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de Hédi
Mechri 
Pas de trêve pour les confiseurs ! Les
pouvoirs publics n’arrêtent pas d’aller à la recherche de la
croissance. Il ne se passe pas un jour sans que de nouvelles
mesures et de nouveaux mécanismes d’encadrement viennent
conforter et améliorer le climat d’affaires au motif de
relancer les investissements, principal moteur de la
croissance, de l’emploi et de la cohésion sociale. L’emploi
est au cœur des préoccupations gouvernementales. Le souci
d’équité sociale le partage à l’obligation d’efficacité
économique. En aucun cas, il n’est permis de tolérer, fut-ce
partiellement, que nos universités « produisent » des futurs
chômeurs. Le défi est immense au regard de la vague annuelle,
qui serait de l’ordre de 50.000 diplômés, avant de s’amplifier
pour atteindre 60.000 entre 2007 et 2009. Face à de telles
contraintes, il faut à l’évidence mobiliser d’énormes moyens.
L’Etat y pourvoit du mieux qu’il le peut au prix d’arbitrages
budgétaires douloureux : tout est mis en œuvre pour ouvrir aux
jeunes et à leurs aînés —victimes de restructurations
industrielles— des nouvelles pistes d’emplois. On comprend
mieux ainsi l’empressement des pouvoirs publics à vouloir
booster l’investissement, passage obligé pour
l’emploi. L’offre d’investissement naît, de toute évidence,
de l’anticipation de la demande et des profits qui y sont
attendus. Il importe d’y voir aussi un signe et un indicateur
avancé de confiance des investisseurs. Toute décision
d’investissement est un acte de foi dans l’avenir. Ce
sentiment de sérénité, d’assurance et de sécurité favorable au
mouvement d’investissement est en grande partie lié à la
crédibilité et à l’efficacité des lois et du cadre
institutionnel. Il se nourrit de la capacité d’écoute des
autorités publiques tout autant que de la qualité des
politiques macroéconomiques. En la matière, on n’en fera
jamais assez pour courtiser, séduire et forcer la décision des
investisseurs déboussolés par les vents de la dérégulation
mondiale. Beaucoup d’entre eux, et en maints secteurs, ont
perdu leurs anciens repères sans réussir pour autant à se
projeter dans les nouvelles tendances de l’économie
mondiale.
L’investissement a désormais d’autres ressorts que ceux
qui lui ont permis de décoller et de se développer tout au
long des trois dernières décennies. Il y avait, par le passé,
comme un marché des projets visibles à l’œil nu : pêche,
tourisme, immobilier, textile, industrie de transformation et
de substitution des importations bénéficiant d’une digue de
protection tarifaire. Tout paraissait facile. Les
différents postes des importations offraient, à cet égard, un
catalogue d’opportunités d’investissements à la rentabilité
assurée grâce à une protection effective poussée, au grand dam
des consommateurs contribuables. L’Etat y allait de son obole
et de ses encouragements, et les banques —sous-contrôle
étatique— étaient peu regardantes. Elles avaient, dit-on,
vocation à financer le développement au risque de violenter
leurs comptes. L’Etat y pourvoyait pour combler les
déficits. C’était, il y a quelques années… même si, d’une
période à l’autre, ce modèle connaissait à chaque fin de cycle
économique quelques variantes. Il en fut ainsi en 1964-65, en
1969-1970 tout comme au milieu des années 80. Le tournant du
milieu des années 95 ne fut pas le plus facile, tant s’en
faut. Il inaugurait un nouveau cycle des affaires en économie
ouverte et largement exposée aux possibilités de développement
bien plus difficiles. Les investissements dédiés au marché
local et ceux qui prenaient appui sur les relations de
sous-traitance internationales révèlent leur propre limite. La
demande interne, sollicitée du reste trop souvent de manière
déloyale par de redoutables concurrents étrangers, ne peut à
elle seule justifier de nouveaux investissements. L’émergence
de la Chine et des Peco a, pour sa part, réduit l’attractivité
du site tunisien, tout au moins pour les industries de
main-d’œuvre. Les pouvoirs publics s’y étaient préparés et
se sont pleinement employés à préparer les acteurs de
l’économie à ce nouveau virage, certes difficile mais
nécessaire. Ils ont entrepris un réel effort de pédagogie pour
faire prendre conscience des nouvelles réalités de l’économie,
des nouveaux enjeux technologiques et financiers. Le discours
y est davantage orienté vers l’économie de la connaissance et
du savoir. Cette nouvelle donne impose une nouvelle
architecture des investissements qui, quelle que soit leur
intensité capitalistique, incorporent désormais une forte dose
d’intelligence artificielle ou réelle. La grille des
investissements se resserre à mesure qu’on monte dans la
hiérarchie de la valeur ajoutée. Ils gagnent en intensité, en
efficacité et en productivité. L’innovation prend ici tout
son sens au point de voir l’offre d’investissement anticiper
la demande. Et c’est là où réside toute la difficulté. On voit
donc naître un besoin de veille technologique et
d’intelligence économique.
Réussir
cette transition … Telle est la nouvelle ambition nationale ;
le pari industriel paraît bien engagé si l’on juge par la
physionomie et le résultat de l’économie tunisienne. La
qualité des fondamentaux, la vigueur de la croissance —bien
au-dessus de la moyenne mondiale— sont l’expression d’une
nouvelle dynamique d’émergence. Les investisseurs ont
retrouvé les nouveaux sentiers de la croissance et de
nouvelles voies passantes. On investit mieux sans investir
moins en ces temps d’exacerbation de la concurrence… Cela vaut
pour les investissements extérieurs sollicités avec beaucoup
de métier et de discernement. Cela vaut aussi et surtout pour
les investisseurs locaux courtisés à leur tour comme à nul
autre pareil. L’Administration multiplie les aménagements, les
canaux de concertation et de dialogue et les signaux :
conseil, écoute, disponibilité et humilité. Signe qu’elle a
bel et bien pris toute la mesure des nécessaires mutations. Et
qu’elle a déjà intégré les nouvelles exigences de la
mondialisation. Signe enfin que le défi de l’emploi est
désormais à notre portée.
L’Economiste du 22 Juin au 06 Juillet
2005 |