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Société
  LE VOILE : Commandement divin ou simple tradition ?
 
L’interview accordée par le Ministre des Affaires religieuses, M. Boubaker el Akhzouri, à notre confrère Essabah (1) sur la non conformité du voile, dit islamique, avec les traditions tunisiennes, continue d’alimenter une polémique très vive dans nombre de médias arabes (surtout presse écrite et journaux électroniques)... Si quelques articles ont soutenu la position du ministre tunisien, la majorité l’a, par contre, vilipendée. Cela va de la dénégation à M. el Akhzouri de toute compétence en matière de religion au rappel des sourates du Coran et des hadiths du Prophète qui “prouvent” l’erreur “flagrante” du ministre.



Cette polémique nous interpelle à plus d’un titre. Elle met le doigt sur des problèmes de société et d’identité qui traversent tous les pays arabo-musulmans: comment vivre sa foi aujourd’hui? La foi et la chariaâ (Loi religieuse) sont-elles indissociables? La pudeur évolue-t-elle avec l’histoire? Quel statut pour la femme?...

Ces problématiques sont co-substantielles.Il est erroné de penser pouvoir les résoudre séparément. Ceci ne nous empêche pas, toutefois, d’essayer d’éclairer la question du voile et de la pudeur liée aux parties honteuses (ÇáÚæÑÉ ) qui en découle.

“Sauf ce qui en émerge”

Revenons aux origines.

L’interdit vestimentaire est aussi vieux que la civilisation. Le corps est en même temps objet et sujet du désir sexuel, donc de pouvoir symbolique et social. Couvrir le corps de la femme était de ce fait l’une des caractéristiques fondamentales des sociétés traditionnelles patriarcales.

L’Islam n’a pas échappé à cette loi. Le Coran a traité de l’interdit vestimentaire, seulement les fondamentalistes nous présentent une vision tronquée des faits historiques.

Pour accréditer facilement leur thèse : “le voile est un commandement divin” ils recourent au verset 31 de la sourate “La lumière” (ÇáäæÑ).

«— Dis aux croyantes de baisser les yeux et de contenir leur sexe; de ne pas faire montre de leurs agréments, sauf ce qui en émerge, de rabattre leur fichu sur les échancrures de leur vêtement. Elles ne laisseront voir leurs agréments qu’à leur mari, à leurs enfants, à leurs pères, beaux-pères, fils, beaux-fils, frères, neveux de frères ou de sœurs, aux femmes (de leur communauté), à leurs captives, à leurs dépendants hommes incapables de l’acte, ou garçons encore ignorants de l’intimité des femmes. Qu’elles ne piaffent pas pour révéler ce qu’elles cachent de leurs agréments.

— Par dessus tout, repentez-vous envers Dieu, vous tous les croyants, dans l’espoir d’être des triompants...»(2).

Le commandement serait celui-là : “de ne pas faire montre de leurs agréments, sauf ce qui en émerge”.

Mais qu’est-ce qui émerge des agréments d’une femme? C’est-à-dire quelles parties du corps sont licites pour un regard étranger et quelles sont les parties honteuses ?

La réponse des traditionalistes est la suivante : le visage et les mains. Le reste du corps tombe sous le coup de l’interdit divin. L’argument massue pour valider cette interprétation est le hadith (dit) du Prophète qui stipule qu’après la puberté une femme ne peut montrer que son visage et ses deux mains.

Restons dans le contexte exégétique. Est-il vrai que cette interprétation fait l’unanimité chez les ulémas?

Le célèbre fakih andalou Ibn Rochd (petit-fils du grand philosophe du même nom, Averroès pour les Occidentaux) a établi une compilation synthétique remarquable au sixième siècle de l’Hégire (12ème siècle de l’ère chrétienne) de la production du fikh (droit musulman) (3).

Quelles sont les partis “honteuses” du corps féminin?

Ibn Rochd nous rapporte que l’avis de la majorité des ulémas est que cet interdit recouvre tout le corps de la femme sauf son visage et ses deux mains. Soulignons, pour l’anecdote, que la plante des pieds fait, elle aussi, partie de l’interdit. Pour Abou Hanifa la plante des pieds n’est pas comprise dans les parties honteuses, par contre certains pensent que la totalité du corps féminin est honteuse, y compris le visage et les mains.

Tabari, le grand historiographe et exégète (mort en l’an 310 de l’Hégire) rapporte dans son encyclopédie exégétique (4) une tradition prophétique (toujours dans le commentaire du verset 31 de la Sourate “La lumière”) qui sort des parties honteuses la moitié de l’avant-bras féminin.

Pudeur et hiérarchie sociale

Mais au-delà de toutes ces divergences de détails, Ibn Rochd et Tabari disent clairement que ce qui “émerge des agréments d’une femme” sont les parties qu’on montre habituellement en public. C’est donc une question d’habitude sociale. Ibn Rochd souligne, à sa manière, cette dimension de la coutume sociale: les parties honteuses de la femme esclave sont autres. L’esclave peut, et selon certains doit, faire la prière sans se couvrir la tête. Certains jurisconsultes vont jusqu’à dire que les parties honteuses de l’esclave vont du nombril aux genoux seulement. La raison invoquée est qu’on ne peut acheter une marchandise cachée.

Mais le contexte social n’est pas l’invention de ces savants, il est clairement indiqué dans le verset 31. La traduction de Jacques Berques est ici relativement imprécise. Il traduit :

Ãæ äÓÇÆåä Ãæ ãÇ ãáßÊ ÃíãÇäåã Ãæ ÇáÊÇÈÚíä ÛíÑ Ãæáí ÇáÇÑÈÉ ãä ÇáÑÌÇá



par “aux femmes (de leur communauté) à leurs captives à leur dépendants hommes incapables de l’acte “ äÓÇÆåä ” (littéralement leurs femmes) traduit les femmes qui sont sous leur tutelle ou autorité: c’est-à-dire les servantes non esclaves ou les femmes, comme les hommes aussi, rattachés à une tribu arabe (Mawali).

Quant à “ ãÇ ãáßÊ ÃíãÇäåã ” rien ne permet de le traduire par “leurs captives” mais plutôt “leurs captifs”, comme l’explique longuement Tabari. La différence est de taille : les parties honteuses varient en fonction du statut de la “femme qui montre” et de “l’homme qui regarde”. Elles ne relèvent pas de la nature de la féminité, comme le laissent entendre les traditionnalistes d’aujourd’hui, mais de la nature des rapports sociaux entre les deux sexes et d’une hiérarchie de la pudeur, intimement liés à la hiérarchie sociale.

Spécificité de la cause ou généralité de l’énoncé ?

Restons encore dans le cadre de l’approche exégétique. Il est admis que les versets du Coran sont “descendus” en fragments sur près de vingt-trois ans. Souvent le fragment coranique, surtout à Médine, répond à une situation particulière dite par les théologiens “Les causes de la Révélation (descente)”.

Seulement, dès l’âge classique, les docteurs de la Loi considéraient que l’important n’est pas la spécificité de la cause mais la généralité de l’énoncé coranique.

Cela permettait, évidemment, de dépasser le contexte particulier de la période prophétique et de généraliser la portée des versets dit législatifs...

Certains réformateurs modernes ont tenté de repenser cette attitude classique. Car il ne s’agit pas, en fait, d’une libération des conditions particulières de la période prophétique, mais de l’imposition d’une interprétation figée selon les schémas sociaux et mentaux de l’époque fondatrice de la naissance des sciences religieuses, c’est-à-dire approximativement les trois premiers siècles de l’Hégire.

Ceci n’est valable, bien évidemment, que pour l’Islam sunnite. Le Chiisme et les autres tendances minoritaires de l’Islam ont connu un développement historique quelque peu différent.

Seulement cette réflexion n’est pas allée au bout de sa logique. Pis encore, plus personne dans l’établissemnt religieux ne remet en cause la légitimité des lectures anciennes pour notre temps. Tout au plus on s’ingénie de choisir parmi la panoplie du fikh traditionnel la fatwa (décret religieux) qui nous paraît la mieux adaptée à notre société.

Société d’aujourd’hui, monde d’hier

Revenons à notre question de départ : comment définir les limites de la pudeur au 21ème siècle ? Quelles seraient, d’un point de vue respectueux de la foi religieuse, les parties honteuses ? Comment apprécier les changements énormes survenus dans les mœurs et les comportements sociaux en terre d’Islam depuis quinze siècles ?

Les fondamentalistes nous disent de nous en tenir à la lettre du Coran. Mais voilà, le Coran, à sa manière, a intégré les normes morales et sociales de son temps. Il y a certes une interprétation majoritaire classique dans le monde sunnite, mais elle n’est en aucun cas monolithique. On ne sait que très bien que toute cette dimension historique des sciences coraniques et islamiques n’intéresse pas les fondamentalistes contemporains, car ils pensent avec raison que cela introduit des doutes et le doute est l’ennemi principal du fondamentalisme.

Mais l’Islam est la religion et la culture d’un milliard et demi d’humains. Le fondamentalisme, malgré toute l’agitation médiatique, n’est qu’un courant minoritaire en terre d’Islam. Les ulémas, les spécialistes de l’Islam, les intellectuels, les décideurs et surtout les Musulmanes et Musulmans qui se sentent concernés par l’actualité et l’avenir de leur religion sont en droit, voire ont le devoir, de s’exprimer sur cette question brûlante : peut-on vivre sa foi aujourd’hui, dans toutes ses dimensions, comme l’ont vécu les premières générations de l’histoire de l’Islam ?

Monsieur Boubaker Akhzouri n’est pas un mufti. Son poste est politique et non religieux. Mais en quoi cela l’empêcherait, lui, docteur en théologie, d’exprimer un point de vue autorisé sur une question religieuse ? En tout cas l’essentiel de ses pourfendeurs ont beaucoup moins de légitimité que lui. Faut-il pour autant stigmatiser celles qui portent le voile par une conviction religieuse ? et dont le nombre, contrairement à ce que pense le ministre, s’accroit de jour en jour ? Il nous semble que c’est le symbole qui est à stigmatiser et non les personnes.Mais ce qui nous consterne, encore une fois, est le silence —parfois complice, souvent gêné— des hommes de religion. Silence qui participe à la prolifération de l’ignorance encouragée par certaines chaînes satellitaires du Machrek arabe. C’est ce silence qui rend à nos yeux encore plus méritoires les déclarations du ministre tunisien.



(1) - Intermédialisée par notre consœur Amel Moussa et publiée le 27 décembre dernier.

(2) - Coran, essai de traduction par Jacques Berque. Cette traduction, malgré quelques petites imperfections reste l’une des meilleures disponibles en langue française.

(3) - “Bidayat al Majtahid wa nihayat al Muktasid” d’Ibn Rochd.

(4) - “Jamii al Bayane fi tafsir al quoraâne”.



 
Zyed Krichen  

redaction@realites.com.tn
19-01-2006



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