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A contre-courant des idées reçues, l’analyse des rapports
entre la mondialisation et les phénomènes culturels a suscité chez ce grand
sociologue français, spécialiste des médias, une réflexion sur “L’autre
mondialisation” (Édition Flammarion), titre de son dernier ouvrage qu’il a
signé à Beyrouth.
“Il ne s’agit plus seulement de produire et de diffuser
davantage d’informations; il faut surtout que les individus, les
collectivités et les peuples les acceptent”. Dominique Wolton a passé son
message très clairement. “L’autre mondialisation” est la seule qui
permettrait aux habitants de la terre de coexister dans le village global de
certains visionnaires qui ont pensé qu’avec le flux et la libre circulation
des informations, les gens se comprendraient mieux. Au contraire,
“l’information ne suffit plus à créer la communication; c’est même
l’inverse.”
Invité par le Bureau Moyen Orient de l’Agence universitaire de la
francophonie pour célébrer la “Journée internationale de la francophonie” et
en présence des ambassadeurs français, canadien et bulgare, du directeur
général du mi-nistère de l’Enseignement supérieur, des conseillers de
l’ambassade du Gabon et d’un grand nombre de personnalités politiques et
académiques, M.Wolton, membre du Haut conseil de la francophonie, a exposé
son point de vue dans une conférence intitulée: “Culture et communication:
enjeu du XXIème siècle”.
4 millions de postes de radio,3
millions de télé,
un million de téléphones portables
Directeur de recherches au CNRS, responsable du laboratoire “Information,
communication et enjeux scientifiques”, directeur de la Revue “Hermès”,
auteur de plus de vingt ouvrages, Dominique Wolton observe l’évolution du
monde et s’interroge: “Quatre millions et demi de postes de radio, trois
millions et demi de postes de télévision, un milliard de téléphones
portables… et, pourtant, les haines et les idéologies ne sont pas plus
réduites … Il ne suffit pas de multiplier les connexions entre les sociétés
pour que le dialogue culturel augmente… Ce n’est pas parce qu’on voit tout ou
presque, que l’on comprend mieux… Car “entre l’information (le message) et la
communication (la relation), il y a la culture.”
“Un million d’ordinateurs de plus
entre Israël
et la Palestine ne feront pas la paix.”
Pour ce chercheur qui se situe dans le mouvement antimondialiste, le village
global que McLuhan préco-nisait, n’est qu’une illusion cosmopolite. “Il n’est
global que sur le plan technique… Un million d’ordinateurs en plus entre
Israël et la Palestine ne feront pas la paix… L’information est devenue
abondante, mais il ne suffit pas d’informer pour communiquer… Le récepteur
écoute, regarde, lit, mais plus il est exposé, plus il résiste”, car il
constate de plus en plus d’altérité avec l’autre. “La fin des distances
physiques révèle l’étendue des distances culturelles.” Avec la
mondia-lisation, tout le monde voit ce qui se passe et relève les inégalités,
ce qui exacerbe les identités culturelles. “Plus on accède à la
mondialisation économique, plus on se raccroche aux identités colle-ctives…
Comment cohabiter quand on n’a rien à se dire ? … La culture, c’est ce
pourquoi on est prêt à mourir, alors qu’on négocierait pour un dollar.” .
Cet “agitateur”, comme certains le qualifient, trouve que la mondialisation
est un “procédé de déstabilisation”. Elle est à sens unique, Nord/Sud et
renforce le modèle occidental, dominé par les valeurs américaines. Son
paradoxe est qu’on voit, en une seconde, ce qui se passe ailleurs alors qu’il
faut beaucoup de temps pour véritablement comprendre l’autre. Elle prétend,
vainement, à un cosmopolitisme qui n’existe que pour ceux qui en profitent,
un cosmopolitisme d’aéroport... qui ferait de nous des “citoyens du monde,
multi-branchés, capables d’assimiler les héritages les plus divers, bricolant
dans la bonne humeur une sorte de culture mondialisée… Or, pour affronter un monde
toujours plus ouvert il faut, au contraire, être confiant dans son identité,
prêt à se confronter à d’autres valeurs.»
La cohabitation des cultures,
défi du XXIème siècle
Celle que Wolton préconise, “L’autre mondialisation”, serait celle qui
revalorise les identités collectives (langues, symboles, histoires,
représentations…) qui sont indépassables et qui les inscrit dans une
problématique démocratique. Le défi du XXIème siècle réside, en fait, à gérer
le décalage entre la vitesse, la performance des techniques et la
communication, la relation avec l’autre, à organiser au niveau mondial, la
cohabitation des cultures.
“L’Europe a 50 ans d’avance sur les problèmes de cohabitation… Elle a
réintroduit les concepts de culture comme enjeux économiques… Après avoir
commencé par faire du business, l’Europe s’est positionnée
après Maastricht dans une perspective politique, puis s’est donné une
problématique culturelle avec son élargissement à 25 membres. Elle offre une
vraie leçon d’optimisme… Tous les pays multiculturels ont une longueur
d’avance. Ce sont, comme le Liban, des terres-carrefours.”
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