La problématique de la
stabilité politique et sociale et du renouveau patriotique
Par MAHI Ahmed Docteur
En Engineering
1re Partie
Lundi 10 janvier 2005
« Il n’y a rien de bon ni de mauvais sauf ces
deux choses : la sagesse qui est un bien et l’ignorance qui est un mal »
Platon
La construction et le développement d’un pays aussi jeune que le nôtre,
si l’on tient compte de la jeunesse de son indépendance et de sa population,
exigent que soient réunis les conditions essentielles nécessaires à sa stabilité
politique et sociale.
L’inflexion déclenchée et affermie
par l’issue des dernières élections présidentielles pose en termes aigus la
nécessité d’un débat approfondi et large sur la problématique de la stabilité
politique et sociale dans notre pays.
Certains, souvent politiciens ou
opportunistes, ont expliqué sommairement les formes prises par «l’expression
populaire», directe ou indirecte, lors des dernières élections présidentielles
et les résultats de celles-ci, par une profonde aspiration de notre société à
retrouver une stabilité et une paix durables. Cela est sans conteste vrai.
Cependant nous devons donner aux concepts comme celui de stabilité qui ont une
charge lourde et globale, toute faite de complexité, le contenu qui se rattache
à leurs incidences sur tous les facteurs qui agissent sur la cohésion et
l’équilibre de notre nation et de notre Etat. Nous devons donc commencer par
essayer de clarifier l’acception de ce concept. Car quand le sens donné à un
concept d’une telle force traduit clairement les réalités et les nécessités
auxquelles il se rattache, il est compris et pris consciemment en charge par de
larges pans de la société qui, à leur tour, sont capables de le transformer en
un puissant et irremplaçable mouvement de construction et de création
citoyennes.
Nous sommes dans une situation qui
présente, malgré les avancées réalisées, depuis l’acquisition de l’indépendance
nationale, dans de nombreux domaines déterminants, malgré les volontés et les
engagements qui existent au niveau de notre peuple et aussi au niveau de notre
Etat, toutes les caractéristiques d’un blocage historiquement destructeur
puisque producteur à la longue de régression et de dislocation des ressorts de
notre cohésion sociale et nationale. Nous n’arrivons pas, toutes les forces
sociales et politiques confondues, à construire, dans la responsabilité et le
réalisme, les nécessaires chemins qui mènent à un dépassement mobilisateur de
la terrible crise qui ronge insidieusement et de partout notre société. Nous
n’arrivons pas à saisir et à comprendre ensemble, dans l’importance de la
signification qu’il reflète, dans la profondeur de ses racines et dans sa
portée de long terme, le réel en mouvement de notre pays. Nous n’arrivons pas à
saisir, dans toutes leurs implications, les incidences et les exigences des
irrésistibles dynamiques de la mondialisation et les impératifs qu’elles nous
imposent sur le long terme si nous voulons survivre à leurs assauts, freiner
leurs élans destructeurs, contribuer activement à les réorienter vers les
besoins réels de notre pays et de l’humanité et nous positionner avec la force
de notre génie, de notre savoir et de nos compétences.
Nous commençons à peine de sortir
de la très longue nuit dans laquelle le terrorisme intégriste a plongé et
malmené notre nation. Nous savons aujourd’hui, au prix d’une expérience
sanglante et humainement très coûteuse, que le terrorisme intégriste ne pouvait
procéder de la génération spontanée. Il a été nourri par une idéologisation et
une politisation de l’Islam à des fins de prise du pouvoir. Cette politisation
et idéologisation de la religion a pu être développée sur le terrain d’une
détérioration continue de la situation économique et sociale de larges secteurs
de notre société. Elle a été tolérée dans le cadre de l’exercice d’un pouvoir
de type autoritaire cultivant la pensée unique populiste et endiguant toute
velléité démocratique et moderniste réelle.
L’islamisme politique et ses
multiples formes d’intervention dans un environnement national politiquement
figé et dominé par des forces centrifuges mues par le populisme, le clanisme,
le régionalisme, le népotisme, l’opportunisme, la corruption, etc., se révèlent
comme l’un des facteurs durablement les plus nuisibles pour une société
algérienne arrachée à peine aux affres d’un colonialisme qui n’avait de cesse
que de la déstructurer et de plonger ses composantes dans la dense obscurité de
l’archaïsme. L’islamisme politique, initié et développé par des groupuscules
d’hommes «illuminés et incultes», instrumentalisant par leur dogmatisme et leur
fanatisme, de larges masses déboussolées, a produit l’inqualifiable et
impardonnable violence terroriste.
Cependant l’instabilité chronique
dont pâtit notre société trouve, avant tout, ses racines profondes dans les évolutions
qui ont marqué la construction de notre Etat, dans les orientations et les
formes d’organisation de notre système politique, économique, social et
culturel. Ces racines se propagent à partir de ce socle et rongent
subrepticement et irrésistiblement les différents axes que notre histoire a
patiemment forgés pour tremper notre nation et édifier nos solidarités, nos
cohésions, nos repères identitaires et notre Etat-Nation. C’est ce qu’il
conviendrait d’examiner objectivement et en profondeur en ayant une vision
responsable et moderne de l’avenir.
Nous pouvons nous interroger et
essayer de comprendre pourquoi un tel système de pouvoir a pu s’installer et
être imposé à notre société voilà plus de quatre décennies. Une tentative
d’analyse approfondie et surtout objective d’un tel état de fait nous révélera
rapidement la complexité des facteurs nationaux (historiques, sociologiques,
économiques, culturels et politiques) et internationaux (division du monde en
deux blocs antagoniques, luttes anticolonialistes et anti-impérialistes,
tiers-mondisme et luttes révolutionnaires pour faire avancer la construction
des Etats nationaux, etc.) qui ont déterminé par leurs forces et leurs
accélérations les évolutions historiques dans notre pays.
L’histoire des nations est ainsi
faite et les responsabilités de ses acteurs majeurs doivent être toujours
rapportées aux contextes historiques concrets et adaptées avec les facteurs
dominants ayant été à la base des dynamiques d’évolution des sociétés
concernées et des actions propres de ces dernières. Une analyse et une critique
circonstanciées et profondes de l’histoire ne peuvent toutefois enlever à
celle-ci la marque qu’elle a prise au cours d’une période donnée. Elles
doivent, par contre, permettre de repérer et de comprendre les racines des
crises qu’elle enregistre, des instabilités qu’elle provoque et de tirer les
leçons qui s’imposent pour consolider les cohésions sociales et nationales,
orienter la société, avec son concours actif et non malgré elle, vers un développement
équilibré, porteur de progrès et de justice sociale, fruit réel de son travail
et de son génie, garant actif d’une stabilité créatrice et dynamique.
Notre société a pourtant accumulé,
au prix de multiples souffrances largement partagées, de précieuses expériences
liées à l’évolution du mouvement national, à la construction de l’Etat et au
système de pouvoir le portant. De telles expériences ont été différemment
conscientisées. Les leçons qu’elles dégagent ont été spoliées de la cohérence
dont elles relevaient et n’ont pas été traduites, dans le cadre d’une
concertation démocratique, en objectifs stratégiques d’action pour inscrire les
évolutions dans la voie des exigences et surtout des besoins de notre société.
Elles se sont heurtées au fil des quatre décennies de notre indépendance
nationale au caractère étroit et jacobin du système de pouvoir aux commandes.
Elles n’ont pu ainsi, malgré les nombreuses et éphémères tentatives de réformes
et d’ajustements, déclencher les nécessaires processus de changement pour faire
avancer une pratique démocratique renforçant et consolidant notre développement
global et oeuvrant à sortir notre société de cette instabilité cancéreuse dans
laquelle elle a été installée.
L’instabilité politique et sociale s’installe et représente une menace
sérieuse pour l’évolution d’une société quand les processus qui l’impulsent et
ceux qui l’aiguisent se déclenchent et se développent aux niveaux des piliers
et des ressorts qui tiennent et donnent sa forme à ce qu’on peut appeler «l’édifice
sociétal». Il suffit que l’un de ces piliers, à pondération historique certes
différente, soit touché dans ce qui le fonde, par des orientations et des
pratiques irresponsables et éloignées du réel, pour que son instabilité
déstabilise à la longue, par induction et en chaîne, tous les autres et partant
toute la nation. Parmi ces piliers, on peut citer, entre autres:
·
l’histoire commune et ses déterminants ethniques, régionaux et
politiques;
·
l’islam et la culture arabo- islamique;
·
l’Etat, sa nature, ses institutions;
·
le développement économique, social et culturel;
·
le système éducatif et de formation et son orientation globale;
·
le droit, son contenu, sa pratique
et le système judiciaire;
·
l’environnement régional et international du pays. Etc.
De tels piliers entretiennent
entre eux des rapports dialectiques. Leurs actions et leurs interactions
forment, en effet, les déterminants et les dynamiques des rapports, de
différentes natures et de différents niveaux, qui régissent la société.
Les lignes de force de
l’instabilité chronique de notre société et des facteurs qui la produisent et
l’aiguisent, apparaissent à tous les niveaux de la structure de notre Etat.
Nous les observons et les vivons dans les communes, les wilayas, les
départements ministériels ou les différentes institutions locales, régionales
et nationales. Ce qui est préoccupant, ce ne sont pas les aspects superficiels
ou conjoncturels qui peuvent apparaître, pour ainsi dire normalement, ici ou
là, et qui sont liés à une expression humaine soumise à des pressions
quotidiennes de tous ordres. Ce sont, par contre, les éléments qui, à la
longue, finissent par exprimer la véritable nature déstabilisatrice des niveaux
auxquels ils se rapportent qui sont les plus menaçants pour la stabilité nationale.
Les APC, par exemple, sont régies par le code communal, les APW par le code de
wilaya. Les instances qui gèrent les communes sont en principe légitimées par
un acte électoral, expression de la citoyenneté. Elles se transforment
pourtant, pour la plupart d’entre elles, dès leur installation, en organes dont
les préoccupations premières ne sont pas celles d’une saine gestion de la cité
mais plutôt celles des intérêts personnels ou de groupe, bassement matériels,
actionnés par la corruption, l’affairisme, le régionalisme, le népotisme,
l’opportunisme, etc. Où que nous regardions dans nos villes et nos villages,
dans nos campagnes, nous observons, dans ce qui relève des missions des
communes ou des wilayas, un lamentable laisser-aller généralisé, une détérioration
grave et accélérée du cadre bâti et de l’hygiène générale, un massacre de
l’urbanisation, une dislocation chronique des lieux de culture.
Ce que nous observons aussi, à
l’oeil nu et sans être armés d’outils d’analyse, c’est la montée en puissance
des tensions, contenues ou explosives, qui marquent les rapports de la masse
des simples administrés avec leurs administrateurs pourtant censés représenter
leurs intérêts de citoyens.
Les structures de base de l’Etat
ne peuvent que refléter les orientations générales et les stratégies qui
portent ce dernier en même temps que celles du pouvoir. Lorsque les incidences
négatives de telles orientations et stratégies apparaissent avec force et
durablement au niveau de la plupart des piliers de notre «édifice sociétal»,
c’est la nature de l’Etat et du pouvoir qui doit être analysée avec profondeur
et objectivité. Et ce ne sont pas des réformes des structures ou des fondements
juridiques qui peuvent être des solutions durables aux instabilités, aux racines
profondes, qui se développent et qui nous détruisent à petit feu, dans les axes
suivants par exemple:
a) L’unité nationale avec
les problèmes sérieux qui menacent sa cohésion s’ils ne sont pas objectivement
et correctement posés et si des solutions véritablement nationales et
démocratiques ne leur sont pas trouvées. Il en est ainsi de celui de l’islam,
de la langue nationale et de la culture arabo-islamique, celui des origines
berbères de notre nation, celui des particularités régionales posées par le
mouvement dit du «Sud», etc.
b) Le système éducatif et
de formation: son orientation générale diffuse et incohérente, dominée par le
populisme, l’opportunisme, l’archaïsme, la bureaucratie, demeure, depuis
l’indépendance nationale, faiblement axée sur le développement d’un esprit
rationnel ouvert sur la culture universelle, avide de savoir et de sciences,
forgeant et modelant ainsi librement sa liberté de pensée, son intelligibilité
du réel, ses capacités d’analyse, de jugement et de création et en fin de
compte la conscience de son identité réelle et de sa citoyenneté et ainsi sa
disposition à la pratique démocratique dont il participe à développer la
culture.
c) C’est dans les espaces
qu’offre un tel système que s’exercent les transmissions et les messages qui
envahissent et marquent sensiblement les différentes catégories de notre
jeunesse. Les facteurs déstabilisateurs prennent forme à ce niveau puisque
l’intelligibilité de la complexité du réel ne procède pas de la rationalité
mais de la référence à des dogmes, à des normes qui ne peuvent ni être
interprétés ni soumis à un examen critique imposé par les évolutions. La
responsabilité historique incombe moins aux enseignants et formateurs qu’à ceux
qui ont la charge de fixer au système éducatif et de formation son contenu, sa
forme et sa finalité. Nous ne mesurerons jamais assez la part que prend ce
secteur dans les causes profondes de la crise et l’instabilité que nous vivons
et surtout dans le massacre de l’avenir moderne de notre jeunesse et donc de
notre société.
2e Partie
mardi 11 janvier 2005
Le cadre de
cette réflexion ne permet pas d’examiner l’ensemble des piliers qui portent
notre « édifice sociétal » et de montrer les facteurs de déstabilisation qui
ont marqué leur évolution. Nous avions avancé certaines réflexions sur certains
de ces piliers dans notre contribution publiée par Le Quotidien d’Oran (à
partir du 11.12.2003) portant le titre « Cette crise qui nous ronge ».
Nous voulons
cependant tenter d’examiner le pilier suivant:
Celui-ci marque,
en effet, avec une intense sensibilité, la crise que nous vivons et est, de nos
jours, au centre des stratégies mondiales de l’islamisme politique et du
néo-conservatisme occidental.
L’islam et la
culture arabo-islamique tels qu’ils ont été pris en charge historiquement par
notre société, dans la diversité de ses régions et de ses origines ethniques ou
historiques, ont façonné, au cours des siècles et de génération en génération,
notre âme d’Algériens. Ils ont formé et fortifié la cohésion de notre nation.
Ils ont été parmi les plus forts catalyseurs de notre mouvement national et de
notre lutte de libération nationale. Nous les portons, certes de façon
différenciée, dans notre conscience individuelle et sociale. Car Il ne peut y
avoir d’uniformité dans la conscience. Le niveau de conscience évolue avec le
développement économique et social, avec le savoir, l’intelligibilité et la
compréhension du réel et des nécessités que ce dernier dégage pour son
dépassement et sa transformation dans le sens du progrès et de la stabilité de
la société. La conscience est impénétrable. Elle est celle que porte dans son
for intérieur tout individu. Elle s’exprime et se laisse mesurer et apprécier
par la pratique de l’individu et de l’ensemble des groupes sociaux.
L’avènement de l’islam
a été lumières et savoir face à la période antéislamique (la djahilia). Son
rayonnement a connu ses moments historiques universels les plus marquants et
les plus influents quand la foi religieuse était celle vécue intimement par
l’individu musulman et quand l’édification économique, sociale et culturelle
était le fait du génie collectif développant le savoir, les sciences et le
progrès.
Mais lorsque des
groupuscules chargés d’ignorance, de charlatanerie et de radicalisme ont tenté
ou tentent encore aujourd’hui en s’appuyant sur une lecture indigente de
l’islam réel de s’emparer idéologiquement et politiquement de la misère et du
désarroi des masses et de la jeunesse en leur assenant des slogans comme
«l’islam, c’est la solution» ou «L’islam est religion et Etat» et sans leur
présenter de véritables solutions et alternatives à leurs vrais problèmes et
aux vrais problèmes qui se posent à nos sociétés, c’est la plus dangereuse des
instabilités qu’ils provoquent et développent. De tels groupuscules exploitent
les retards accumulés par la culture et la pensée islamiques et par le
développement économique et social des pays arabes et des pays musulmans. Ils
prétendent réagir contre les évolutions d’universalisation d’une certaine
culture occidentale qu’ils voient menacer et mettre en danger l’islam, les
traditions et la culture arabo-islamique. Ils prétendent ainsi réagir, en en
ayant une perception et une interprétation superficielles, contre une certaine
modernité occidentale qui se mondialise et pénètre, de manière accélérée, par
mille et un pores nos sociétés.
Saisir et
comprendre, au moyen d’un savoir sans cesse vivifié et développé, la nature des
véritables problèmes de fond et aussi de civilisation et d’évolution qui se
posent à notre peuple et essayer de contribuer à leur apporter les réponses qui
conviennent et qui construisent l’avenir et ne détruisent pas le présent, est
loin de les intéresser. Un tel effort les met en face de leurs limites et
démasque la fragilité de leurs certitudes qui ne peuvent résister à la force du
réel et de ce qu’il porte comme accumulation.
Et lorsque ceux
qui tiennent les rênes du pouvoir montrent leur incapacité à faire face aux
vrais problèmes de la société les laissant prendre de telles ampleurs et
constituer des bases fructueuses pour l’action des islamistes et leurs projets
de déstabilisation de la société, de la prise du pouvoir et de l’instauration
de l’Etat islamiste fascisant et archaïque dont ils rêvent. Mohammed Saïd
El-Hachemaoui dit dans l’introduction de son livre «L’islam politique»: «Faire
de la politique au nom de la religion, c’est transformer cette dernière en
guerres interminables, en divisions partisanes sans fin, c’est réduire les
finalités aux positions recherchées et aux gains escomptés. Pour ces raisons,
la politisation du religieux ou la sacralisation du politique ne peuvent être
que le fait d’esprits malveillants et pervers, à moins qu’ils ne soient
ignorants. L’une et l’autre reviennent à fonder dans la religion l’opportunisme
et la cupidité, à trouver des justifications coraniques à l’injustice, à
entourer la délinquance d’une aura de foi, et à faire passer pour un acte de
jihad le sang injustement versé».(1)
Les années 1980
et 1990 illustrent bien, chez nous, de tels processus. Il y avait aussi, avant
et après l’indépendance, des islamistes salafistes, wahhabistes et Frères
musulmans dans notre société. Ils étaient dans un état latent et faiblement
organisés. Ils ne pouvaient avoir la puissance qu’ils ont reçue dans les années
1980 s’ils n’avaient pas été encouragés directement ou indirectement,
politiquement et matériellement, par des cercles décideurs du pouvoir et leurs
multiples relais qui pensaient en faire des alliés serviables et corvéables
face à l’aggravation de la situation générale, à la montée du mécontentement
social, à l’émergence de couches moyennes, aux processus objectifs d’évolution
des femmes, à travers l’éducation et le travail, et à la formation d’élites et
de mouvements associatifs et politiques favorables à la démocratie réelle et à
la modernité.
Après 1965 et au
cours des années 1970, c’est grâce au Président Boumédiène, à son engagement
pour une transformation «révolutionnaire» de l’Algérie, à sa personnalité et à
son autorité que les groupuscules islamistes d’El-Qiyam, des Frères musulmans,
etc. qui ont essayé, juste après l’indépendance, d’avoir pignon sur rue et
d’investir, entre autres, certains centres comme l’université et le secteur de
l’éducation, ont pu être contenus dans leurs sphères d’action et réduits à leur
nature de sectes. Ces groupuscules, autoritaires et violents dans leurs
méthodes, étroits dans leur culture et leur vision, entendaient agir pour
imposer une restauration radicale, conforme à leurs vues, de nos valeurs
arabo-islamiques.
L’étroitesse et
le radicalisme de ces groupuscules apparaissent, on ne peut plus clairement,
dans cet extrait de l’organe de l’association El-Qiyam «Humanisme musulman», de
mai 1966: «Il faut que tout musulman prenne position de manière nette et
absolue. Ou le parti de Dieu ou le parti de Satan. Et s’ils prennent le parti
de Satan, qu’ils s’attendent à ce que Dieu leur déclare la guerre avec toutes
ses conséquences. Nous ne pouvons pas admettre que ceux qui prennent le parti
de Satan soient nos frères et qu’on cherche par tous les moyens de les faire
revenir sur leur décision quitte même à déformer notre religion.
Une fois épurés,
débarrassés de ceux qui nous empêchaient de faire notre devoir islamique dans
le monde, nous serons plus forts et plus aptes à agir. On recule pour mieux
sauter».
De tels sectes
ne voulaient ni ne pouvaient comprendre que même si l’objectif de la
restauration de notre patrimoine culturel et civilisationnel relevait de la
justice de l’histoire, sa réalisation se devrait de tenir compte de la complexité
et de la progressivité des processus d’édification sociale et culturelle d’une
part et d’autre part de la nécessaire adaptation de telles valeurs aux
conditions réelles des générations actuelles, de leur évolution dans un monde
en pleine accélération. «Le temps est en mouvement, ce qui veut dire que
l’histoire est un changement permanent». Le dogmatisme, quand il ne saisit pas
les exigences du réel dans son mouvement et n’en tient pas le plus grand
compte, mène à l’étroitesse, au conservatisme, au radicalisme et à la violence,
faute de capacités de conviction et de réalisme.
Cependant la
décision politique d’édifier des structures, comme les instituts islamiques ou
l’université islamique de Constantine, a été rapidement dévoyée de sa finalité,
faute de cohérence dans la vision stratégique, de maîtrise des réalités et de
préparation des moyens de réalisation et de contrôle à tous les nivaux et à
toutes les étapes. De telles structures étaient chargées de la formation des
cadres destinés à assurer la fonction d’imam, à diriger les centres du culte ou
à être formateurs ou spécialistes dans les différentes disciplines de l’islam
et de la pensée islamique. Ces structures ont été, pour ainsi dire, prises
d’assaut et en otages par des courants, certes disparates, mais unis dans leur
farouche et aveugle volonté, activement soutenus par leurs modèles wahhabites,
salafistes ou Frères musulmans d’Arabie Saoudite et d’Egypte et d’ailleurs,
pour fortifier leur influence dans de tels centres de formation de l’encadrement
religieux et ainsi développer leurs capacités d’organisation et d’action. C’est
au sein de ces structures qu’ont été initiés des groupes paramilitaires sous le
modèle des «Jewala», branches armées secrètes des Frères musulmans dont Sayyid
Qotb a fourni le cadre «théologique» et légitimé l’action violente.
L’islam ne peut
être, de ce fait, laissé à une exploitation éhontée et historiquement
dangereuse d’individus et de groupuscules «illuminés» se croyant détenteurs de
l’islam, de la vérité et de l’avenir et investis d’un pouvoir missionnaire et
rédempteur. Cela peut provoquer à la longue - certains signes se manifestent
déjà dans notre société - des dislocations irrémédiables de nos cohésions
sociales que l’histoire a mis des siècles à construire. L’islam a été lumières
et pour perdurer et continuer à illuminer les coeurs et les consciences, ces
lumières doivent être continuellement en mesure d’inonder et de clarifier par
leur intensité, toujours renouvelée et fortifiée, les complexités des
évolutions humaines et historiques. L’ijtihad, cette recommandation de la
pratique de l’islam réel, vivant et vécu, n’est rien d’autre que le nécessaire
et permanent effort pour le développement du savoir, la compréhension et la
transformation du réel. L’ijtihad suppose le respect de l’autre et non sa
destruction par une diffusion forcenée de l’archaïsme et de l’inculture et par
un encadrement autoritaire de sa liberté.
A-t-on fait
l’effort, à tous les niveaux, d’apprécier toutes les dimensions des dégâts
causés à notre société et à sa stabilité par la décision, consciente ou
inconsciente mais quant au fond politique et idéologique à la fois, prise par
les véritables tenants du pouvoir de laisser investir et contrôler, à grande
échelle, les instituts islamiques, l’université islamique de Constantine, les
mosquées et les écoles coraniques par des courants salafistes, Frères
musulmans, wahhabites, etc. ne reflétant en aucune manière l’islam vécu et
pratiqué paisiblement chez nous. Les portes ont été grandement ouvertes, y
compris les médias les plus lourds comme la télévision et la radio, à
l’Egyptien islamiste et salafiste El-Ghazali pour diffuser et enseigner ses
visions et ses compréhensions conservatrices et réductrices d’un islam figé
dans le temps et dissocié, quant au fond, des mutations profondes que
connaissent les individus et les sociétés sous l’action du développement du
savoir, de l’économie, des sciences, des techniques et de la culture en
général. L’action pernicieuse de ces courants, leur duplicité et leur collusion
avérée avec les milieux dominant l’économie informelle et de la corruption ont
dévoyé l’ardeur naturelle d’une jeunesse manquant de vision et de projets en
mesure de lui montrer des perspectives, d’emporter son adhésion et de
déclencher toutes les dynamiques de sa fructueuse et efficiente mobilisation.
Nous avons été
les observateurs impuissants, faute d’un exercice démocratique réel et à cause
du voile épais et sombre déployé sur nous par l’autoritarisme d’une pensée
unique aux couleurs populistes, à des mutations spectaculaires dans le
comportement, le mode vestimentaire, le langage et l’organisation de certains
secteurs de notre société. De telles mutations relevaient non pas d’une
imprégnation culturelle profonde mais d’un mimétisme qui se nourrit de
dogmatisme et débouche inévitablement vers le sectarisme, la propension à la
violence verbale et physique et aussi au terrorisme. Nos intérieurs, nos
mosquées, nos administrations, nos rues, etc. ont été inondés de curieuses et
étranges modes comme celles du hidjab, du djilbab, du kamis, des barbes de
toutes les couleurs et de toutes les longueurs, de cérémonials normalisés lors
des mariages et des funérailles, tous étrangers à nos traditions ancestrales.
La pratique de telles modes était imposée par un système hiérarchisé faussement
spirituel et religieux mais de nature coercitive et brutale et en quelque sorte
tolérée par certains tenants du pouvoir.
Ainsi, nous
avons assisté à une répression, active et sourde à la fois, de tout
développement du rationalisme et de la pensée intellectuelle qui prend en
charge rationnellement la mémoire collective, s’arme des acquis du savoir
universel, déchiffre le réel et ses dynamiques globales et particulières et
essaye de dégager et d’enrichir les voies du progrès en général. La pensée,
chez nous, a subi les affres de l’enfermement et a été noyée dans le chaos de
l’archaïsme de la pensée théologique dominante. Une pensée qui ne s’épanouit
pas, qui ne trouve pas les conditions de sa large diffusion, qui n’est pas soumise
à la confrontation et à la contestation des idées ou des thèses en présence,
dont les résultats théoriques ou pragmatiques ne trouvent pas de champs
d’expérimentations et de réalisations pratiques est une pensée limitée,
confinée, vouée à la stagnation et à l’inertie. Une pensée est par définition
vivante. Elle a besoin de vie pour se reproduire et se développer.
L’islamisme
politique et le conservatisme islamiste se définissent, comme nous le dit
l’islamologue éclairé Mohammed Arkoun, «par deux reniements majeurs: le rejet
par oubli et ignorance institutionnalisée de la longue période des lumières (de
la culture arabo-musulmane); le rejet, plus radical encore, de la modernité et
de ses acquis les plus universalisables au motif qu’elle est un produit d’un
occident colonialiste et impérialiste.»(2)
Mohammed Talbi,
historien, philosophe et islamologue tunisien, ajoute: «Il n’y a pas eu chez
nous de mouvement de contestation de la pensée théologique qui aurait permis
d’échapper à son emprise. Si tel avait été le cas, la théologie aurait évolué
selon ses propres normes, sans empêcher le développement d’une pensée
différente puisant à d’autres sources de réflexion...»
«Mais nous
sommes restés prisonniers d’une université (la Zitouna) qui s’était sclérosée,
avait banni toute innovation et était devenue une citadelle du conservatisme et
de la pensée unique.»
«Nous nous
murons hélas dans ce passé (de la culture arabo-musulmane) qui constitue un
alibi pour ne pas adhérer à notre temps. Notre pensée involue au lieu
d’évoluer. C’est une des raisons majeures pour lesquelles nous n’avons pas
retrouvé un élan modernisateur, car un tel élan est avant tout une attitude de
l’esprit. Il faut cesser de construire notre mémoire sur un imaginaire
passéiste qui nous entrave. Il faut la restructurer, la démythifier pour jeter
un regard critique sur le passé afin d’en déceler les failles, de trouver le
moment où le ressort s’est brisé, de telle sorte que nous puissions nous en
libérer et renoncer enfin librement à lui... Jusqu’à présent, nous n’avons
procédé qu’à des études symptomatiques de notre civilisation. Il est temps de
faire une étude étiologique de notre être historique et social. Une telle
démarche pourrait peut-être libérer notre subconscient.» (3)
L’islamise entend
collectiviser la foi au moyen de la coercition et de la violence spirituelle,
intellectuelle et physique. Or la foi se rattache à l’individu qui la vit. Elle
relève du libre choix. Elle doit procéder d’une conviction, elle-même fruit
d’une réflexion propre. Méditons ces deux versets du Coran: «Vous les croyez
unis alors que leurs coeurs sont séparés» (59,14).
«Dieu ne modifie pas ce qui est en un peuple
avant que celui-ci n’ait modifié ce qui est en lui-même» (13,11).
Références:
1) Mohammed Saïd El-Hachemaoui: L’Islam
Politique.
2) Arkoun Mohammed: Le Nouvel Observateur Numéro
Spécial Sur Les Penseurs Modernes De l’Islam.
3) Mohammed Talbi: Islam Et Modernité.
3ème Partie
mercredi 12 janvier 2005
La problématique
de l’islamisme politique et de son intervention tumultueuse dans l’évolution
historique de notre société n’est pas limitée à notre pays. C’est un problème
politique et stratégique qui prend un caractère international que certains
conservateurs occidentaux haineux, volontairement ignorants des divers apports
historiques à la culture universelle, notamment ceux, précieux et indélébiles,
de la culture arabo-islamique, ont voulu inscrire dans ce qu’ils appellent le
clash des civilisations, confondant ainsi, à dessein, islamisme et islam et culture
arabo-islamique.
A la stratégie de l’islamisme politique qui
tire vers la stagnation, la rigidité et donc vers l’inculture, il faut opposer
avec vigueur et clairvoyance les armes de la véritable culture qui signifie,
d’une part, savoirs et facultés d’innovation, pour clarifier ce que forme le
temps, et, d’autre part, capacités de transmission pour que ne se perde pas, au
travers des générations, le fil du temps.
Les débats actuels sur le code de la famille
sont à ce titre très édifiants. Nous sommes encore à nous accommoder avec les
positions anachroniques développées à ce sujet par des organisations associées
au pouvoir et se réclamant de la mouvance dite islamique. Pourtant, les femmes
algériennes, qui représentent plus de 50% de notre population, n’ont pas besoin
de tuteurs pour affirmer, dans l’action et de diverses manières, comme hier
durant la Guerre de libération nationale, leur sens de la citoyenneté et du
patriotisme, leur attachement créateur aux déterminants de notre identité
nationale. Que seraient, entre autres, les systèmes éducatifs et de santé sans
leur savoir et leur savoir-faire ? Leur égalité, elles l’imposent, avec une
conscience remarquable, sur les terrains du travail et de l’action citoyenne.
Elles en ont payé souvent chèrement mais toujours avec bravoure le tribut.
Tergiverser sur leurs droits fondamentaux à l’égalité, c’est rester aveugle et
sourd devant l’efficience du travail et de l’avance de la modernité qui pénètre
par mille et un canaux notre société et surtout par ceux de l’information, du
savoir, du travail et de la pratique sociale, c’est en quelque sorte participer
à la déstabilisation de notre société par la déstabilisation de sa matrice.
La stabilité
suppose par définition l’équilibre dynamique des systèmes complexes qui sont à
la base de la vie et de l’évolution d’une société. Or, l’équilibre d’une
société doit être compris dans son sens large avec l’ensemble de ses
déterminants, historiques, sociaux, économiques, culturels et politiques. Il
est le produit de dynamiques complexes. La stabilité ne peut être un don de la
nature. Elle ne peut être prédéterminée et encore moins imposée. Elle est
dynamique et est mise en permanence à l’épreuve. Elle se construit donc. Elle
doit être ainsi l’oeuvre collective d’une collectivité nationale prenant
toujours plus conscience de sa nécessité et de ses exigences et améliorant sans
cesse sa consistance et sa solidité.
D’autre part, la stabilité d’un pays est
insuffisante et fragile si les facteurs qui l’impulsent et la renforcent ne
contribuent pas à édifier et à renforcer les fondations et les dynamiques de la
stabilité régionale et internationale.
Les sociétés, dans leur processus de formation
en nations, ont fortifié leurs solidarités autour des facteurs qui
rapprochaient objectivement et subjectivement les groupes sociaux qui les
composaient. Ces facteurs étaient le produit de leur histoire et surtout de
leurs actions propres. L’émergence du fait national et la formation de la
nation est, dans le développement de toute société, un processus historique
long et différencié qui traduit non seulement la consolidation des cohésions
sociales, mais aussi une profonde aspiration à l’indépendance nationale et à
une stabilisation sociétale, source du développement et du progrès au sens large.
L’aspiration à la stabilité est avant tout une aspiration à des rapports
sociaux, économiques, culturels et politiques qui sauvegardent les équilibres
et les solidarités relevant d’une appartenance à une même nation où les
citoyens, à notre époque, ne veulent plus être «considérés comme l’objet, mais
comme le sujet du pouvoir politique» (1), puisque la nation est «l’objet voulu
en commun» (1).
Ainsi, la nécessité de la stabilité politique
et sociale ne peut signifier le dépassement ou l’étouffement des contradictions
sociales et politiques. Ces dernières sont, au contraire, par la dialectique
qui les nourrit, la source du développement et du progrès réel si elles
procèdent réellement d’une véritable culture démocratique sans cesse vivifiée
et renforcée par les apports de l’expérience historique et de la science.
La stabilité d’une société ne peut être
absolue. Elle ne peut être que relative. La forme et le contenu de cette
relativité traduisent les évolutions de la nature de l’Etat et du caractère de
l’organisation politique et sociale d’une société donnée. L’évolution des
écarts des stabilités relatives vécues de même que les qualités de ces
dernières indiquent les progrès ou les reculs réalisés par cette même société.
C’est dire l’importance d’une stabilité dont la maintenance et la qualité sont
une oeuvre de plus en plus consciente d’une société mise en mouvement par un
élan patriotique, de progrès, de solidarité, toujours plus déterminé par le
savoir et le savoir-faire, et mue par une pratique démocratique assumée. Car la
stabilité qui relève d’un système de pouvoir autoritaire ne peut être durable
parce qu’impulsée par une pensée unique étroite et, par définition indigente,
qui jugule la liberté individuelle et collective, détruit ainsi la conscience
de la nécessité, aiguise le développement des radicalismes et mène aux
instabilités historiques les plus sérieuses. Un système de pouvoir autoritaire
est, en fin de compte, en dépit des progrès économiques, sociaux, de paix ou
autres qu’il peut initier et enregistrer au cours d’une période donnée,
producteur d’instabilités structurelles. L’histoire, y compris celle de notre
pays, est tellement riche de tels exemples.
La stabilité ne peut se construire que par un
déploiement continu et intégré de facteurs essentiels comme :
·
la liberté
individuelle et collective,
·
la pratique
démocratique,
·
le droit fondé
sur la justice sociale,
·
le développement
économique, social et culturel,
·
la transparence,
·
l’alternance.
La liberté, la démocratie, le droit, la transparence
ou l’alternance ne s’octroient pas. Ils ne peuvent être imposés ou offerts par
la magnanimité d’un pouvoir autoritaire. Ils s’acquièrent par une lutte
politique, sociale et culturelle de tous les instants. Ils ne peuvent être que
le fait conscient d’une société désireuse de se prendre en charge par le
travail, le savoir et la culture. Ils sont et ne doivent cesser d’être des
produits de la citoyenneté dont ils contribuent, par l’accumulation de
l’expérience, à développer la qualité et l’efficience. Ils doivent procéder de
la conscience des nécessités que dicte l’évolution de notre société. Une telle
conscience se forme, s’aiguise, fixe les limites qu’impose la responsabilité
individuelle et collective et développe les rapports sociaux, politiques, culturels
en même temps que les cohésions et la stabilité de la nation. Ils sont l’humus
qui fait fleurir notre jardin commun pour que nous puissions y vivre, y
travailler dans la paix pour le rendre toujours plus beau et plus sensible à
tous nos sens et pour le transmettre dans un état prometteur aux générations
qui suivent. Ils sont à la fois les matériaux et les instruments nécessaires à
l’édification d’une modernité qui prend en charge et contribue à développer
avec nos propres apports, de manière créatrice, les valeurs véritablement
humaines forgées, au fil des âges, par une culture universelle basée sur les
progrès des sciences et de la pensée.
La stabilité politique et sociale est en
permanence une fonction directe des quatre niveaux complexes, dynamiques et
interactifs suivants qui peuvent la forger, la renforcer ou créer les
conditions de sa destruction lente ou brutale:
a)
les visions, les
stratégies et les politiques portées et mises en oeuvre par les centres de
conception et de commandes des systèmes de pouvoir qui se succèdent et qui
dirigent et conduisent la société par le biais de l’Etat, de ses organes et de
l’organisation politique, économique, sociale, culturelle etc. qu’autorise la
légalité qu’il met en place ou impose, mais aussi du positionnement, des
forces, des compétences de l’opposition, indépendamment de son statut et de ses
capacités à infléchir et moduler, dans l’intérêt de la stabilité de la société,
les orientations mises en oeuvre;
b)
la configuration
et le fonctionnement de l’ensemble de ce que l’on peut appeler les
«sous-systèmes d’exécution» (au sens large) relevant de l’Etat et de ses
institutions et organes, des systèmes économiques, sociaux, culturels et
politiques. Ils constituent les interfaces entre le pouvoir et la société;
c)
la fiabilité des
instruments et des modalités de mesure et de contrôle aux différents niveaux
ayant la charge de l’évaluation et de l’appréciation des écarts entre ce qui a
été fixé comme normes et objectifs par la politique, l’économie, le droit etc.,
et ce qui se présente dans la réalité;
d)
les capacités
d’initiation et de diffusion des nécessaires feed-back pour apporter les
corrections, les adaptations ou les impulsions nouvelles requises au niveau du
centre de conception et de commande et des sous-systèmes d’exécution.
Ces quatre niveaux constituent les interfaces
entre le pouvoir et la société. Ils reflètent donc la nature de l’Etat de même
que la nature des rapports qui prévalent entre la société et le pouvoir. Ils
représentent les espaces où prennent forme d’une part les politiques déclinées
à partir des visions et des stratégies, quand elles existent, des tenants du
pouvoir et, d’autre part, les niveaux qui marquent l’état des différentes
classes et groupes de la société. Ils mettent, de ce fait, en relief les
contradictions qui travaillent la société. Ils donnent la mesure de l’exercice
de la liberté, de la démocratie, du droit et de la justice sociale, de la
transparence etc. Ils se trouvent, de fait, sur le terrain de la pratique
politique, sociale, culturelle, c’est-à-dire de la vie réelle. Et c’est cette
dernière qui, dans son évolution, laisse apparaître les facteurs qui renforcent
ou qui affaiblissent ou détruisent la stabilité politique et sociale.
Dans ce cadre, par exemple, la loi fondamentale
(ou la constitution) constitue un élément décisif qui détermine les contenus et
les formes de tous les autres niveaux. Elle renforce la stabilité politique et
sociale si son élaboration, ses modalités d’adoption et sa mise en oeuvre
procèdent d’un véritable exercice de la liberté individuelle et collective, de
la démocratie, du droit, de la justice sociale, de la transparence qui
consolide les rapports de confiance et la culture démocratique entre les forces
politiques et sociales en présence qu’elles soient au pouvoir ou non. Elle
détruit infailliblement cette stabilité si elle est le fruit d’une volonté
hégémonique ou procède des subtilités du pouvoir.
La constitution de 1989 et celle qui l’a
suivie ne pouvaient réellement être le résultat d’une pratique franchement
démocratique ni installer la démocratie chez nous. Elles étaient taillées par
et pour un système de pouvoir qui n’acceptait de processus ou de formes
d’actions démocratiques que ceux qui cadraient avec son hégémonie et excluaient
toute alternance de pouvoir ou sa remise en cause par une réelle pratique
démocratique. Elles stipulaient, certes, la séparation des pouvoirs exécutifs,
législatifs et judiciaires. Cependant, ces derniers étaient réduits, dans la
réalité de leur exercice, au rôle de courroies de transmission et d’exécution
actionnées par les différentes forces liées directement ou indirectement au
pouvoir réel. De telles constitutions ne pouvaient, de ce fait, permettre
l’émergence et la consolidation d’une véritable «classe politique», fondée sur
des bases économiques, sociales et culturelles objectivement déterminées et
portées par de véritables élites engagées autour de programmes politiques
démocratiques visant la construction d’un véritable Etat républicain,
démocratique et de droit.
L’édification historique des quatre niveaux
définis plus haut ainsi que du caractère démocratique et dialectique de leurs
rapports, doit procéder d’une démarche foncièrement démocratique. Elle relève
de la longue durée. L’histoire réelle des Etats - Nations modernes nous le
montre. La démocratie est un apprentissage de tous les instants qui font la vie
d’une société. Elle requiert, pour l’efficience de son exercice, une volonté
commune de toutes les forces patriotiques et républicaines qui doivent s’engager
à en faire un instrument pédagogique privilégié et une valeur sûre de notre
culture et de notre identité, le garant de notre stabilité politique et
sociale. Car une stabilité féconde ne peut exister que si elle est produite et
portée consciemment par la société.
La crise qui nous ronge depuis plus d’une
décennie a mis à nu les faiblesses congénitales du système politique,
économique, social et culturel, c’est-à-dire surtout de la nature du pouvoir
qui prévaut dans notre pays depuis l’indépendance nationale. Elle a, comme
toute crise de cette dimension, révélé la véritable nature des problèmes qui
menacent sérieusement notre société. Ces derniers se rapportent aux besoins
incompressibles de modernité et d’une adaptation créatrice et efficiente aux dynamiques
du temps que manifestent de toutes parts, pour ne pas déboucher sur leur
inéluctable dislocation, les piliers qui forment notre édifice sociétal.
Il existe une relation directe et forte entre
une édification conséquente des facteurs de la stabilité politique et sociale
et les dynamiques nécessaires au renouveau patriotique. C’est ce dernier qui
peut agir comme un formidable catalyseur des processus devant refonder notre
Etat en lui donnant son caractère démocratique et de droit.
L’initiation du renouveau patriotique implique
une acception moderne et largement partagée du concept de patrie.
La patrie, c’est
une certaine forme de la nation. Elle est un produit de notre histoire commune
que les générations successives qui, par leur labeur, leurs apports culturels
divers et les rapports multiples exprimant un attachement à une même
communauté, ont su développer, consolider et mettre à l’épreuve des dynamiques
qui déterminent les évolutions historiques. Le patriotisme, c’est un rapport
citoyen à la nation et au mouvement complexe des processus qui la travaillent.
C’est aussi un rapport citoyen à l’Etat, expression et source de formation de
la nation. C’est une sorte d’attachement à la nation et aux facteurs, comme
l’Etat, qui l’impulsent et l’entretiennent. C’est aussi un engagement de la
société pour tenter de lui donner la signification et la forme correspondant le
mieux aux avancées du savoir universel, du progrès social en général et surtout
pour qu’elle devienne celle qui est activement et intelligemment portée par les
générations successives qui prennent en charge son histoire et qui lui
impriment leurs marques et cherchent à lui faire acquérir toute sa place dans
le concert des nations.
1) Nipperdey: Réflexions Sur La Nation Allemande
4e Partie Et Fin
jeudi 13 janvier 2005
Ainsi,
patriotisme et citoyenneté se déterminent mutuellement. Ils sont un levain
essentiel de l’Etat-Nation. Ce levain est particulièrement nécessaire dans
cette époque historique où l’Etat-Nation subit les assauts destructeurs de
l’idéologie et de l’action néo-libérales mondialisées. En effet, celles-ci
visent à débrider les sociétés, à disloquer les cohésions qui fondent leurs
nations respectives. Elles veulent laisser toutes les sphères de la vie et de
l’action humaine totalement ouvertes à une compétitivité et à des jeux
concurrentiels qui sont orientés vers une culture déshumanisée de la
productivité et de la réduction des coûts de production, vers la maximisation
des profits, la mise au ban de l’humanité des plus faibles et la propagation de
la culture de l’individualisme américanisé et à terme nihiliste.
Le patriotisme,
c’est cette disposition différenciée, vive et vigilante de l’esprit, nourrie
par une conscience toujours plus aiguë et plus animée par le savoir et la
rationalité, à suivre les mouvements objectifs et sourds qui se développent et
travaillent la nation, à en saisir la portée historique, les besoins
d’adaptation ou de transformation qu’ils expriment, les dangers qu’ils
induisent et à s’engager, avec détermination, responsabilité et réalisme, à
faire converger tous les efforts patriotiques vers un réel dépassement des
crises et surtout vers les changements et les transformations qu’imposent ou
que nécessitent, pour la pérennité et l’efficience de notre Etat-Nation et de
ses intérêts de long terme, les mutations profondes qui marquent les évolutions
historiques, sociales et culturelles.
Le patriotisme,
ce n’est pas le nationalisme perçu comme vision étroite et figée de la nation
et de ses intérêts. Il est attachement, réellement culturel, aux sources et aux
apports qui ont forgé, au fil des temps, les processus qui ont formé et forment
encore notre nation et qui ont donné et donnent encore leurs caractéristiques
aux traits essentiels, modulés de génération en génération, de notre identité.
Il est ouverture. Celle-ci est guidée par une forte aspiration à la justice
sociale, à l’exercice de la liberté, de la démocratie et du respect des droits
de l’homme (femmes, hommes et enfants).
Le patriotisme
gagne en qualité et en efficience quand il est porté par une vision stratégique
mobilisatrice reflétant les aspirations profondes et les besoins essentiels de
la société.
Les crises,
comme celle que nous vivons, mettent à l’épreuve la qualité et l’efficience du
patriotisme. Quand l’instabilité perdure et que les voies de son dépassement ne
sont pas trouvées et mises en oeuvre par un véritable front patriotique, c’est
que le patriotisme comme une certaine vision de l’Etat-Nation et tout ce
qu’elle supposait comme pratique sociale, politique et culturelle a perdu, au
niveau de la collectivité, en force et en orientation.
Le patriotisme,
chez nous, a subi, au niveau de son contenu et de ses formes d’expression et
d’action, particulièrement depuis l’indépendance nationale, les chocs produits
par une domination historiquement très coûteuse de facteurs ravageurs, lourds
et source de l’instabilité politique et sociale comme par exemple:
d)
L’autoritarisme
d’un système de pouvoir issu d’une évolution historique complexe: celle-ci a
certes porté et était mue par la marque de Novembre et de la nécessité de la
lutte révolutionnaire contre le colonialisme et pour l’indépendance nationale.
Mais elle a été une évolution où les rapports sociaux et politiques n’ont pu se
déterminer à partir d’un réel exercice de la liberté individuelle et sociale
ainsi que de la pratique démocratique. Un tel système de pouvoir ne pouvait,
faute de vision stratégique cohérente et de base sociale large le portant,
mettre dans un mouvement producteur toutes les énergies de la société et du
pays ni offrir à notre jeunesse des perspectives en mesure de mobiliser ses
élans naturels et de former son génie créateur.
e)
Le populisme qui
défie la rationalité et l’intelligence du réel en mouvement, brime le savoir et
la vraie culture, se satisfait de l’archaïsme, favorise les fléaux sociaux
destructeurs tels le clanisme, l’opportunisme, le népotisme, le régionalisme,
etc.
f)
L’économie basée
sur la rente qui dilapide les richesses nationales naturelles, décourage le travail
productif et créatif, développe les mentalités et les organisations de type
mafieux et l’économie informelle, favorise la culture de la corruption,
détraque la nécessaire formation de véritables élites et de couches moyennes
dynamiques, développe une bureaucratie étouffant la liberté individuelle et
collective de même que l’esprit d’initiative si indispensable à une saine
compétitivité et au progrès en général.
Le renouveau
patriotique dont nous avons besoin est possible pour peu que nous sachions démocratiquement
décoder, analyser et transformer en orientations stratégiques d’action les
nombreux signaux, aux formes et aux intensités les plus diverses, que lancent
sans discontinuer, dans leurs dures et quotidiennes épreuves, les couches et
les secteurs sociaux représentatifs de la société qui veulent faire avancer
leur nation et vaincre les retards et les souffrances qui les accablent. La
conscience du nécessaire et profond changement démocratique avance dans notre
société. Elle peut constituer un véritable point d’appui pour une forte et
efficiente impulsion d’un réel renouveau patriotique. Une telle impulsion,
quant à elle, ne peut être qu’une action concertée des forces républicaines et
démocratiques acquises au changement et se trouvant dans et en dehors du
pouvoir. De telles forces doivent rechercher et trouver leur dénominateur
commun patriotique. Celles se trouvant aux commandes réelles du pouvoir se
doivent de prendre les initiatives de caractère stratégique susceptibles
d’ouvrir les voies du changement et de l’édification d’un Etat de droit fondé
sur l’exercice de la démocratie et sur les acquis de progrès et de justice
sociale de la modernité, un Etat capable de mettre en mouvement tout ce que
notre société recèle en énergie et en forces d’innovation et de créativité. De
telles initiatives doivent s’appuyer sur ce qui bouge en profondeur dans notre
pays.
Notre pays
semble, en effet, enregistrer un point d’inflexion dans son cheminement
historique. Il ne serait pas objectif d’en sous-estimer la signification et
l’importance. Une telle inflexion se caractérise, entre autres, par les
éléments suivants:
·
Elle traduit une
certaine dynamique de changement dans l’évolution et la construction, certes
lentes et sinueuses, des rapports de forces politiques et sociaux et surtout
dans les rapports de forces au sein du système de pouvoir en place.
·
Elle est
soulignée par le rôle prééminent qu’entend prendre et que prend activement le
Président de la République y compris dans son rapport à l’ANP considérée jusqu’ici
comme le centre réel du pouvoir.
·
Elle dessine au
niveau des cercles de conception du pouvoir, indépendamment de ce que les uns
et les autres puissent en penser, une certaine cohérence et une sorte de
détermination dans les choix stratégiques et politiques même si, pour le
moment, la mise en oeuvre de ces derniers apparaît empreinte de multiples
contradictions et heurtée par nombre de processus de différenciation
contradictoires.
·
Elle est marquée
par les développements qui s’opèrent, certes d’une manière complexe et
différenciée, encore balbutiante et forcément insuffisante, au niveau des
champs économiques, sociaux et culturels tendant à donner au travail productif
et à l’esprit créatif toutes leurs valeurs faisant reculer la culture venimeuse
de la rente, de l’économie et de la culture informelles.
·
Elle est liée à
la volonté affirmée et explicitée, dans ses fondements, particulièrement dans
le discours du Président devant l’APN le 27 octobre 2004, de faire de la
réconciliation nationale le credo de la pensée et de la pratique politique
officielle en général.
·
Elle se dégage à
travers les incertitudes et les processus sourds ou explosifs de décantation,
de recomposition ou de repositionnement qui traversent la «classe politique»
associée au pouvoir, notamment le FLN, la mouvance islamiste, mais aussi les
forces qui se réclament du pôle républicain et démocratique.
·
Elle est
caractérisée par un développement et une organisation autonome, dissociés des
organisations syndicales ou sociales officielles, d’importants secteurs du
mouvement syndical, social, de la jeunesse, des femmes, des intellectuels, etc.
·
Elle prend ses
formes aussi sous l’effet des réorientations stratégiques des USA et des
moteurs lourds de la communauté européenne que sont la France, l’Allemagne, la
Grande-Bretagne, l’Espagne ou l’Italie et du monde occidental en général en
direction de notre pays et des régions du Maghreb et du Moyen-Orient.
Cette inflexion peut être affermie, se
développer et prendre une orientation durable et porteuse de démocratie, de
progrès et des indispensables changements si elle est renforcée par des actions
unitaires crédibles, foncièrement patriotiques qui:
1) créent un
espoir mobilisateur dans la voie stratégique globale dessinée par un large
mouvement patriotique et démocratique en formation;
2) développent
et renforcent la confiance des larges couches de la société dans la pratique
des forces politiques et sociales et dans celles aux commandes du pouvoir;
3) engagent, sur
la base de processus et de règles de concertation démocratiquement retenus, les
dynamiques de refondation de l’Etat, du système de pouvoir ainsi que de
l’organisation politique et sociale.
Nous sommes encore en mesure de faire face aux
défis que nous lance et nous impose un monde plongé dans des processus
puissants et complexes de la globalisation, initiant des métamorphoses et des
recompositions internationales profondes non seulement au niveau politique ou
économique mais aussi au niveau culturel et identitaire. L’histoire nous jugera
à notre capacité de donner la priorité à la raison patriotique et d’agir
unitairement, malgré nos différences, pour mettre la patrie dans la voie de la
stabilité politique et sociale, du progrès social et de la modernité.
Nous sommes
placés devant l’impératif de clarifier démocratiquement les déterminants de
notre dénominateur commun patriotique et de donner vie à un véritable renouveau
mobilisant notre jeunesse et tous les secteurs de notre société pour le
dépassement de notre crise et l’édification démocratique de l’Etat et de la
société moderne auxquels nous aspirons. Ce sont là les conditions politiques et
sociales qui prépareront le cadre à une réconciliation nationale active, à
contenu réellement patriotique, qui participe à la construction de la stabilité
politique et sociale et qui pousse notre société de l’avant au lieu de la faire
stagner ou reculer.
Le cinquantième
anniversaire du 1er novembre 1954, que nous venons à peine de célébrer, doit
secouer fortement nos consciences quelque peu engourdies par les temps
complexes que nous vivons et que nous subissons sur le plan national et
international. Il doit nous rappeler à notre devoir de fidélité au sens profond
de cet acte révolutionnaire et fondateur de notre Etat national moderne qu’a
été et que restera dans l’histoire de notre nation le 1er novembre 1954. Une
telle fidélité doit nous imposer la nécessité de tout entreprendre, sans
chauvinisme et sans populisme mais avec un patriotisme toujours renouvelé pour
assurer, de génération en génération, à la lumière de l’évolution historique
réelle de même que d’une prise en compte réaliste des dynamiques lourdes qui
marque les développements du temps, une transmission du sens de Novembre.
Le 1er novembre 1954 est historiquement
immortel. La vision patriotique et révolutionnaire qui l’a porté a été un
catalyseur et un puissant facteur de mobilisation non seulement de toutes les
forces de notre mouvement de libération national mais aussi du mouvement de
libération mondial. Les révolutionnaires qui l’ont initié avaient, en dépit de
la crise sérieuse que connaissait alors le mouvement national en relation avec
l’appréciation des objectifs tactiques de lutte et des formes de direction et
d’unité d’action, fait la juste analyse des impératifs découlant de la
situation concrète qui prévalait dans notre pays et des potentiels patriotiques
de notre peuple. Ils ont su donner du sens ainsi que des formes et moyens de
lutte à la profonde aspiration à la libération nationale et sociale. Ils ont su
trouver, en partant d’une appréciation concrète et objective du réel en
mouvement, les voies du dépassement de la crise et définir et engager les
dynamiques du changement profond dont avait besoin notre nation pour déboucher
sur son indépendance et l’édification de son Etat.
Le sens de Novembre a mis à jour et en
mouvement les insondables énergies et intelligences, les forces créatrices, les
incommensurables capacités d’abnégation et de sacrifice qui existaient dans les
différents secteurs de notre société. Le sens de Novembre, c’est l’action
révolutionnaire pour la libération nationale et l’édification d’un Etat
démocratique et social prenant en charge les fondements de notre identité
forgée par une histoire millénaire. Cette action révolutionnaire, si elle a
exprimé un mouvement de radicalisation, c’est parce qu’elle se rattachait à une
conscience de sa nécessité face aux issues hermétiquement bouchées dressées par
l’oppression coloniale devant notre peuple. Car le colonialisme est antinomique
de la libération nationale, de la démocratie et du progrès social. L’analyse
historique et objective de la fidélité au sens de Novembre reste à faire. Elle
est, pour comprendre notre réel et dépasser les problèmes de fond qu’il pose,
d’une urgente nécessité. Nous vivons actuellement une situation qui a un besoin
pressant d’un sens de la qualité de celui de Novembre.
Un tel sens doit
être adapté, aujourd’hui, aux impératifs découlant de notre réel et des
facteurs lourds et de long terme qui le travaillent. Toutes les forces, où
qu’elles se trouvent, qui entendent agir pour faire sortir notre pays de cette
crise nationale, pour que se réalise et s’impose une citoyenneté réelle, pour
que se construise le caractère républicain de notre Etat et pour la mise en
oeuvre d’une véritable pédagogie de la démocratie sont, de ce fait,
interpellées, chacune à son niveau et dans une nécessaire convergence de leurs
actions, aussi diverses, différentes et même contradictoires qu’elles puissent
être. Pour cela, il est impératif, le temps historique travaille déjà contre
nous, de créer et de renforcer, avec une consciente persévérance, les
dynamiques de la nécessaire stabilité politique et sociale dont nous avons
impérieusement besoin.
Paru dans le Quotidien d'Oran des 10; 11, 12 et 13 janvier 2005