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Un Kadhafi peut en cacher un
autre En projetant sur
le devant de la scène politique et médiatique ses propres enfants,
notamment Saïf el-Islam (31 ans), l’intellectuel de la famille,
Saïdi (30 ans), le sportif, et Aïcha (27 ans), “la Claudia Schiffer
d’Afrique du Nord”, selon l’expression d’une gazette people, le
colonel Mouammar Kadhafi cherche à humaniser son régime, longtemps
considéré comme hermétique et dangereux, et à lui donner une image
de modernité. Essaie-t-il aussi d’imposer dans son pays une
succession dynastique, comme l’en soupçonnent nombre de ses
concitoyens ? C’est très probable, même si, officiellement, la
question est encore taboue.
Une chose est sûre,
cependant : à chaque fois qu’il souhaite adresser un message à la
communauté internationale, le dirigeant libyen choisit souvent son
fils cadet comme messager. Cela a été le cas, le 19 décembre
dernier, avec l’annonce surprise de l’abandon par la Libye de son
programme d’armes de destruction massive. C’est Saïf
el-Islam, en effet, qui a été chargé d’expliquer la portée de
cette décision, allant même plus loin dans ses commentaires que le
Premier ministre Chokri Ghanem ou le ministre des Affaires
étrangères Abderrahmane Chalgham. “Cela ouvrira la voie à la
normalisation des relations politiques avec les Etats-Unis et avec
l’Occident en général, et entraînera aussi l’élimination de toute
menace contre la Libye de la part de l’Occident, et en particulier
des Etats-Unis”, a-t-il alors expliqué à la chaîne américaine CNN.
Saïf el-Islam n’a aucune fonction officielle. Il n’est “que”
président du Croissant rouge libyen, de l’Organisation des Scouts
libyens, de l’Association libyenne de lutte contre la toxicomanie et
de la Kadhafi International Foundation For Charitable Association
(KIFKA). Cette dernière association, richement dotée et qui
fonctionne déjà comme une structure parallèle de l’Etat libyen, a
fait parler d’elle pour la première fois en en juillet-août 2000,
lorsqu’elle a négocié et obtenu la libération des otages occidentaux
de l’île de Jolo, aux Philippines. Elle est intervenue, par la
suite, dans les négociations secrètes pour l’indemnisation des
victimes des attentats de la compagnie américaine Pan Am (au dessus
du village écossais de Lockerbie, le 21 décembre 1988), et de son
homologue française UTA (au dessus du Sahara, le 19 septembre 1989),
tous deux attribués à la Libye et qui ont valu à ce pays un embargo
aérien et sur les armes de 1992 à 1999. A la faveur du règlement de
ces deux dossiers épineux, dans lequel Saïf el-Islam a joué un rôle
central, Tripoli est en train d’esquisser un rapprochement
spectaculaire avec les Etats-Unis et l’Union Européenne.
“Je
n’occupe aucune position officielle au sein du gouvernement libyen.
Je suis un simple citoyen. Mais cela ne m’empêche pas de me sentir
concerné par tous les sujets qui touchent mon peuple. Je n’hésite
pas à m’exprimer publiquement sur ces questions, quand j’en ai
l’occasion”, a déclaré Saïf el-Islam à la revue Politique
Internationale (automne 2002). Avant d’expliquer: “Mon but est de
présenter à l’opinion occidentale une meilleure image, une image
plus réaliste, de mon pays”. Et pour cause: “La Libye a été
diabolisée pendant des années. Elle n’a jamais eu la chance de
présenter sa défense !”
Âgé de 31 ans, Saïf el-Islam, “le
plus Européen des Libyens”, selon l’expression d’un confrère
français, est diplômé d’architecture de l’université Al-Fateh de
Tripoli (1995) et de l’International Business School de Vienne, en
Autriche (2000). Etudiant à la prestigieuse London School of
Economics, où il prépare un doctorat en sciences politiques, ce
célibataire a l’allure de play boy princier a plusieurs hobbies: le
sport, notamment la plongée et le football, la peinture – il a
exposé en mars 2002 à l’Institut du Monde arabe à Paris et en
octobre 2003 à la galerie de la tour du Molard, dans le centre de
Genève –, les tigres – il en élevait deux dans sa ferme près de
Tripoli, Barney et Fredo, mais le premier est décédé – et,
accessoirement, la politique.
Saïf el-Islam incarne malgré
lui la Libye nouvelle, pro-occidentale et soucieuse de rompre avec
son tumultueux passé révolutionnaire. “La Libye a souffert d’un trop
grand interventionnisme d’Etat, inspiré par le modèle socialiste des
années 1960 et 1970. Nous souffrons aussi d’un certain nombre de
handicaps. Nos exportations sont limitées au pétrole. Nous devons
importer les trois quarts de notre nourriture. Une grande partie de
notre territoire est désertique. Les rares terres fertiles qui s’y
trouvent sont condamnées à rester stériles, faute de pluie ”, a-t-il
expliqué dans un entretien à la revue Politique Internationale
(automne 2002). Son diagnostic est sans appel : le pays doit amorcer
un important processus de réforme. Quels sont les principaux
éléments de ce processus ? Réponse du jeune leader : “ Dans une
économie mondialisée, la Libye ne peut plus se permettre de rester
isolée. Elle ne peut plus dépendre uniquement de ses produits
pétroliers, qui finiront bien par se tarir un jour. Notre but est
donc de développer un secteur privé solide, basé sur une économie
diversifiée. Nous avons d’ores et déjà autorisé les investissements
étrangers dans plusieurs secteurs, et dans des conditions
extrêmement attractives. Nous allons bientôt mettre en œuvre un
programme massif de privatisation. La plupart des entreprises d’Etat
seront transférées au secteur privé. Enfin, nous avons ouvert notre
pays au tourisme, qui est une grande source d’emplois. Nous avons la
plus grande côte en Méditerranée. Nos plages sont parmi les plus
belles au monde. Nous n’accueillons encore qu’un tout petit nombre
de touristes, comparé à, disons, la Tunisie. Ce secteur a donc un
très fort potentiel de croissance ”.
Saïf el-Islam,
porte-drapeau des réformateurs ? Encore est-il que, quelques mois
après la publication de cet entretien, les idées du jeune homme ont
été reprises, presque mot pour mot, par Kadhafi père, dans un
discours prononcé devant le Congrès général du peuple réuni à Syrte,
le 12 juin 2003. En limogeant dans la foulée le Premier ministre
M’barek Echamekh, pour avoir échoué dans la mise en œuvre des
programmes de privatisation, de renforcement du secteur privé et
d’attraction des investissements extérieurs, et en le remplaçant par
Chokri Ghanem, un technocrate fervent de l’économie de marché, le
leader libyen a voulu souligner sa volonté d’accélérer ce programme
de réforme. De là à penser que c’est Saïf el-Islam qui montre
désormais la voie à suivre en Libye, il y a un pas…
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| Date:
2004-02-21 | |
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