La Cigogne,
Judor, Youki et Gil
La fabuleuse histoire des «monadas» (L'Economiste)
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Des marques cultes lancées par les Brasseries du Maroc
· Elles ont forgé notre imaginaire
· Retour sur une des plus belles réussites de l’industrie marocaine
AH…
la Cigogne, Judor… beaucoup d’entre vous s’en rappellent certainement
comme faisant partie de leurs souvenirs d’enfance. Jusqu’en 1997, date de leur
retrait du marché, ces limonades ont tenu tête aux grandes marques
internationales. Mais elles ont finalement succombé à la loi de la
mondialisation. La fabuleuse histoire des «monadas»
démarre au début du siècle dernier. Flash back: nous sommes en 1929. La Brasserie Glacière
Internationale (BGI), unique entreprise du genre au Maroc, lance des boissons
fraîches non-alcoolisées, en plus de la bière qu’elle
commercialise pour les colons français. Son objectif était d’élargir sa cible
aux Marocains qui, de par leur religion, ne consommaient pas tous de l’alcool.
Le brasseur dépose ainsi le brevet de sa première marque de Soft Drinks,
Limonade la
Cigogne.
Avec son goût acidulé et sa texture gazeuse rafraîchissante, La Cigogne a cartonné auprès
de toutes les couches sociales. La boisson était fabriquée à base d’un
concentré ramené spécialement de France. La BGI, principal actionnaire des «Brasseries du
Maroc», disposait de quatre unités d’embouteillage. La première est située sur
l’avenue Pasteur à Casablanca et la deuxième à Fès près de la place Atlas et
les deux autres à Tanger et Marrakech. Pour la petite anecdote, la boisson
produite à l’usine de Fès était communément appelée «Lharcha»
en référence à son emballage en bouteille de verre granulé.
A l’époque, les usines d’embouteillage n’étaient pas uniquement dédiées aux
limonades; mais produisaient également des barres de glaces qui servaient à
maintenir les boissons et les aliments au frais en l’absence de réfrigérateurs.
L’esprit marketing était alors présent dans le raisonnement de ces brasseurs
français. Huit ans après le lancement de «La Cigogne», les dirigeants des Brasseries du Maroc
ont développé une idée-pilote de soft drink qui consistait à utiliser les
extraits d’agrumes pour fabriquer de la limonade. Ils ont installé une usine à Kénitra pour stocker les oranges du Gharb et en extraire le
jus. Cette matière première servait de base pour la nouvelle boisson gazeuse «Judor» qui, elle aussi, allait devenir célèbre. Ce mélange
entre le goût naturel des agrumes et la composition des soft drinks a fait un
tabac partout au Maroc. La pulpe d’orange était d’ailleurs visible dans la
bouteille de Judor qu’il fallait agiter avant de
boire. Ce succès était conforté par des publicités réussies telles que «Judor, Joues d’or» ou bien «Judor,
Jus d’or». Les limonades La
Cigogne et Judor ont atteint leur
apogée durant la décennie 70. Leur concept s’ancrait de plus en plus dans les
habitudes de consommation de toutes les couches sociales. Elles tenaient
d’ailleurs la dragée haute à Coca et Pepsi.
Parallèlement à ces performances commerciales, le tour de table des Brasseries
du Maroc allait connaître un changement radical. La loi de la marocanisation,
entrée en vigueur au début des années 70, allait mettre fin à la présence de
BGI au Maroc. La SNI
avait racheté ses parts en 1974. La stratégie de développement instituée suite
à ce rachat visait à renforcer la présence du groupe dans le segment des
boissons gazeuses.
C’est ainsi qu’en 1973, une nouvelle marque allait voir le jour. Il s’agit en
l’occurrence de Youki qui suivait le même principe
que Judor mais avec un goût différent. La marque va
ensuite être déclinée en plusieurs variétés, dont notamment Youki
Cola. Brasseries du Maroc n’allaient pas en rester là. En 1983, elles ont lancé
la marque Gil dans ses versions Citron et Tonic.
L’ascension remarquable de ces marques allait rapidement s’estomper suite à la
conclusion en 1983 du partenariat entre Brasseries du Maroc et Coca-Cola. Le
groupe marocain voulait associer son développement à des marques internationales
de renom. Il a donc racheté deux des plus grands embouteilleurs Coca-Cola au
Maroc: Socaboca à Casablanca et Sobogar
à Kénitra. Cette conviction marquait le début de
l’agonie des «monadas» marocaines. La Cigogne, Judor, Youki et Gil vont être progressivement retirés avant de disparaître
du marché en 1997. Mais les commandes continuaient à affluer en dépit de
l’arrêt de la production. Le partenariat entre Brasseries du Maroc et Coca-Cola
allait aussi prendre fin. L’embouteillage des boissons gazeuses a été cédé à
NABC, après le rachat en 2003 de la production de bière par le groupe Castel.
Mais l’histoire a fini par se reproduire. Le groupe Castel, convaincu qu’il ne
peut se limiter à la bière, a lancé dernièrement la marque Fairouz.
Un soft drink non-alcoolisé à base de malte d’orge
qui commence à prendre ses marques. Le raisonnement de la bonne vieille BGI
était finalement bien fondé. Le brasseur est d’ailleurs de retour dans le
capital des Brasseries du Maroc. Il a été, à son tour, racheté par le groupe
Castel.
«La Cigogne... Ajiba!»
«Brasseries du Maroc» était parmi les précurseurs de l’affichage publicitaire
et même de la publicité télévisée depuis le démarrage de la télévision
marocaine au début des années soixante. La génération de l’époque se remémore
parfaitement les premières animations télé qui vantaient les mérites de la
limonade «La Cigogne».
Les spots présentaient notamment une cigogne chantant «Monada
La Cigogne… Ajiba ! (magnifique)»
Nouaim SQALLI