Débats & Opinions


PROCHE-ORIENT Une conférence internationale de paix
La bonne initiative de Tony Blair

PAR PASCAL BONIFACE *
[25 décembre 2004]

Les États-Unis, Israël et l'Autorité palestinienne entrent quasi simultanément dans une nouvelle phase politique. George W. Bush va inaugurer un second mandat. Il est débarrassé des contingences électorales. Un gouvernement d'union nationale va s'installer en Israël, nettement moins à droite que le précédent. Et les Palestiniens vont élire le 9 janvier comme président un leader modéré, Mahmoud Abbas, apprécié à Tel-Aviv et à Washington. Ce triple changement qui a lieu dans un climat d'optimisme inhabituel pour la région, représente une rare occasion d'y enrayer la spirale de la violence.

D'ailleurs, en tournée sur place, le premier ministre britannique, Tony Blair, a annoncé la tenue en mars 2005 d'une conférence internationale à Londres pour aider à la réforme de l'Autorité palestinienne et à la relance du processus de paix. Auparavant, les Palestiniens auront donc désigné leur nouveau président. S'ils n'ont toujours pas d'État, ils montreront qu'ils ont déjà une démocratie.

Ariel Sharon et George W. Bush avaient fait de l'éviction d'Arafat la condition sine qua non de la reprise des négociations avec les Palestiniens. Selon eux, le président de l'Autorité palestinienne était un obstacle à la paix. De nombreux observateurs estimaient que cet argument était un prétexte pour ne pas négocier. Les pays de l'Union européenne faisaient valoir pour leur part qu'on ne choisit jamais ses adversaires ni ses partenaires. Que c'est toujours avec son ennemi que l'on fait la paix, que c'est toujours de son peuple qu'un leader tire sa légitimité et non d'une désignation par un pays extérieur, surtout s'il s'agit d'une puissance occupante. On pouvait également s'étonner que les États-Unis, qui réclament la mise en place de démocraties dans la région, aient refusé de parler avec l'un des rares dirigeants arabes élus démocratiquement en 1996, au cours d'élections jugées satisfaisantes par les observateurs internationaux. De même, on peut trouver anormal que Washington et le reste du monde aient accepté sans broncher qu'Arafat – malgré son élection – ait été confiné à Ramallah par l'armée israélienne pendant plus de deux ans.

Mais tout cela concerne désormais le passé et ne doit pas empêcher de regarder vers l'avenir. Prétexte ou non, Arafat n'est plus là et, donc, plus rien ne peut empêcher les Israéliens et les Palestiniens de reprendre le cours des négociations. Dans des circonstances dramatiques, les Palestiniens semblent faire preuve de maturité politique. La guerre civile annoncée par certains après la mort d'Arafat n'a pas eu lieu. Mahmoud Abbas a condamné les attentats suicides. Les Palestiniens doivent en effet comprendre que ces derniers desservent leur cause. Ils affaiblissent le camp de la paix en Israël et renforcent les partisans d'une solution militaire, même si celle-ci a prouvé son inefficacité. Ils affaiblissent aussi le soutien que les Palestiniens peuvent attendre du monde extérieur.

Toutefois, si l'on veut que le nouveau président palestinien combatte efficacement les groupes terroristes, encore faut-il lui en donner les moyens. Cela passe par la reconstruction des infrastructures palestiniennes et par la mise en place de véritables perspectives politiques.

La constitution d'un gouvernement d'union nationale israélien pour mettre en place le plan défini par Ariel Sharon de retrait de Gaza est un facteur positif. Il doit être soutenu, car il représente l'espoir d'une amélioration de la situation. Un retrait, fût-il unilatéral, fût-il partiel, est préférable au statu quo. Le gouvernement israélien doit continuer sur cette voie. Il ne doit plus faire dépendre la reprise des négociations de l'arrêt total des violences, sauf à donner un droit de veto sur la paix aux groupes palestiniens qui y sont opposés. Il faut surtout que le retrait de Gaza soit un premier pas, suivi rapidement par d'autres, pour appliquer entièrement la «feuille de route» et non pas un moyen d'éviter sa mise en oeuvre en créant pour «solde de tout compte» un État palestinien croupion. Le retrait de Gaza doit être suivi de celui de la Cisjordanie. Des rectifications frontalières peuvent avoir lieu à la condition qu'elles soient compensées et acceptées réciproquement.

Au troisième niveau de responsabilité, on trouve les États-Unis. Ils doivent s'impliquer pour s'assurer que c'est bien la première option qui est suivie en Israël et non pas la seconde. Dans le cas contraire, ils devront exercer des pressions sur le gouvernement israélien. Les moyens ne manquent pas et ils ont prouvé dans une histoire certes plus ancienne qu'ils pouvaient être efficaces. George W. Bush serait, sur ce point, avisé de suivre l'exemple de son père dont le soutien à Israël – pour être ferme et solide – n'a jamais été un blanc-seing.

Enfin, les Européens. Ils ne sont pas démunis et ne doivent donc pas être impuissants. L'initiative de Tony Blair, saluée par Javier Solana et Michel Barnier, entre autres, le montre. Londres et Paris peuvent être divisés sur l'Irak, ils partagent la même analyse de ce qui se passe à Tel-Aviv et à Ramallah. Les Européens pensent tous ensemble que le règlement de ce conflit constitue l'urgence stratégique de l'heure. Ils ont des outils politiques et économiques à leur disposition, ils doivent pouvoir s'engager positivement et mener une politique d'incitation à la réussite et de sanctions par rapport à un échec éventuel. Il y a une fenêtre d'opportunité au Proche-Orient.

* Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques. Vient de publier L'Année stratégique 2005 (Armand Colin).