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Immigration : ces vérités qui dérangent
L'Expansion 26/05/2004

Chômage, aides sociales, clandestins... « L'Expansion » démêle le vrai du faux dans un débat ravivé par l'élargissement.

Le spectaculaire élargissement de l'Union européenne à dix pays au niveau de vie presque trois fois inférieur à celui des quinze anciens membres a brutalement remis le sujet de l'immigration sous le feu des projecteurs. Dans une France abonnée à la croissance lente et au chômage de masse, qui apprend chaque matin de nouvelles fermetures d'usines, qui voit se creuser jour après jour le gouffre de la Sécurité sociale, se dégrader la vie dans ses banlieues, augmenter partout l'insécurité et se lézarder les uns après les autres ses fameux avantages acquis, la perspective de voir s'installer dans l'Hexagone toujours plus d'étrangers inquiète, voire angoisse. Prudents, les Quinze ont d'ailleurs soigneusement fermé leur marché du travail aux ressortissants des anciennes démocraties populaires. Tant redoutée par les uns, l'immigration est souvent présentée par d'autres comme le remède aux maux dont souffre notre pays : vieillissement de la population, équilibre des systèmes de retraite, pénuries de main-d'oeuvre dans de plus en plus de secteurs, langueur économique en général. Pour démêler le vrai du faux, le fantasme de la réalité, L'Expansion répond sans tabous aux questions qui dérangent.

La France accueille-t-elle toujours des immigrés ?

Oui, mais peu

En 2002, 156 000 nouveaux étrangers ont été autorisés à vivre en France de façon permanente, dont plus de 70 % dans le cadre de la politique de regroupement familial. Et la tendance est à la hausse. Depuis 1999, l'immigration à caractère permanent augmente de 10 % par an environ, selon le dernier rapport de la Direction des populations et des migrations du ministère des Affaires sociales. Encore ces chiffres ne prennent-ils pas en compte les demandeurs d'asile, de plus en plus nombreux (51 000 demandes en 2002, deux fois plus qu'il y a dix ans), et les clandestins. Si, par définition, il est impossible de compter les étrangers qui passent illégalement les frontières, le nombre des régularisés en donne un aperçu. Ainsi, les « amnisties » de 1982 et 1997 ont fait sortir de l'ombre respectivement 132 000 et 90 000 sans-papiers. Si l'Institut national d'études démographiques (Ined) conclut à une entrée de clandestins qui ne dépasserait pas 13 000 personnes chaque année, le ministère de l'Intérieur en compterait plutôt 60 000. « Reste que le nombre de nouveaux immigrés représente chaque année à peine plus de 0,2 % de la population française », relativise Jean-Pierre Garson, le spécialiste des migrations internationales auprès de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « C'est deux fois moins qu'au Royaume-Uni ! », complète Xavier Thierry, chargé de recherche à l'Ined. « La France est certes un vieux pays d'immigration, mais il y a déjà vingt-cinq ans qu'elle n'est plus un pays d'immigration massive », assure le directeur de l'Ined, François Héran, qui s'est attaqué en début d'année à ce sujet (Population et sociétés, n° 397). La preuve : depuis 1974 et la fin officielle de l'immigration de travail organisée, la proportion des immigrés est stable, elle s'élève à 7,4 % de la population française métropolitaine.

Les immigrés prennent-ils le travail des Français ?

Non

C'est une thèse ressassée par le Front national, qui rend les immigrés responsables du chômage. La réalité est tout autre. On a en effet tendance à l'oublier, mais, depuis 1974, une entreprise ne peut théoriquement embaucher un étranger que si elle ne trouve pas de Français qualifié pour le même poste. Loin de prendre le travail des Français, les 2,3 millions de travailleurs étrangers présents dans l'Hexagone occupent souvent des emplois délaissés par la main-d'oeuvre nationale. « L'immigration est depuis longtemps une solution commode au manque d'attractivité de certains métiers », rappelle Gérard Chemouil, responsable des questions d'immigration à la CGT. Dans le secteur du « nettoyage des surfaces », près d'un salarié sur cinq est une femme immigrée. Celles-ci sont également très recherchées pour garder les enfants ou s'occuper des personnes âgées. Quant aux hommes, ils sont surreprésentés dans les postes peu qualifiés : presque un sur deux est ouvrier, contre un sur quatre pour l'ensemble des salariés. Conséquence : ils sont en première ligne lors des crises économiques. Après les brutales restructurations industrielles qui ont secoué la France au lendemain du choc pétrolier de 1973, c'est plus d'un ouvrier étranger sur trois qui est resté sur le carreau. En 1999, un quart des licenciements collectifs ont concerné des immigrés.

Loin d'amplifier les crises économiques, les travailleurs immigrés permettent même de les amortir, les entreprises pouvant compter sur cette main-d'oeuvre moins coûteuse et moins exigeante. « Et ce n'est pas négligeable, car cela aide des secteurs difficiles à se maintenir », souligne Jean-Pierre Garson.

Les immigrés coûtent-ils cher aux finances publiques ?

Non, au contraire

Les études de l'OCDE sont sans appel : sur plusieurs générations, les immigrés rapportent à l'Etat en impôts un peu plus qu'ils ne coûtent. Mais qu'en est-il précisément de la France ? Difficile de trancher, tant le vide statistique est grand. Aucune étude approfondie n'a été menée sur ce sujet. « Il faudrait faire l'hypothèse d'un "apartheid" démographique pour espérer répondre à la question du coût de l'immigration », note Michèle Tribalat dans Face au Front national, écrit avec Pierre-André Taguieff (Ed. La Découverte). Dans quelle catégorie placer les enfants nés en France ? Ils coûtent comme étrangers quand ils sont à l'école, mais, une fois en âge de travailler, c'est en tant que Français qu'ils paient des impôts.

L'idée selon laquelle les immigrés sont des pompes à aides publiques qui choisissent leur pays d'accueil en fonction de ses largesses sociales reste toutefois assez répandue. S'il y a des cas spectaculaires d'immigrés polygames subsistant grâce aux allocations familiales, beaucoup d'autres sous-utilisent leurs droits à cause de discriminations ou d'une mauvaise pratique de la langue française.

C'est sur une longue période qu'il convient d'apprécier le prix de l'immigration. Lorsqu'un étranger entre en France, il est en général jeune et en bonne santé. Surtout, il n'a rien coûté à la société pour son éducation. C'est une force de travail supplémentaire. Puis il va vieillir et toucher une retraite. « La main-d'oeuvre immigrée coûte cher au fil du temps, explique Jean-Pierre Garson. Pour qu'elle soit toujours rentable, il faudrait la renouveler en permanence. » D'où l'idée, en vogue aujourd'hui aux Etats-Unis, d'une immigration à durée déterminée.

L'immigration génère-t-elle de la croissance ?

Oui, sous condition

« Les immigrés ne mangent pas le pain des Français, ils mangent du pain, tout simplement », plaisante Jean-Pierre Garson, qui ajoute : « Il y a des quartiers entiers qui vivent grâce aux immigrés, des écoles aux boulangeries en passant par les banques et les services publics comme La Poste. » Ils ne sont donc pas seulement un renfort de main-d'oeuvre, qui compense les rigidités des économies européennes, ce sont aussi autant de consommateurs supplémentaires à satisfaire.

Aux Etats-Unis, le fait même que les immigrés aient assuré 20 % de la hausse de la population active dans les années 90 et qu'ils aient considérablement étoffé les rangs des scientifiques et des informaticiens - les postes les plus producteurs de richesse - aurait accru de près de 1 point la croissance américaine durant cette période, selon les experts de CDC Ixis. Malheureusement, l'effet d'entraînement, s'il est réel, n'a sans doute pas été aussi puissant en France, qui accueille proportionnellement deux fois plus d'étrangers non qualifiés et deux fois moins de diplômés que l'Amérique.

Si les immigrés consomment et travaillent chez nous, leur épargne a en revanche tendance à être rapatriée vers leur pays d'origine. Le montant officiel atteindrait plus de 6 milliards d'euros par an pour la France. A l'échelle de la planète, ce sont 165 milliards d'euros que les 175 millions d'immigrés expédient chaque année chez eux, davantage que les aides publiques accordées dans le même temps pour le développement des pays pauvres.

La France attire-t-elle des cerveaux ?

Oui, mais pas assez

Dans un monde qui a toujours plus besoin de matière grise, les pays industrialisés se livrent aujourd'hui à une compétition acharnée pour attirer les étudiants et les salariés les plus qualifiés des pays émergents et en développement. Y compris la France.

Les étrangers sont donc les bienvenus quand ils disposent de compétences très pointues. Ainsi, dans les universités françaises, la nationalité n'est pas un critère d'embauche pour les enseignants, chercheurs et ingénieurs. Le diplôme prime. En 2003, sur les 158 maîtres de conférences en informatique engagés par les établissements d'enseignement supérieur dépendant du ministère de l'Education nationale, 25 étaient des étrangers, soit 15,8 %, contre 10 % deux ans plus tôt. 3 900 professeurs et maîtres de conférences étrangers enseignent aujourd'hui dans nos universités, soit 7,5 % du total.

Mais la France est loin du compte par rapport aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui attirent l'élite mondiale. Parmi les étrangers vivant outre-atlantique, 34 % ont suivi des études secondaires. Ils sont presque 42 % de l'autre côté de la Manche, contre à peine plus de 14 % en France, qui prend un dangereux retard dans la course aux diplômés. D'autant que les étudiants étrangers semblent plus attirés par les grandes universités anglo-saxonnes que par les grandes écoles françaises, mal connues hors des frontières.

Conscients de ce handicap, tous les gouvernements français depuis 1998 leur déroulent le tapis rouge. Ils étaient plus de 50 000 en 2001, contre 30 000 en 1994, selon des chiffres de l'Ined, ce qui porte leur effectif total à près de 150 000 dans l'Hexagone. Le passage du statut d'étudiant à celui de travailleur relève du parcours du combattant. « Depuis un an, c'est de plus en plus long et difficile, constate Pascale Martin-Saint-Etienne, la directrice des mastères spécialisés à l'ESCP-EAP, une grande école de commerce parisienne qui compte un tiers d'étudiants étrangers. S'ils ont trop de difficultés avec l'administration française, les étudiants étrangers seront de plus en plus tentés par d'autres pays plus ouverts. A ce jeu-là, concurrencer les Etats-Unis va devenir une mission impossible. »

Tous les secteurs ont-ils besoin d'immigrés ?

De plus en plus

« Le besoin de travailleurs issus de l'immigration est particulièrement pressant aux deux extrémités de l'échelle sociale », affirme Michel Gevrey, rapporteur d'un avis du Conseil économique et social qui prône la relance d'une « immigration de travail » pour faire face au vieillissement de la population en âge de travailler et à la pénurie de main-d'oeuvre dans certains secteurs.

Le départ à la retraite des baby-boomers de l'après-guerre devrait libérer 5,7 millions de postes entre 2000 et 2010, selon le Commissariat général du plan. En une décennie, ce ne sont pas moins de 280 000 ouvriers qualifiés du bâtiment, 150 000 secrétaires ou 374 500 enseignants qui vont cesser leur activité. En outre, la croissance devrait générer 2,9 millions d'emplois, que des Français vieillissants seront de moins en moins nombreux à pouvoir occuper.

Le besoin de bras étrangers ne va donc pas cesser de croître. Certains secteurs souffrant d'un manque de main-d'oeuvre y recourent déjà largement : les étrangers représentent ainsi 17,5 % des effectifs dans la construction et le bâtiment, 7,5 % dans la restauration et l'hôtellerie, 6,7 % dans les services aux ménages. Et, malgré tout, près de 300 000 postes restent à pourvoir dans ces secteurs, selon le ministère des Affaires sociales. « La restauration est une profession difficile, où il n'est pas aisé d'attirer les jeunes. On a donc besoin d'étrangers », reconnaît Christian Navet, vice-président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie. Même contrainte dans le secteur de la construction : pour la première fois, la Fédération française du bâtiment Paris-Ile-de-France a même dû mener une campagne publicitaire dans les médias grand public afin de recruter.

« L'immigration est indispensable, notamment dans les secteurs de l'enseignement et de la santé », insiste Michel Gevrey. Dans les dix ans à venir, un tiers des maîtres de conférences et la moitié des professeurs des universités devront être remplacés. L'hôpital public compte déjà dans ses rangs 8 000 médecins titulaires d'un diplôme obtenu à l'étranger, soit plus du tiers des effectifs. Ils assurent près de la moitié des gardes de nuit, sans bénéficier du même statut que leurs homologues français. Et il manque pas moins de 15 000 infirmières.

« Pour pallier les pénuries de personnels qualifiés nécessitant des années de formation alors qu'on en a besoin tout de suite, l'immigration est essentielle », explique Jean-Paul Vermès, de la chambre de commerce et d'industrie de Paris, vice-président de Hudson Global Resources. Les chantiers navals de Saint-Nazaire n'auraient pas pu honorer leurs dernières commandes s'ils n'avaient recouru à des ouvriers roumains et indiens, tandis que des tours récemment construites à la Défense, à Paris, n'auraient pu s'élever sans l'appoint de chauffagistes polonais.

L'immigration résout-elle le problème du vieillissement ?

A la marge seulement

« L'immigration n'est pas une réponse au vieillissement », tranche Jean-Pierre Garson. Il faudrait pour cela que les entrées d'immigrés atteignent des niveaux irréalistes. Si l'on s'en tient au rapport des Nations unies qui avait fait grand bruit il y a quatre ans, l'Union européenne devrait accueillir pas moins de 159 millions d'immigrés d'ici à 2025 pour maintenir l'équilibre entre actifs et retraités, dont 23 millions en France, soit 760 000 par an. Et cela ne suffirait sans doute pas, puisque, au fil du temps, les femmes étrangères cessent d'avoir davantage d'enfants que les Françaises - sans oublier que les immigrés vieillissent, eux aussi.

Malgré tout, dans de nombreux pays européens - en Allemagne depuis 1986, en Italie depuis 1993, en Suède depuis 1997 -, l'immigration joue un rôle déterminant dans la croissance de la population. Sans l'arrivée de nouveaux étrangers, ces pays verraient leur population diminuer. Ce n'est pas le cas de la France, qui fait figure d'exception en Europe avec l'Irlande et la Suisse, dans la mesure où le taux de croissance naturel de sa population est largement positif et n'a jamais été inférieur à 3 ä. La contribution des naissances à la hausse de la population totale reste supérieure à celle de l'immigration, et elle augmente même sans discontinuer depuis 1993, selon l'OCDE. Pour une raison simple : les Françaises font en moyenne 1,89 enfant, contre 1,53 dans les autres pays européens.

La France a-t-elle réussi à intégrer les immigrés ?

Pas vraiment

Même si plus d'un immigré sur trois (36 %) a fait le choix de devenir français, on est loin de l'image idyllique d'une France « black-blanc-beur » qui réussit à l'image de son équipe de football championne du monde en 1998. « On a trop longtemps pris les immigrés pour des Kleenex, sans se soucier de les accueillir dans de bonnes conditions, regrette Gérard Chemouil. Et on voit les dégâts que cela produit aujourd'hui. » Délinquance, exclusion, chômage, la liste des symptômes d'une intégration ratée est longue.

Selon l'Insee, les immigrés occupent des emplois précaires plus souvent que les Français : quatre sur dix ont des postes non qualifiés, et beaucoup sont abonnés aux emplois d'intérimaires ou aux contrats à durée déterminée. « On ne peut pas dire non plus que le fardeau du chômage soit équitablement réparti. La situation est difficile pour les enfants de parents maghrébins en général et tragique pour les enfants de parents algériens en particulier. Le problème s'installe dans le temps. Il résiste aux diplômes. Il résiste à tout », déplore Michèle Tribalat, chercheur à l'Ined. Ainsi, les fils d'ouvriers nés en France d'au moins un parent algérien sont bien plus touchés par le chômage que tous les autres. « Ce n'est pas que les patrons soient racistes, mais cette population a une image négative qui lui colle à la peau. On ne peut pas demander aux patrons d'être plus objectifs que le reste de la population », poursuit Michèle Tribalat.

L'effet de ghettoïsation ne fait qu'accentuer la méfiance d'un côté, la frustration de l'autre. 60 % des immigrés sont concentrés dans trois régions : 11 % en Rhônes-Alpes, 10 % en Provence-Alpes-Côte d'Azur et 37 % en Ile-de-France. Plus d'un habitant sur cinq dans la Seine-Saint-Denis est un immigré. Selon une étude sur la concentration urbaine réalisée par Michèle Tribalat, ce même département comptait 45 % de jeunes d'origine étrangère en 1990, contre 17 % pour l'ensemble du territoire. La barre des 50 % est même franchie à Aubervilliers, Bobigny ou La Courneuve. C'est dans ces conditions que le gouvernement a décidé en avril dernier la mise en place du contrat d'accueil et d'intégration, proposant aux nouveaux arrivants une formation linguistique et civique. Testé dans 17 départements en 2003, il devrait se généraliser cette année.

L'immigration clandestine coûte-t-elle cher à l'économie française ?

Pas encore

« On est en état d'alerte maximale. Le phénomène est loin d'être massif, mais on est très vigilants », assure Thierry Priestley, secrétaire général de la Délégation interministérielle à la lutte contre le travail illégal (Dilti). Le travail clandestin ne représente encore que 10 % des infractions au Code du travail, mais sa part ne cesse d'augmenter depuis trois ans. Principalement à cause de l'afflux de ressortissants des pays d'Europe de l'Est, qui n'ont plus besoin de visa pour entrer sur le territoire et font le bonheur de patrons peu scrupuleux. « Il y a une certaine collusion entre l'employeur, qui évite les charges, les paperasses, et dispose d'une main-d'oeuvre corvéable à merci, et l'immigré clandestin, qui trouve du travail, n'est pas taxé et peut gagner davantage d'argent », explique Jean-Pierre Garson. Bref, c'est la flexibilité absolue, tentante dans les secteurs saisonniers comme la construction, l'agriculture, l'hôtellerie et la restauration, dont le manque de bras est chronique.

« Mais le travail clandestin enclenche aussi un dangereux cercle vicieux qui tire tout le monde vers le bas », relève Thierry Priestley. Il entraîne de mauvaises conditions de travail, qui détournent un peu plus les jeunes de ces métiers et aggravent la pénurie de main-d'oeuvre, donc le recours au travail clandestin. Il pénalise également les entreprises qui respectent la loi, confrontée à une terrible concurrence déloyale. Sans compter la perte sèche pour les organismes de protection sociale.



Benjamin Neumann

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