Lundi, 27 Juin 2005

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de Hédi Mechri

Pas de trêve pour les confiseurs ! Les pouvoirs publics n’arrêtent pas d’aller à la recherche de la croissance. Il ne se passe pas un jour sans que de nouvelles mesures et de nouveaux mécanismes d’encadrement viennent conforter et améliorer le climat d’affaires au motif de relancer les investissements, principal moteur de la croissance, de l’emploi et de la cohésion sociale.
L’emploi est au cœur des préoccupations gouvernementales. Le souci d’équité sociale le partage à l’obligation d’efficacité économique. En aucun cas, il n’est permis de tolérer, fut-ce partiellement, que nos universités « produisent » des futurs chômeurs. Le défi est immense au regard de la vague annuelle, qui serait de l’ordre de 50.000 diplômés, avant de s’amplifier pour atteindre 60.000 entre 2007 et 2009.
Face à de telles contraintes, il faut à l’évidence mobiliser d’énormes moyens. L’Etat y pourvoit du mieux qu’il le peut au prix d’arbitrages budgétaires douloureux : tout est mis en œuvre pour ouvrir aux jeunes et à leurs aînés  —victimes de restructurations industrielles— des nouvelles pistes d’emplois.
On comprend mieux ainsi l’empressement des pouvoirs publics à vouloir booster l’investissement, passage obligé pour l’emploi.
L’offre d’investissement naît, de toute évidence, de l’anticipation de la demande et des profits qui y sont attendus. Il importe d’y voir aussi un signe et un indicateur avancé de confiance des investisseurs. Toute décision d’investissement est un acte de foi dans l’avenir.
Ce sentiment de sérénité, d’assurance et de sécurité favorable au mouvement d’investissement est en grande partie lié à la crédibilité et à l’efficacité des lois et du cadre institutionnel. Il se nourrit de la capacité d’écoute des autorités publiques tout autant que de la qualité des politiques macroéconomiques.
En la matière, on n’en fera jamais assez pour courtiser, séduire et forcer la décision des investisseurs déboussolés par les vents de la dérégulation mondiale. Beaucoup d’entre eux, et en maints secteurs, ont perdu leurs anciens repères sans réussir pour autant à se projeter dans les nouvelles tendances de l’économie mondiale.

L’investissement a désormais d’autres ressorts que ceux qui lui ont permis de décoller et de se développer tout au long des trois dernières décennies. Il y avait, par le passé, comme un marché des projets visibles à l’œil nu : pêche, tourisme, immobilier, textile, industrie de transformation et de substitution des importations bénéficiant d’une digue de protection tarifaire. Tout paraissait facile.
Les différents postes des importations offraient, à cet égard, un catalogue d’opportunités d’investissements à la rentabilité assurée grâce à une protection effective poussée, au grand dam des consommateurs contribuables. L’Etat y allait de son obole et de ses encouragements, et les banques —sous-contrôle étatique— étaient peu regardantes. Elles avaient, dit-on, vocation à financer le développement au risque de violenter leurs comptes. L’Etat y pourvoyait pour combler les déficits.
C’était, il y a quelques années… même si, d’une période à l’autre, ce modèle connaissait à chaque fin de cycle économique quelques variantes. Il en fut ainsi en 1964-65, en 1969-1970 tout comme au milieu des années 80. Le tournant du milieu des années 95 ne fut pas le plus facile, tant s’en faut. Il inaugurait un nouveau cycle des affaires en économie ouverte et largement exposée aux possibilités de développement bien plus difficiles.
Les investissements dédiés au marché local et ceux qui prenaient appui sur les relations de sous-traitance internationales révèlent leur propre limite. La demande interne, sollicitée du reste trop souvent de manière déloyale par de redoutables concurrents étrangers, ne peut à elle seule justifier de nouveaux investissements. L’émergence de la Chine et des Peco a, pour sa part, réduit l’attractivité du site tunisien, tout au moins pour les industries de main-d’œuvre.
Les pouvoirs publics s’y étaient préparés et se sont pleinement employés à préparer les acteurs de l’économie à ce nouveau virage, certes difficile mais nécessaire. Ils ont entrepris un réel effort de pédagogie pour faire prendre conscience des nouvelles réalités de l’économie, des nouveaux enjeux technologiques et financiers. Le discours y est davantage orienté vers l’économie de la connaissance et du savoir.
Cette nouvelle donne impose une nouvelle architecture des investissements qui, quelle que soit leur intensité capitalistique, incorporent désormais une forte dose d’intelligence artificielle ou réelle.
La grille des investissements se resserre à mesure qu’on monte dans la hiérarchie de la valeur ajoutée. Ils gagnent en intensité, en efficacité et en productivité.
L’innovation prend ici tout son sens au point de voir l’offre d’investissement anticiper la demande. Et c’est là où réside toute la difficulté. On voit donc naître un besoin de veille technologique et d’intelligence économique.

Réussir cette transition … Telle est la nouvelle ambition nationale ; le pari industriel paraît bien engagé si l’on juge par la physionomie et le résultat de l’économie tunisienne. La qualité des fondamentaux, la vigueur de la croissance —bien au-dessus de la moyenne mondiale— sont l’expression d’une nouvelle dynamique d’émergence.
Les investisseurs ont retrouvé les nouveaux sentiers de la croissance et de nouvelles voies passantes. On investit mieux sans investir moins en ces temps d’exacerbation de la concurrence… Cela vaut pour les investissements extérieurs sollicités avec beaucoup de métier et de discernement. Cela vaut aussi et surtout pour les investisseurs locaux courtisés à leur tour comme à nul autre pareil. L’Administration multiplie les aménagements, les canaux de concertation et de dialogue et les signaux : conseil, écoute, disponibilité et humilité. Signe qu’elle a bel et bien pris toute la mesure des nécessaires mutations. Et qu’elle a déjà intégré les nouvelles exigences de la mondialisation. Signe enfin que le défi de l’emploi est désormais à notre portée.

L’Economiste du 22 Juin au 06 Juillet  2005

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