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Alma et Lila à découvert
LE MONDE | 14.02.04 | 14h07    MIS A JOUR LE 14.02.04 | 20h01
Françaises et musulmanes, les deux sœurs Lévy, 16 ans et 18 ans, ont été exclues du lycée Henri-Wallon à Aubervilliers, en octobre 2003, pour avoir refusé d'ôter leur foulard en classe. Dans un livre à paraître le 18 février aux éditions La Découverte, elles racontent et s'expliquent. Extraits.

VERS L'EXCLUSION

Alma : J'ai fait ma rentrée le mardi 3 septembre, Lila devait la faire le 4. Je me suis présentée à la grille, j'avais un foulard enroulé autour de la tête qui cachait mes cheveux, avec un pull à col roulé, un pantalon et une petite jupe claire. En rentrant, j'ai enlevé mon voile pour ne garder que le foulard. Le proviseur m'a dit : "Mademoiselle, sur la gauche !". Il y avait déjà neuf filles qui avaient quelque chose sur la tête - mais, pour certaines, le chignon était apparent, et on voyait chez toutes les oreilles et le cou. J'étais clairement la plus couverte, j'étais l'"Iranienne" de l'histoire... D'autres filles nous ont rejointes et, à la fin, nous étions quatorze. Le proviseur nous a fait entrer dans son bureau, et il nous a lu l'article 24 du règlement intérieur, qui reprend les termes de la circulaire Bayrou : "Le port, par les élèves, de signes discrets manifestant leur attachement à des convictions, notamment religieuses, est admis dans l'établissement ; mais le port par les élèves de signes ostentatoires qui, par leur nature même, sont des éléments de prosélytisme ou de discrimination, est interdit." Nous avons eu droit à un laïus sur le prosélytisme et la discrimination ; j'ai voulu protester et il m'a fait taire (visiblement, il ne voulait pas que les autres profitent de mes arguments). Nous étions toutes ensemble dans le bureau mais il s'est adressé à nous l'une après l'autre : "Toi (nom, prénom), tu as le choix : ou tu enlèves ton voile et tu montes en cours, ou tu rentres chez toi jusqu'à ce que j'aie vu tes parents samedi." Nous sortions au fur et à mesure. Les filles étaient en pleurs, elles pensaient vraiment que c'était interdit. Elles montaient en cours tête nue - ou, souvent, elles gardaient leur bandana en promettant de l'enlever le lendemain. À la fin, nous n'étions plus que deux. L'autre fille a dit au proviseur : "Eh bien ! vous allez convoquer mon père." Elle a donné son nom et j'en ai fait autant. Puis nous sommes sorties et nous sommes malgré tout dirigées vers les classes qui nous étaient affectées. En cours, pour moi, ça s'est passé normalement. Simplement, quand le professeur a distribué les carnets de correspondance avec le règlement intérieur, il a dit en me regardant : "Il y a une demoiselle dans la classe qui soulignera bien l'article 24." Je lui ai répondu que je ne me sentais pas du tout concernée. Le proviseur devait faire le tour des classes pour se présenter. Quand il m'a vue, il s'est mis à hurler pour me faire sortir et le professeur de même, ajoutant que j'aurais pu avoir la politesse de l'informer. Je suis alors sortie en disant qu'il y avait un malentendu. C'est aussi ce qui est arrivé à l'autre fille.

Véronique Giraud : As-tu hésité au moment où il t'a mise devant l'alternative ? Quel a été ton sentiment en voyant les autres filles partir en enlevant leur foulard ?

Alma : Spontanément, je n'ai pas hésité. Comme je l'ai dit, je pensais que nous subirions des pressions, mais pas de cet ordre. Quant à mes camarades, j'ai pensé : "les pauvres". Elles claquaient la porte et insultaient le proviseur, alors que je demeurais polie - ce qui semblait le déranger encore plus. En passant dans les couloirs, j'ai croisé la fille qui, comme moi, avait opposé un refus catégorique. Elle était en pleurs et craignait les représailles de son père, un Kabyle, qui l'avait déjà battue à plusieurs reprises cet été quand elle avait mis son foulard. Comme il croyait qu'elle ne le mettait que dehors, il avait pensé qu'elle ne rencontrerait pas de problème à l'école. Mais quand il est rentré le soir, après l'appel du proviseur, il l'a frappée violemment. Elle avait le dos en morceaux. Par la suite, elle enlevait le foulard à la grille et le remettait dans la cour, quand on ne la voyait pas, pour l'enlever de nouveau en classe. Plusieurs filles se comportaient ainsi, restant toujours à l'affût, se faisant traîner au bureau du proviseur dès qu'il traversait la cour et les apercevait.

Lila : Nous avons appelé notre père dès qu'Alma est rentrée à la maison. Il était un peu énervé et nous a conseillé de nous présenter de nouveau comme si de rien n'était. Le lendemain, c'était à mon tour de faire ma rentrée, je savais à quoi m'attendre. Mon père m'a dit de faire attention à ma façon de m'habiller : j'avais donc un pantalon noir avec une jupe courte blanche par-dessus, une veste bleu ciel et un foulard blanc noué derrière la tête. Or le foulard blanc ou noir, c'était hors de question au lycée : il évoque la religion. L'année précédente, Alma avait obtenu le droit de mettre un foulard, mais ni noir ni blanc. Un professeur avait même interdit à une fille le bleu marine - trop proche du noir.

Mais Alma ne m'en avait pas avertie. Je suis arrivée sous le préau où étaient affichés les noms et les affectations. J'ai trouvé ma classe et je m'apprêtai à monter. Je ne connaissais personne. Un homme m'a interpellée dans le couloir et, sans me regarder, m'a demandé d'aller voir le proviseur. J'ai demandé pourquoi et il m'a dit qu'il ne le savait pas - je trouvais sa manière un peu malhonnête : s'il me convoque sans me connaître, c'est forcément pour le foulard ! Je me suis fait indiquer le bureau du proviseur et je suis allée attendre devant, presque une heure. Puis il est arrivé en me demandant ce que je voulais. J'ai répondu que l'on m'avait envoyée à lui, mais que l'on ne m'avait pas dit pourquoi. Il m'a juste dit : "Hé, tu retires juste ce que tu as sur la tête !" (rires) Comme je lui ai dit qu'il n'en était pas question, il m'a répondu qu'il allait convoquer mon père. Lorsqu'il a appris mon nom, il s'est mis en colère : il avait refusé mon inscription, il avait déjà ma sœur, et ça lui suffisait. Je lui ai répondu que j'étais bien sur les listes. Le proviseur m'a demandé de sortir en me disant que ce serait pour moi comme pour Alma. Je suis retournée le voir en lui disant qu'il ne pouvait pas m'exclure de cette manière et qu'il fallait passer par un conseil de discipline. Mais il a maintenu que la décision n'appartenait qu'à lui. Quand j'ai finalement quitté son bureau, il m'a couru après et m'a rattrapée pour me raccompagner jusqu'à la grille et s'assurer que je ne monterais pas en classe comme Alma ! Je suis donc sortie et j'ai appelé mon père, qui m'a de nouveau suggéré de faire comme si j'avais mal compris. Cela lui semblait impossible que je sois renvoyée de cette manière. J'ai appris par la suite par un élève de ma classe, un voisin, que le proviseur était allé en cours ordonner de rayer mon nom des listes parce que j'étais "venue en combinaison" et que ça ne lui plaisait pas. Il a fallu une petite semaine avant que nous soyons réadmises, le lundi ou le mardi suivant. Mais beaucoup de choses s'étaient passées entre-temps. Le lendemain de ma rentrée, nous nous sommes toutes deux présentées à 8 heures : "Vous rentrez chez vous !". Nous nous présentions alors toutes les heures. Ils conditionnaient chaque fois notre entrée au retrait du foulard. On nous disait : "Les filles, il faut retirer une couche" et nous répondions que nous avions déjà retiré une couche ! Cela ne suffisait pas, et ils voulaient que nous retirions tout. Les filles qui rentraient avaient tout retiré. (...)

-Le 26 septembre, le conseil de discipline du lycée décide de l'exclusion définitive des sœurs Lévy, décision confirmée ensuite par la commission académique d'appel.-

LA PUDEUR

Véronique Giraud : Êtes-vous tombées amoureuses ? Est-ce que vous avez eu des petits copains ?

Alma : Moi, je vous ai déjà dit que j'étais un garçon manqué ! Il m'est arrivé de trouver quelqu'un beau, mais pas d'être amoureuse. Je trouvais que ça faisait cucul-la-praline. J'avais une copine qui sortait avec un garçon. Même si ça n'allait pas très loin et qu'ils n'étaient pas amants, je trouvais cela dégueulasse, d'autant que le mois suivant, elle en avait un autre. Chacun scrutait le copain, la copine des autres, histoire de montrer qu'on était désiré. Il m'est arrivé de voir des copines qui n'avaient pas envie de sortir avec un tel ou un autre, mais qui le faisaient tout de même pour faire comme tout le monde, parce que cela faisait bien. (...)

V. G. : Vous n'avez donc jamais eu envie d'avoir un rapport sexuel avec un garçon, ni même envie d'en embrasser un, de se tenir par la main, dans les bras ?

Lila : Je trouve plutôt ça grotesque. Cela me fait penser à "Beverly Hills" et à d'autres séries du même genre que je déteste. Ni Alma ni moi ne sommes jamais sorties avec un garçon. Je n'ai jamais vu de différence entre ce que je ressentais pour un garçon et pour ma sœur, ou pour ma copine, ou ma famille. C'est toujours la même sorte d'attachement.

Alma : J'avais une amie qui était vraiment amoureuse et qui me saoulait toute la journée avec son copain. Mais avec les garçons, c'était différent. Comme j'étais un garçon manqué, ils me considéraient comme un de leurs copains et parlaient avec moi librement. Je voyais donc les deux côtés, et les filles me semblaient vraiment des pauvres filles. Les garçons cherchaient à s'amuser ou à collectionner. J'ai vu des garçons de 18 ans qui cherchaient encore à s'amuser de cette manière. Je leur disais de prendre une Play Station s'ils voulaient s'amuser, et je leur demandais s'ils voudraient qu'un autre en fasse autant avec leur sœur, ou leur fille plus tard. Au bout d'un moment, ils n'en parlaient plus devant moi. En fin de compte, tous les garçons avaient la même attitude. Même ceux qui sont les plus doux, on les entend dire qu'ils aiment leur copine mais qu'ils ne feront pas leur vie avec elle. Moi, je n'ai pas envie de m'amuser, je n'en vois pas l'intérêt. On peut apprécier et regarder un beau garçon, comme une belle fille, comme une belle voiture. Mais souvent, les beaux garçons le savent, et ça les rend odieux. Et, à cet âge, on est attiré par des choses ou des gens qui ne seront pas les mêmes vingt ans plus tard. Je n'ai pas envie de perdre mon temps au gré de mes changements de goût. Je préfère attendre.

Lila : Quand quelqu'un fait une erreur, cela ne devrait pas seulement lui servir de leçon à lui, mais à ceux qui l'entourent également. Nous avons vu suffisamment de nos copains et copines se fourvoyer ! Depuis toujours, j'ai pensé que je ne fréquenterais un garçon que lorsque ce serait sérieux et que je l'épouserais. C'est ce qui me paraît le plus logique.

V. G. : À présent que vous portez le voile et que vous affichez votre foi, est-ce que cela a changé vos rapports avec les garçons ? Si je vous comprends bien, pour une femme, il existe un certain nombre de tabous, de choses considérées comme des péchés.

Lila : Pour un homme aussi !

V. G. : Oui. Mais une femme ne peut pas se retrouver seule avec un homme...

Lila : Par conséquent, un homme ne peut pas se retrouver seul avec une femme ! Pour sortir avec un garçon, il faut l'avoir fréquenté, lui avoir serré la main, lui avoir fait la bise. C'est là que la tentation apparaît et qu'il devient plus facile d'y succomber. C'est en évitant la tentation que l'on est sûr d'éviter le péché. Avant le mariage, un homme et une femme ne doivent pas rester seuls ni se toucher. Il n'y a pas lieu de se fréquenter. Dans l'islam, je ne vois pas d'exemple de cela.

V. G. : Que pensez-vous des gens qui ont des relations avant de se marier ?

Alma : Nous ne cherchons pas à imposer notre mode de vie ni notre manière de voir. Personnellement, je ne pense pas que ce soit bien, mais cela ne me dérange pas chez les autres. C'est interdit par l'islam, mais l'interdit ne s'applique qu'aux musulmans.

V. G. : Si tu es très amoureuse de la personne, que pouvez-vous faire avant que le mariage soit prononcé ? Pouvez-vous vous embrasser, vous tenir par la main ?

Lila : Rien. On doit attendre. Mais le mariage peut être prononcé en cinq minutes ! Nous pouvons regarder, parler ou nous promener, mais pas seuls. Certains savants avancent qu'il est permis à des gens qui sont promis à se marier de se fréquenter dans des lieux publics, d'autres le contestent. Personnellement, je n'irais pas au cinéma car il fait noir, personne ne fait attention à vous et c'est donc un lieu qui favorise le péché. La séduction doit se faire après le mariage. C'est même vivement conseillé. Les mariés se pomponnent l'un pour l'autre, ils jouent ensemble, ils rient. Les livres donnent des conseils pour cela. Si une femme se pomponne pour son mari, elle en retire des récompenses, et réciproquement. Un compagnon du Prophète avait ri de lui car il l'avait vu se recoiffer et replacer sa barbe avant de rentrer chez lui, et le Prophète avait répondu qu'il n'avait aucun intérêt à se faire beau à l'extérieur quand sa femme l'attendait à l'intérieur, en se faisant belle pour lui. Et, dans un pays comme la France, avec ce que les hommes voient dans la rue et sur les affiches, si l'on ne fait pas d'effort de notre côté, c'est perdu d'avance ! Ce ne serait pas autant le cas dans une société où il ne verrait aucune autre femme. Hommes et femmes ont leurs faiblesses, et c'est en leur donnant plaisir à être à la maison qu'on les en détourne le mieux. Par ailleurs, l'islam conseille aux couples d'éviter la monotonie et de nombreux conseils pratiques sont donnés pour faire perdurer un couple. Après le mariage, il n'y a pas de limite pour séduire !

De la même manière, si la pudeur conseille plutôt qu'hommes et femmes ne se serrent pas la main, cela dépend énormément du contexte. Le geste a une signification différente selon les pays. C'est culturel. Ce qui peut mener au mal ne se manifeste pas de la même manière partout. En France, une fille et un garçon peuvent souvent se faire la bise sans que cela aille jamais plus loin ; dans les pays du Maghreb, en revanche, il vaut mieux s'en tenir à se serrer la main parce que la bise est plus chargée de signification affective. En Afghanistan, le simple fait de se regarder ou de se serrer la main peut être perçu comme un geste déplacé. Il est donc vrai de dire qu'il y a un contexte à prendre en considération. Chacun de nous est différent, perçoit les choses différemment et leur donne un sens différent. Quand nous faisons quelque chose, nous savons en principe à quel point cela nous implique mais nous ne le savons pas pour l'autre personne. Si un homme musulman me tend la main, sachant qu'a priori il ne devrait pas le faire, je prendrai cela comme une provocation. En revanche, à un homme ignorant de cette interdiction qui me tend la main, je ne refuserai pas la mienne - du moins la première fois. Si je suis amenée à le revoir, je lui expliquerai pourquoi je préfère m'abstenir.

Yves Sintomer : Pourquoi Dieu aurait-il demandé aux femmes de se couvrir ? Seulement pour des questions de pudeur ?

Alma : Les hommes aussi sont tenus par un devoir de pudeur ! Quand les hommes jouent au foot en short, ils ne respectent pas le hadith. Les hommes doivent se couvrir du nombril au genou et, en principe, à moins qu'ils ne travaillent dans les mines ou sous une chaleur intense, ils doivent se couvrir également le torse, les épaules... Idéalement, des poignets jusqu'aux chevilles.

Lila : Le Prophète a dit que le meilleur vêtement pour l'homme est celui qui couvre le plus. Si vous regardez Aladin, quand on voit des hommes torse nu, ils ont un pantalon large qui monte jusque sous la poitrine et qui descend au moins jusqu'aux genoux.

Y. S. : Mais ils ne se couvrent pas la tête, ni la nuque, ni les oreilles... Pourquoi ne sont-ils pas soumis à la même obligation ?

Lila : On pourrait difficilement se couvrir les oreilles sans se couvrir les cheveux. Or, il est répété souvent qu'on ne doit pas pouvoir confondre un homme et une femme : s'ils avaient exactement le même vêtement, cela compliquerait, pourrait induire en erreur. Mais il leur est tout de même conseillé de se couvrir la tête. La tradition des prophètes veut qu'ils ne marchaient pas tête nue. Mais si l'on raisonne logiquement (mais je ne sais pas si l'on doit invoquer la logique), il est difficile à un homme de dissimuler son cou et ses oreilles avec un chapeau, une chéchia ou un turban.

V. G. : Mais pourquoi ne peut-on pas voir un homme voilé ?

Alma : Comme nous vous l'avons dit, les hommes et les femmes doivent se différencier clairement. Chacun à sa place.

V. G. : Et quelle est la place de l'homme ? Et celle de la femme ?

Lila : La question est très vaste ! Mais il est sûr que, lorsque les femmes n'ont pas le droit de conduire ou qu'elles n'ont pas accès à certains postes, comme en Arabie saoudite, cela n'est pas justifié par l'islam. Dans certains pays, certains milieux ou certaines familles, alors que des enfants vivent tous les deux chez leurs parents, le garçon va à l'école pendant que la fille reste à la maison pour s'occuper des tâches ménagères. Il faut savoir que, d'un point de vue religieux, il est très grave de ne pas mettre sur un pied d'égalité son fils et sa fille. Il est catégoriquement interdit de ne pas donner les mêmes droits à ses enfants ! Nous ne parlons pas ici de notre propre point de vue mais de ce qui est écrit dans le Coran et dans la Sunna : "Elevez vos enfants sans aucune distinction." L'éducation doit se faire de façon tout à fait égalitaire. L'accès aux études, l'aide ménagère, tout doit être partagé. Apprendre à lire et à écrire, apprendre les sciences en général (que ce soient les sciences religieuses ou les sciences générales) à sa fille comme à son fils est quelque chose de méritoire.

Aucune profession, aucune activité n'est interdite à une femme. En revanche, la femme a moins d'obligations que l'homme qui, lui, a l'obligation de nourrir sa famille. La femme a le droit de travailler et de gagner un salaire, mais ce salaire est pour elle. Elle a tous les droits sur cet argent, alors que son mari a l'obligation de ramener son salaire pour nourrir la famille. Il n'a aucun droit sur l'argent de sa femme, alors qu'elle a des droits sur celui de son mari. C'est aussi ce qui permet au mari d'interdire des choses à sa femme, et je ne crois pas qu'elle ait le droit de transgresser ces interdits. C'est justifié par le fait que, s'il arrive un accident ou quelque chose à la femme, c'est son mari qui en est responsable. De même, s'il part en voyage en laissant sa femme et qu'elle a faim en son absence, c'est lui qui est responsable vis-à-vis de Dieu. Il doit la nourrir et l'habiller aussi bien que lui-même.

Alma : Le Prophète aidait ses épouses dans leurs tâches ménagères. Sa fille Fatima était mariée avec le cousin de son père, Ali (le quatrième calife de l'islam), et, comme ils étaient très pauvres, elle le secondait dans son travail. On doit prendre ces gens en exemple. Cela dit, franchement, je préfère garder mes enfants que travailler dans une mine. On pourrait aussi trouver injuste que ce soit à l'homme de travailler et d'assurer la subsistance de la famille ! Pourquoi est-ce la femme qui accouche et qui allaite ? Dieu nous a créées comme cela.

Des filles comme les autres. Alma et Lila Lévy. Entretiens avec Véronique Giraud et Yves Sintomer. Ed. La Découverte. 224 pages, 15 euros.

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 15.02.04


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