qui a eu l'occasion
de développer cette nouvelle approche lors d'une
conférence donnée à Tunis (31 mars 2003), l'Union
propose à ces pays comme objectif global "une mise à
niveau identique à celle des pays adhérents, sauf les
obligations financières, et la participation aux
institutions: du marché intérieur à l'environnement en
passant par les réseaux transeuropéens de transport, de
télécommunications et d'énergie, la coopération en
matière de sécurité et de conflits et un dialogue
renforcé des cultures et des civilisations".
Et M. Prodi de préciser sa pensée:
«Nous voulons bâtir des relations véritablement
spéciales avec nos voisins, des relations qui nous
permettent de dépasser le clivage entre "ceux qui sont
dedans et ceux qui sont dehors" et de réaliser un
nouveau régionalisme politique, économique, social et
culturel. Je suis convaincu que ce projet deviendra un
modèle pour le monde entier. Nous avons une expérience
réussie d'un demi-siècle d'intégration européenne. Nous
avons des objectifs partagés par tous, au nord et au sud
de la Méditerranée, sur ce que nous voulons atteindre
ensemble».
Mieux, M.Prodi a évoqué pour la
première fois la possibilité d'appuyer cette approche
par la création d'une institution financière: «Nous
avons aussi, en filigrane, a-t-il déclaré, la
perspective de créer une banque euroméditerranéenne qui
ajouterait au dispositif du Partenariat
euroméditerranéen un élément politique important: il
s'agirait de la première institution financière
conjointe où les décisions seraient prises avec la
pleine participation des Etats du nord et du sud de la
Méditerranée.»
Des statuts
avancés Cette approche est soutenue par des
revendications et propositions formulées, dans le même
sens, par des pays du Sud et qui s'inspirent dans leur
ensemble des concepts de "co-appartenance", de
"codéveloppement", de "bon voisinage" et de "sécurité
coopérative".
Il en est ainsi de la Tunisie. En
recevant M. Prodi, à Tunis, M. Mohamed Ghannouchi,
Premier ministre, a souligné «l'ambition de la Tunisie
de promouvoir son association avec l'Union européenne et
de passer à cette fin, à un stade intermédiaire se
situant entre le statut d'associé, et celui de membre.»
Le Premier ministre a ajouté que
l'Association de la Tunisie avec l'UE transcende le
simple partenariat économique pour l'édification d'une
société moderne en harmonie et en convergence totale
avec les sociétés européennes: «Nous souhaitons, a-t-il
dit, des relations de partenariat plus diversifiées et
plus fécondes pour instaurer une solidarité, à toute
épreuve et dans tous les domaines.»
M. Ghannouchi est allé plus loin. Dans
le souci d'accélérer l'arrimage de la Tunisie à l'Union,
il a proposé à l'Union européenne d'engager, sans
attendre, les négociations sur la libéralisation des
échanges des services, et ce, avant même que de telles
négociations soient engagées dans un cadre multilatéral,
celui de l'Organisation mondiale du commerce
(OMC). Il s'agit-là d'une évolution notable de la
position tunisienne qui s'était auparavant employée à
retarder cette échéance par crainte de la concurrence et
de ses retombées sur le secteur des services du pays qui
n'est pas encore conforme aux normes internationales, et
qui semble, désormais, acquise aux thèses européennes.
Une zone de libre-échange
horizontale Pour sa part, le Maroc a
réclamé à Bruxelles, par la voix de son ministre délégué
aux Affaires étrangères, Fassi Fehri, "un statut
avancé", dans le processus de son association avec
l'Union européenne.
En même temps, les signataires de
l'accord d'Agadir (Egypte, Jordanie, Maroc et Tunisie)
ont décidé d'accélérer la mise en place, entre eux,
d'une zone de libre-échange horizontale (ZLE) qui
viendrait appuyer et accompagner la ZLE
euroméditerranéenne.
Paraphé le 11 janvier dernier, cet
accord devrait constituer une étape décisive sur le
chemin de l'intégration régionale parmi les pays de la
rive sud de la Méditerranée. L'Union européenne devrait
accompagner la mise en œuvre de cet accord par un apport
financier de 4 millions d'euros.
Compte tenu des difficultés, de nature
essentiellement politique rencontrées au niveau de
l'édification de l'Union du Maghreb arabe et de
l'impact, pour le moins limité de la ZLE arabe, cet
accord pourrait représenter pour le thème de
l'intégration, une réelle avancée.
Les quatre pays partenaires avaient
déjà posé des jalons en faveur de l'intégration en se
liant individuellement par le biais de ZLE bilatérales
et en s'associant chacun de son côté à l'Union
européenne par un accord d'association. En paraphant
l'accord d'Agadir, ils se sont entendus pour adhérer au
système de cumul paneuropéen, ce qui simplifiera donc
désormais, au sein du nouvel ensemble, la gestion des
règles d'origine.
La mise en œuvre prochaine de l'accord,
qui prévoit l'élimination totale des barrières
tarifaires, sans exclusion de produits, dans un laps de
temps très bref (d'ici janvier 2006) devrait conduire à
la création d'une zone de libre-échange entre l'UE et
les quatre pays concernés qui représentent un marché de
115 millions d'habitants.
Un Barcelone à la
carte L'Union européenne a réagi positivement à
l'ensemble de ces initiatives et propositions de son
flanc sud. Pour le moment, elle s'est contentée d'en
prendre acte. Elle constate que "le moment est venu pour
une avancée dans ses relations avec les pays du sud de
la Méditerranée et pour leur élargissement au-delà de la
situation actuelle".
Concrètement, tout indique que l'on
s'achemine vers un second "Barcelone à la carte",
approche qui récompenserait les pays qui feront plus
d'efforts pour hâter leur intégration à l'UE et
laisserait de côté les pays à problèmes (Israël,
Palestine, Syrie, Algérie, Libye...).
Khemaies Krimi
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